Première
Pendant que les enfants jouent dehors, papa cherche sa montre. D’inspiration autobiographique, Un jour avec mon père condense en « une journée particulière » (celle des premières élections présidentielles du Nigéria en 1993 depuis le coup d’État de 1983) le rapport complexe empreint de mystère qu’entretiennent deux frères avec leur père. Pourtant très court, le film fait preuve d’une densité plutôt rare, aidée par un montage gracieux et d’une réflexion tortueuse sur le passage et les dilatations du temps. La beauté plastique d’Un jour avec mon père et la splendeur discrète de sa musique achèvent d’ailleurs de faire de ce film une capsule nostalgique, magnifiée par le regard désormais adulte du cinéaste.
Près de trente ans après les événements, Akinola Davies Jr. imagine les multiples passations, plus ou moins ratées, qui se sont jouées ce jour-là : une régénération politique avortée en premier lieu (leur père semble soutenir le candidat social-démocrate donné gagnant, mais qui n’aura jamais la possibilité de gouverner), et dont les échos irréguliers remonteraient à la surface du trio familial. Cette journée dans Lagos a quelque chose de hors du temps, de l’ordre d’un souvenir immédiatement important, sans que l’on puisse en saisir la raison. Les rapports du père aux persécutions en cours et à la politique en général sont brumeuses (on reste à hauteur d’enfant), et une incursion à la plage se transforme en occasion pour raconter ses souvenirs avec son propre père. Le cinéma, ce film-là encore plus précisément, deviennent alors la preuve que quelque chose a survécu et s’est bien transmis, et ce, malgré les répressions politiques d’alors. Les adultes de l’époque étaient prêts pour le changement, leurs enfants seront peut-être les premiers à le vivre réellement — mais en beauté.
Nicolas Moreno