Mamadou Sidibé Un Prophète
Marco Sacco/CANAL+

À 27 ans, l'acteur franco-malien fait ses premiers pas à l'écran dans la série de Canal + après un parcours peu banal. Rencontre.

Vingt ans après Tahar Rahim pour Jacques Audiard, un nouveau visage apparaît derrière les barreaux de la prison d’Un Prophète. À 27 ans, Mamadou Sidibé lance sa carrière d’acteur sur Canal +, face à Sami Bouajila. Un rêve de gosse ? Pas tout à fait. En grandissant en banlieue parisienne, Mamadou se rêvait plutôt joueur de foot professionnel. Évoluant à un haut niveau amateur, il enchaînait les buts "façon Ousmane Dembélé", aime-t-il à dire. L’ailier est explosif, vif, percutant. Assez loin de la froideur impassible qui crève l’écran dans la peau du nouveau Prophète de la chaîne cryptée.

"Mamadou Sidibé a une forme de douceur. On voulait cette douceur-là pour le personnage. Il fallait quelqu’un de taiseux, qu’on puisse regarder sans se lasser. Qui parvienne à nous fasciner avec un minimum d’effets, un peu un jeu à l’asiatique, je dirais", résume Nicolas Peufaillit, co-scénariste et co-créateur de la série.

Un Prophète Canal Plus
Canal Plus

Un acteur né devenu acteur un peu par hasard. Lorsqu’il renonce à sa carrière de footeux, il cherche une autre voie et pianote sur Google : « Comment devenir acteur ? ». Dans la foulée, il décroche son premier casting. "Oui, Un Prophète, c’était mon premier casting et donc mon tout premier rôle", confie Mamadou Sidibé à Première. Le néo-comédien franco-malien se retrouve ainsi à incarner Malik, passeur de drogue, arrêté après l’effondrement d’un immeuble à Marseille. Ce Mahorais découvre le petit jeu de la prison où il va devoir trouver des alliés pour survivre.

"Comme dans le film, au fond, le point commun de nos deux Malik, à vingt ans d’écart, c’est qu’ils ne supportent pas d’être ainsi dominés", reprend Nicolas Peufaillit. "Tout est une histoire de domination dans cette série. Ils veulent s’en affranchir, avec leurs moyens, leur intellect et un sens aigu de la manipulation. Malik ne supporte pas être considéré comme un esclave. Lui est une mule depuis qu’il a cinq ou six ans. C’est évidemment une référence à tous ces gamins du narcotrafic des cités, qui sont fondamentalement des esclaves. Mais on ne veut pas faire un documentaire sur le trafic. Ni à l’époque, ni aujourd’hui. La vraie force de Malik El Djebena, c’est de laisser les autres penser qu’il n’est rien. Mais lui, il n’oublie pas et ne pardonne pas. C’est un vétéran de la survie avec une tête d’enfant."

Un prophète - série
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Mamadou Sidibé incarne à merveille cette dualité, prenant de plus en plus de place et de confiance au fil des épisodes, dans un tango pervers avec Sami Bouajila.

"J’ai beaucoup appris de ce tournage avec Sami : sa rigueur, son sérieux, sa technique. La passion qu’il a aussi. J’adore l’écouter parler."

Son aîné césarisé ne tarit pas non plus d’éloges au sujet de son confrère néophyte : "C’est plutôt moi qui suis allé chercher des conseils chez lui. Un partage d’expérience pour ce genre de rôles. J’ai été épaté par sa sérénité, sa force intérieure", nous raconte Sami Bouajila. "Le feu sous la glace, si je puis dire. C’est quelqu’un de très inspiré et d’assez spirituel."

La carrière de Mamadou Sidibé est désormais lancée. Il pourrait camper le Prophète pendant quelques années (la série attend d’être renouvelée). Mais déjà, le cinéma l’appelle. On le retrouvera cette année dans les salles obscures à l’affiche de Mémoire de fille, de Judith Godrèche, d’après le roman d’Annie Ernaux. Un talent brut à suivre, un acteur en apprentissage qui a déjà passé les barreaux avec mention.