Giovanni Dolci, directeur commercial d’IMAX, nous détaille les chiffres de l’entreprise pour l’année passée et celle à venir, et "l’axe stratégique" que représentent des réalisateurs comme Christopher Nolan.
Première : 2025 a visiblement été une année très fructueuse pour IMAX. À l’international comme en France ?
Giovanni Dolci : Si l’on prend les chiffres internationaux, 2025 a été notre meilleure année historique au box-office, avec 1,28 milliard de dollars de recettes mondiales. C’est de loin notre record. Beaucoup continuent d’utiliser 2019 - donc avant la pandémie - comme référence, et il est donc pertinent de préciser que nous avons fait 13 % de mieux que cette année-là. Quand on me dit que le cinéma est mort, je réponds que c’est faux : les gens ne veulent juste pas voir de mauvais films dans de mauvaises salles. L’appétit pour de grandes expériences est toujours là. Tant qu’on propose du bon contenu dans des lieux excitants, le public répond présent.
Par ailleurs, nous étions 40 % au-dessus de 2024 en matière de recettes. Nous avons battu notre record en Chine, en Amérique du Nord, et dans le reste du monde quand on compte ensemble tous les pays qui ne sont pas la Chine et l’Amérique du Nord. Cela prouve que ce n’est pas un phénomène isolé. Autrefois, la croissance venait de ces deux territoires dominants mais aujourd’hui, elle est beaucoup plus équilibrée.
Et la France, alors ?
Ce fut une bonne année pour IMAX chez vous, même si l’industrie française du cinéma a globalement reculé d’environ 15 % en nombre d’entrées. Ce n’est pas une statistique réjouissante. Mais paradoxalement, notre box-office IMAX en France a progressé par rapport à 2024. Cela montre que le problème n’est pas un manque d’intérêt pour le cinéma, mais des attentes plus élevées. Nous constatons donc que les gens recherchent plus que jamais l’expérience IMAX, et je pense que c'est une bonne nouvelle pour l'ensemble du secteur, car cela montre que le public est prêt à dépenser un peu plus pour regarder du contenu de qualité sur un écran de qualité. Nous sommes donc satisfaits des performances françaises. L'année dernière, la France était d’ailleurs notre huitième meilleur marché en termes de recettes au box-office mondial. Et Avatar : De feu et de cendres a été un énorme succès chez vous : la France était le troisième marché IMAX mondial pour ce film.
Ce qui pose une question fondamentale : les spectateurs IMAX sont-ils des cinéphiles qui consomment beaucoup de cinéma en salles, ou plutôt des spectateurs occasionnels qui cherchent à vivre une « expérience », comme vous le disiez ?
C’est un mélange. Nous avons un noyau dur de cinéphiles passionnés d’IMAX, mais en élargissant notre programmation, nous attirons de nouveaux publics. En France, nous avons même diffusé un match de football, PSG-OM, dans quelques salles. Ce sont des gens qui ne seraient pas normalement venus voir un film IMAX, mais qui découvrent l’expérience autrement. C’est évidemment bénéfique pour nous mais aussi pour l’industrie toute entière.
Est-ce que ce succès accélère l’ouverture de nouvelles salles IMAX sur notre territoire ?
Il y a un effet multiplicateur. Plus il y a de salles et de contenus, plus nous devenons pertinents pour les exploitants, les distributeurs et le public. Nous poussons la croissance, bien sûr, mais nos partenaires investissent aussi parce qu’ils voient les résultats. L’an dernier, nous avons ouvert sept nouvelles salles en France - un record. Cette année, nous en attendons au moins cinq de plus. D’abord dans les grandes villes - des emplacements évidents - puis dans des zones secondaires.
Quelle est votre stratégie pour convaincre le public de choisir IMAX plutôt qu’une autre technologie premium, comme ICE ou Dolby Vision ?
Je ne vais pas commenter les autres technologies, mais notre proposition est unique : offrir une version différente du film, fidèle à la vision du réalisateur, dans la meilleure salle possible, avec une expérience impossible à reproduire à domicile. Nous collaborons avec les plus grands cinéastes dès la préproduction et nos caméras font partie du processus créatif. Le public devient plus exigeant : il veut savoir si la version IMAX est pensée dès le départ, pas ajoutée après coup. Nous intégrons IMAX dans le marketing des films et contrôlons fortement la qualité des salles. En France, nos partenaires - notamment Pathé - proposent d’ailleurs des salles de très haut niveau.
Sujet intéressant que celui de l’implication des réalisateurs. L’Odyssée sera le premier film de fiction entièrement tourné en IMAX 70 mm. Est-ce à dire que dans un avenir proche, cette technologie va se démocratiser et que des cinéastes aux budgets moins importants pourront s’en emparer ?
Les réalisateurs sont un axe stratégique pour nous. Christopher Nolan est bien sûr un soutien majeur du format et pour L’Odyssée, nous avons développé une nouvelle génération de caméras 70 mm afin de répondre à ses besoins. Nous développons également les caméras numériques certifiées IMAX, ce qui ouvre la porte à des productions plus modestes. Chez vous, le documentaire Athos - Au coeur de la patrouille de France en est un bon exemple. Il y a dix ans, cela aurait été impossible de le tourner en IMAX. Notre contrainte est surtout le temps d’écran disponible : nous avons une capacité limitée chaque année. Donc nous devons sélectionner soigneusement les films.
Avec tous les films IMAX annoncés pour 2026, attendez-vous une année encore meilleure que 2025 ?
Oui. Nous avons annoncé à nos investisseurs une prévision de 1,4 milliard de dollars de recettes pour 2026. C’est énorme. Aussi parce que l’offre sera exceptionnelle : L’Odyssée, Dune : Partie 3, Avengers : Doomsday, Project Hail Mary, Mandalorian & Grogu… Nous développons aussi beaucoup le cinéma local, car la pandémie nous a appris l’importance des productions nationales. Des films comme Demon Slayer : La Forteresse Infinie ont prouvé que des succès locaux pouvaient devenir mondiaux. Il y a cinq ans, jamais je ne vous aurais dit qu’un tel film fonctionnerait à ce point en dehors du territoire japonais ! Et concernant la France, nous diffusons bientôt le nouveau film Marsupilami en IMAX. Comme quoi, la demande est très variée.
Je vais vous demander de jouer les Nostradamus, mais comment voyez-vous l’avenir du cinéma dans dix ans ? Certains estiment que la salle va devenir une pure expérience, comme le théâtre, et donc limitée aux grosses salles ; d’autres veulent toujours croire au cinéma comme un lieu accessible à tous…
J’aimerais beaucoup savoir à quoi ressemblera le cinéma dans dix ans, surtout dans une industrie qui ne cesse de changer ! Cependant, je peux vous dire qu’il me semble indéniable que le public aspire à des expériences d’une qualité de plus en plus importante. Nous constatons que la barre est placée de plus en plus haut, et nous observons qu'il est plus difficile que jamais de convaincre les gens de sortir de chez eux. Et vous savez quoi ? C'est un défi intéressant à relever, car il ne s'agit pas seulement d’IMAX. Ce ne sera pas uniquement une question de taille d’écran, mais plutôt d'expérience cinématographique globale qui devra être d'un très haut niveau. Malheureusement - et je ne pense pas spécifiquement à la France -, il existe de nombreux territoires où la qualité des salles, en général, s'est détériorée au fil des ans.
C’est une bonne chose de devoir s’adapter et changer, car au final ce sont les spectateurs qui en bénéficieront. Je me souviens que lorsque j'ai rejoint IMAX il y a 13 ans, il était difficile de convaincre certains exploitants de cinéma d'offrir quelque chose de spécial et de différent pour le public. J’ai dû en convaincre certains que les gens allaient se lasser de s'asseoir sur des sièges cassés, dans une petite salle, avec une moquette malodorante. Mais la réponse était : « Eh bien, pour l'instant, ça fonctionne. Alors pourquoi changer ou investir ? » Jusqu’au jour où ça ne fonctionne plus… Et j’en reviens à la diversité des films et du contenu projeté : certains pensaient que l'avenir se résumerait à ces grands cinémas qui ne diffuseraient que des superproductions d'action ou des films de super-héros. On a, je crois, prouvé le contraire. D'après les données dont je dispose, la diversité n'a jamais été aussi grande. Ce que je constate, c'est un changement du lieu lui-même et un élargissement de l’offre.
Reste la question du prix et de l’accessibilité. Une séance en IMAX, ce n’est pas donné…
Nous ne fixons pas les prix, ce sont les exploitants qui le font. Mais - c’est amusant, - beaucoup de personnes pensent qu'IMAX gère les cinémas, et nous écrivent donc à notre adresse e-mail de contact. « Pourquoi le siège était-il mouillé ? Pourquoi avez-vous retiré mon snack préféré ? » (Rires.) Nous répondons autant que possible à ces questions, mais les spectateurs se plaignent rarement, voire jamais, du prix. Ce qui me laisse penser qu'ils reconnaissent la valeur de notre service et sont prêts à payer plus cher tant que l'expérience est à la hauteur. Cela dit, il y a bien sûr des limites, et nos partenaires me semblent très prudents dans la manière dont ils fixent le prix de leurs offres.







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