James Cameron
Abaca / Alamy

"Mais moi, je ne prenais pas de drogue ! Pour moi, le café suffisait largement !"

Avant Titanic, avant Avatar, avant les records, les Oscars et les budgets qui ressemblent à des PIB… James Cameron a connu une autre école : celle des séries B fauchées.

Le premier grand job du réalisateur à Hollywood, fut celui de chef décorateur sur le film de science-fiction de Roger Corman, Les Mercenaires de l'espace (Battle Beyond the Stars en VO) sorti en 1980. Invité cette semaine dans l’émission In Depth with Graham Bensinger, le cinéaste explique avoir été promu après le licenciement du chef décorateur précédent. "Il ne parvenait pas à concevoir et construire les décors à temps" se souvient James Cameron. Le planning était infernal, c'était comme poser des rails devant un train lancé à toute vitesse. Ils ont vu que j'étais quelqu'un qui n'avait pas peur de veiller tard, que j'avais un bon sens artistique et que je savais dessiner. Ils ignoraient totalement que j'avais des compétences en gestion."

James Cameron a ainsi pris ses fonctions deux semaines avant le début du tournage. "Aucun décor n’était conçu ou construit", raconte-t-il. "Je me suis dit : bon, je saute dans le feu. OK, je le fais." Et évidemment, on lui propose ça à 4 heures du matin...

Sauf que le chaos, le premier jour, prend une forme très concrète : un manager de production l’accueille et étale sur la table tout le kit de survie du tournage.

"Il me dit : ‘OK, voilà ton bon de caisse… voilà ci, voilà ça… voilà la liste de l’équipe de nuit… voilà celle de jour… OK, voilà tes Black Beauties. Voilà ta coke..."

James Cameron
Marechal Aurore/ABACA

Des amphétamines, de la cocaïne, posées tranquillement à côté des feuilles de service, comme du matériel habituel pour tenir la cadence d'une production.

James Cameron, lui, ne comprend même pas ce qu’il est censé faire avec ça :

"Je me dis : ‘Attends… je fais quoi avec ce truc ?' Je ne prenais pas de drogue. Pour moi, le café suffisait largement."

Sauf que le manager le rassure : ce n’est pas pour lui. C’est pour… l’équipe.

"Il m’a dit : ‘Ben tu dois le distribuer à l’équipe.’"

Le futur cinéaste réalise l’absurdité totale de sa nouvelle promotion : "Donc je viens de devenir dealer, je crois ?"

Une logique de micro-budget complètement hallucinée, où le carburant du plateau ne s’appelle pas “prime” ou “heures sup”, mais “poudre blanche”.

"Dans ce monde-là, c’était comme ça que ça fonctionnait", résume-t-il. "En gros : tu travailleras pour de la coke ! C'était n'importe quoi."

James Cameron sur le tournage d'Avatar 3
20th Century Studios

Évidemment, si James Cameron raconte ça, c'est qu'il a refusé de jouer les dealers. Il a refilé la mission à un subalterne :

"J’ai tout donné à mon assistant directeur artistique. Je lui ai dit : ‘Toi, tu gères ça !' Et l’assistant savait d'ailleurs très bien quoi faire. Il m'a dit : 'Je sais comment ça marche. T’inquiète. Je m’en occupe.'"

Et visiblement, il ne valait mieux pas se louper sur le distribution de coke :

"Il a distribué de manière plutôt juste et équilibrée... Et apparemment, dans ce milieu, tu es jugé en tant que directeur artistique selon à quel point tu distribues les drogues équitablement..."

Un Hollywood des années 1980 que le Canadien ne goûtait guère. Il avoue aujourd'hui : "Je ne voulais pas jouer à ce jeu. Ce n’était pas mon truc."