Le spécialiste de la série B explosive Joe Carnahan réunit les deux vieux copains de Will Hunting pour une histoire de flics ripoux et de gros sous, pas aussi excitante qu’espérée.
Réunir Matt Damon et Ben Affleck en tête d’affiche d’un même film ? Ce n’est pas à proprement parler un événement, le duo de Will Hunting s’étant déjà reformé deux fois ces cinq dernières années, d’abord dans Le Dernier Duel de Ridley Scott, puis dans Air, sur l’invention des Air Jordan, réalisé par Affleck et sorti directement sur Prime Video. La dernière fois qu’on a vu Damon dans un film, il jouait à la buddy-comédie d’action avec le petit frère Affleck, Casey, dans The Instigators (sur AppleTV). Et voici donc aujourd’hui The Rip, gros polar made in Netflix… Bref, c’est la routine, même si on est toujours content de les retrouver, et de les regarder ajouter de nouvelles nuances à leur bromance ciné.
Matt et Ben incarnent cette fois-ci deux flics burinés et barbus, vétérans d’une unité d’élite de la police de Miami spécialisée dans la chasse aux gros poissons du narcotrafic et qui, après qu’un membre de leur équipe a été assassiné, se retrouvent sous le coup d’une enquête des Fédéraux. L’affaire se complique quand la task force menée par Damon fait une descente dans un repère de trafiquants, et découvre pas moins de 20 millions de dollars planqués derrière un mur. La loi exigeant que les policiers restent sur place pour compter l’argent saisi, c’est le début d’un huis-clos nocturne sous haute tension. La somme est tellement grosse qu’elle fait tourner les têtes, les flics se mettent à soupçonner certains d’entre eux d’être des ripoux, la pression monte, d’autant plus que la maison où a lieu le raid se retrouve bientôt assiégée par des ennemis invisibles…
Le scénario, écrit par le réalisateur Joe Carnahan, a des effluves de The Shield réinventé façon Maison des otages, et bénéficie grandement des infos que Carnahan est allé chercher directement auprès de son pote Chris Casiano, un flic de Miami. L’arrière-plan documentaire se sent, il charpente le film. Et il nous donne un os à ronger pendant qu’on regarde se mettre en place ce huis-clos plutôt excitant sur le papier, mais en réalité assez mollasson à l’écran. Matt Damon tourne en rond, Affleck fait son habituelle tête boudeuse de type qui passe une sale journée, Steven Yeun envoie des SMS mystérieux dans la nuit… L’intrigue s’enlise et donne un sentiment de surplace, alors qu’on devrait transpirer à grosses gouttes en regardant la parano grimper.
La deuxième heure est plus payante, quand les flics vont prendre l’air, et quand Carnahan, qu’on sait capable du meilleur comme du pire (doit-on continuer d’espérer qu’il retrouve un jour le niveau de son fabuleux Territoire des Loups ?) sort l’artillerie lourde, à coups de courses-poursuites, de fusillades et de twists en cascade – pas toujours vraisemblables, les twists, mais divertissants. Tout le monde fait mine d’y croire, Damon et Affleck jouent bien de leurs rides, de leur complicité et de leurs poches sous les yeux, et le film remplit son office de divertissement du vendredi soir sur Netflix. Mais on était en droit d’attendre quelque chose d’un peu plus mémorable, étant donné l’argent dépensé (le New York Times parle d’un budget de 100 millions de dollars, un encore plus beau pactole que celui au cœur du film) et les forces en présence.
The Rip, de Joe Carnahan, avec Matt Damon, Ben Affleck, Steven Yeun… Sur Netflix.







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