Première
Des ceintures turquoise, une polémique, une société en perpétuelle évolution et trois femmes qui luttent pour garder leur place. Dans ce deuxième volet du Diable s’habille en Prada, David Frankel met en scène le monde de la presse et son déclin à l’heure des réseaux sociaux et des nouvelles technologies. Le monde du journalisme s’est transformé et les investisseurs lui tourne le dos. Et Miranda alors ? On se souvient de la froideur de Meryl Streep, sublime en Cruella des catwalk : les lèvres pincées et le verbe acéré. Mais c’est une autre Miranda qu’on découvre ici, soumise aux volontés des uns et des autres, plus légère, presque drôle, qui laisse tomber sa carapace face à une génération qui l'assaille. Face aux acheteurs qui menacent de transformer le magazine, elle va même jusqu’à descendre dans les bas-fonds de Runway — à la cantine avec les autres employés — prête à tout pour préserver l’authenticité de la publication... Si elle gagne en drôlerie et en humanité, la rédactrice en chef perd forcément un peu de son charisme en s’éloignant de sa froideur caractéristique. Et c’est le personnage d’Emily Blunt - Emily Charlton - le visage figé qui prend son relais. Toujours aussi piquante, assoiffée de réussite, Emily avec son regard impénétrable, revêt le costume de la méchante. Désormais à la tête de Dior, celle qui fut la première assistante de Miranda, la tient aujourd’hui sous sa coupe.
Andréa, elle, n’a pas bougé d’un cil, aux mimiques près. La journaliste un peu gauche, la “cool” girl du bureau, arbore un sourire et une présence identiques, dévoilant presque une caricature d'elle-même... Mais en restant trop fidèle au film de 2006, le personnage incarné par Anne Hathaway perd en drôlerie... Même ses maladresses n’ont plus le même charme à force de répétitions et livrent une version surjouée de son personnage. Le fil narratif de ce deuxième opus subit hélas le même sort. Le Diable s’habille en Prada 2 quitte la place de la Concorde pour Milan mais reprend - un peu trop facilement - sa trame narrative. Et ce même si David Frankel ne s’en tient plus seulement au milieu de la mode et réussit un piquant portrait du journalisme moderne, bercé d’artificialité et paradoxalement plus humain.
Lou Valette