Reprendre le Marsu après Chabat relevait moins du remake que du relais sacrément risqué. En 2012, Sur la piste du Marsupilami assumait son anachronisme joyeux, son humour rétro et sa douceur bricolée. Quatorze ans plus tard, Philippe Lacheau hérite de la bestiole tachetée et la plonge dans son ADN à lui. La mécanique à gags est plus frontale, plus bruyante, parfois panzer - mais pas pour autant foirée.
Le film repose sur un principe simple : faire se rencontrer deux traditions comiques françaises qui ne parlent pas tout à fait la même langue. D'un côté, la bande à Fifi, adepte du gag immédiat, du burlesque appuyé et d'un humour trash. De l'autre, Jamel, qui reprend son Pablito de 2012 et amène de fait son rythme plus narratif et presque rassurant. Fifi a calme le jeu, Jamel s’adapte et le choc produit une énergie singulière.
Là où Chabat enveloppait ses excès de tendresse et de nostalgie, d'écologie et d'humour antidaté, Lacheau privilégie la vitesse et l'accumulation pour moderniser l'ensemble. Le récit se dilue au profit d'une succession de numéros, inégaux mais rarement à côté de la plaque. Tout n'est pas subtil, mais le film évite l'écueil du pur produit calibré : on sent une envie de divertir sans mépris, de faire rire sans calcul froid. Techniquement solide, porté par un Marsupilami numérique expressif, le film trouve son équilibre lorsqu'il ralentit - quand Jamel impose son tempo, quand la jungle redevient terrain de jeu plutôt qu'un catalogue de gags. Le Marsu de Lacheau n'a pas la mélancolie de son prédécesseur ni sa facétie d'opérette, mais il assume sa nature de comédie pop contemporaine, généreuse. La relève remplit de fait totalement son cahier des charges.