Bientôt trente ans de carrière pour PTA et un nouveau film en salles, Une bataille après l’autre, son dixième. L’heure des comptes ronds et le moment ou jamais de mettre de l’ordre dans les splendeurs du Anderson.
10 / Inherent Vice (2014)
Un vrai casse-tête, celui-là. On aime sa mélancolie, ses gags à contretemps, son érotisme brumeux… Dix ans après, pourtant, force est de constater qu’il n’est pas devenu un PTA de chevet. Quand on est d’humeur à planer devant un L.A. noir envapé, il y a plus de chances qu’on finisse devant The Big Lebowski, Mulholland Drive ou Le Privé.
9 / Double Mise (Hard Eight) (1996)
L’éternel oublié, ne serait-ce que parce qu’on ne sait jamais comment l’appeler, entre Double Mise (titre français DVD), Hard Eight (imposé par le distributeur, mais qui "sonne comme un porno", dixit PTA), ou Sydney (son nom à Cannes en 96, et celui que préfère son auteur). Les obsessions sont déjà là, le talent aussi, mais le réal’ débutant a un peu de mal à transcender les clichés du polar tarantinien.
8 / Boogie Nights (1997)
Un pastiche des Affranchis, par un copiste surdoué, avec le petit monde du X californien dans le rôle de la Mafia. Souvent euphorisant, mais plombé par la tendance d’Anderson à regarder de haut ses personnages, leurs looks ridicules, leurs rêves dérisoires et leur absence de talent. C’est pas bien de se moquer.
7 / Punch-Drunk Love (2002)
Après les excès de Boogie Nights et Magnolia, un vrai-faux exercice d’humilité, sous la forme d’une petite (1h35) comédie romantique. L’énergie dépensée par le film à souligner sa singularité et son excentricité peut taper sur le système. Oui, mais Adam Sandler est grand, et l’utilisation de He Needs Me par Shelley Duvall (hommage au maître Altman), un sommet de musicalité enchanteresse.
6 / Licorice Pizza (2021)
Son Roma. PTA réinvente le monde de son enfance dans un collage de scènes funambules, arrimées au charme juvénile, quasi amateur, d’Alana Haim et de Cooper Hoffman. Tourné en bas de chez lui, entre amis… Presque un home-movie, une cure de jouvence, pour éviter de devenir trop vite un vieux maître.
5 / Magnolia (1999)
Les malheurs, névroses et peines de cœur d’une poignée d’habitants de Los Angeles, racontés comme une épopée. Les idées géniales pleuvent (comme les grenouilles), et tant pis si l’émotion passe parfois au forceps. "C’est le meilleur film que je ferai jamais, pour le meilleur et pour le pire", disait PTA à l’époque. Il avait raison : le meilleur et le pire de son cinéma se trouvent dans ce film grandiose.
4 / There will be blood (2007)
Anderson part dans le désert dialoguer avec les spectres de Kubrick, von Stroheim, Huston et quelques autres, pour étudier la lutte sans merci entre capitalisme pétrolifère et fondamentalisme religieux. Daniel Day-Lewis, en foreur fou furieux, entre instantanément dans l’histoire du cinéma, et le film avec lui.
3 / Phantom Thread (2017)
Le sommet de sa veine rom com. Une histoire d’amour sur fond d’omelettes aux champignons entre un artiste obsessionnel et sa muse rebelle. Du cinéma chuchoté, caressant, loin de la frime californienne, qui donne l’impression de s’inventer au fur et à mesure qu’on le regarde, sur le fil (fantôme) entre sur-maîtrise et lâcher-prise.
2 / The Master (2012)
Traversée semi-onirique de l’Amérique fracassée des 50s. Joaquin Phoenix joue le rôle du misfit comme s’il était Montgomery Clift. Certains thèmes phares du cinéaste (soumission, domination, familles de substitution) trouvent ici leur expression définitive, ce qui n’empêche pas le film d’être génialement irrésolu, ouvert, décousu comme un (mauvais) rêve.
1 / Une bataille après l’autre (2025)
On vient tout juste de le découvrir. On délire peut-être en le plaçant aussi haut. Spielberg, qui lui l’a déjà vu trois fois, dit n’avoir "pas ri comme ça depuis Dr. Folamour". Comparaison éclairante, le film étant, comme le Kubrick, une satire à l’énergie démentielle – en l’occurrence, de l’Amérique malade dont hérite les enfants du 21ème siècle. Le meilleur PTA ? A l’instant T, oui.







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