Titre original Wuthering Heights
Date de sortie 11 février 2026
Durée 136 mn
Réalisé par Emerald Fennell
Avec Margot Robbie , Jacob Elordi
Distributeur Warner
Année de production 2025
Pays de production Etats-Unis
Genre Drame

Synopsis

Une relecture gothique, sensuelle et tourmentée de cette histoire d’amour et de vengeance qui transcende les classes sociales.

Critiques de Hurlevent

  1. Première
    par Frédéric Foubert

    Avant même la première image, on comprend qu’Emerald Fennell ne fera pas dans la dentelle. Sur un écran noir, un râle se fait entendre, dont on ne saisit pas tout de suite s’il est d’agonie ou de plaisir. Puis la première scène nous révèle que les cris sont ceux d’un homme en train d’être pendu en place publique, saisi par une érection au moment de rendre son dernier souffle. Dans l’assistance, la petite Catherine Earnshaw, héroïne éternelle des Hauts de Hurlevent, assiste éberluée à cette fête barbare mêlant le sexe et la mort. Puis l’enfant s’en va courir dans la lande sur fond de Charlie XCX (interprète des chansons du film) avant de rejoindre la demeure battue par les vents de Wuthering Heights, d’un gothique un peu toc, comme sortie d’un concept art abandonné par Tim Burton sur un coin de table…

    Bienvenue à Hurlevent, bienvenue dans "Hurlevent" (notez les guillemets, manière de dire que l’adaptation ne sera pas très scrupuleuse), une version hyperbolique, tapageuse et fière de l’être, du roman d’Emily Brontë, chef-d’œuvre passé par tous les états et toutes les latitudes, adapté entre autres à la mode Hollywood classique (par William Wyler, 1939), mexicaine (Luis Bunuel, 1954), Nouvelle Vague (Rivette, 1986), japonaise (Yoshishige Yoshida, 1988), british fiévreuse (Andrea Arnold, 2011), jusqu’à, donc, subir aujourd’hui les outrages d’Emerald Fennell, réalisatrice du rape and revenge fluorescent Promising Young Woman et de la petite sensation Saltburn, un néo-Théorème gentiment racoleur.

    Le livre de Brontë traverse le temps et se prête à toutes les esthétiques et toutes les trahisons, c’est ce qu’entend démontrer la cinéaste en envisageant l’histoire d’amour impossible entre Catherine Earnshaw (Margot Robbie) et le beau ténébreux Heathcliff (Jacob Elordi) comme une sorte d’opéra hyperpop maximaliste – moins un film qu’une collection d’images saturées de couleurs éclatantes, d’anachronismes vestimentaires, de décors ostentatoires, qui donnent l’impression que chaque photogramme a été conçu pour être isolé, liké ou commenté sur Instagram ou TikTok. Mais ce tourbillon parvient par endroits à être réellement enivrant. Margot Robbie incarne une Catherine frémissante dans une tradition classiquement romantique, mais c’est Jacob Elordi qui s’adapte le mieux à l’art néo-clippesque d’Emerald Fennell, en se laissant filmer comme un rejeton de Delon ou de Terence Stamp, acceptant placidement son destin de mème humain, saisi à quasiment chacune de ses apparitions dans une pose à haut potentiel érogène et viral. Après avoir été un Elvis Presley Barbe-Bleue dans Priscilla et le monstre de Frankenstein pour Guillermo del Toro, l’acteur d’Euphoria peaufine avec Heathcliff sa galerie de créatures de cauchemar.

    Emerald Fennell a dit pendant la promotion du film qu’elle avait adoré Les Hauts de Hurlevent quand elle l’avait lu pour la première fois à 14 ans et, au-delà de tous les reproches qu’on pourra lui faire (notamment celui de "whitewasher" Heathcliff, décrit dans le livre comme ayant "la peau foncée"), on peut se laisser séduire par la manière dont elle semble ici vouloir rendre justice à l’expérience adolescente de sa découverte du roman – ce qui explique peut-être qu’elle passe à côté d’une lecture plus politique de l’histoire, ou qu’elle y ait plaqué une esthétique flashy parfois franchement discutable. L’entreprise peut paraître superficielle mais elle est néanmoins intensément personnelle, jusque dans le goût presque puéril de la réalisatrice pour l’organicité, les matières gluantes et les images cracra qui ponctuent le film (œufs écrasés sur les matelas des protagonistes, sangsues, bave d’escargot…), et surtout, jusque dans son insistance à mettre en avant la dimension sadomasochiste de l’histoire, qui la voit décliner une imagerie SM sur tous les tons, de la pendaison initiale à ces corsets serrés trop fort, en passant par l’asservissement de la pauvre Isabelle (Alison Oliver). Ce qui intéresse Fennell, c’est la douleur, et elle parvient à faire résonner celle des personnages assez fort à la fin du film, malgré le barnum qui les entoure.

    L’adolescence de Fennell, c’était à la fin des années 90, soit le moment des premiers succès de Baz Luhrmann et de Sofia Coppola (qui tartinaient le patrimoine culturel de leurs obsessions pop), mais aussi des adaptations modernisées de Jane Austen (Clueless) ou des Liaisons Dangereuses (Sexe Intentions). C’est sans doute à ces films-là, eux-mêmes nourris de MTV et des séries télé bling-bling d’Aaron Spelling, que Fennell pense en tournant son "Hurlevent", reformulant leurs codes pour une génération abreuvée de dark romance et de Chronique des Bridgerton. Une grande partie de la beauté et de la profondeur de l’histoire inventée par Emily Brontë passe à la trappe, mais la démarche n’est peut-être pas aussi cynique qu’on pourrait le penser. C’est une manière, têtue et déraisonnable, de rester fidèle à ses émois ados.

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