Franchement, difficile de ne pas avoir la gorge serrée en regardant Une place pour Pierrot. Avec une sensibilité toujours juste, Hélène Medigue transforme son vécu personnel - elle a un frère autiste - en un récit prenant. Loin du misérabilisme, du voyeurisme ou du spectaculaire, elle filme la différence avec naturel, bienveillance et s’autorise même dans la dernière partie une échappée belle poétique.
Pierrot a 50 ans. Il est autiste et vit dans un foyer. Sa sœur Camille, 45 ans, découvre qu'il subit une sur-médication qui le fait régresser. Révoltée, cette avocate divorcée, débordée, mais décidée, choisit de le prendre chez elle. Un bouleversement qui va accroître sa charge mentale déjà bien pesante, mais aussi révéler des liens oubliés. Marie Gillain livre ici une interprétation particulièrement touchante. Sa Camille, femme moderne toujours sur le fil, oscille entre l’épuisement et la révélation. Face à elle, Grégory Gadebois compose un Pierrot solaire, évitant tous les pièges de la caricature. Leur duo fonctionne par petites touches impressionnistes, à travers des moments de grâce où le réel circule naturellement. On le doit beaucoup à la réalisation d’Hélène Médigue. La réalisatrice évite les écueils attendus en refusant de faire du handicap un spectacle. Elle privilégie une approche organique, et plutôt que la maladie, préfère filmer la reconstruction - celle de Pierrot qui apprend à vivre hors institution mais aussi celle de Camille qui redécouvre son frère et son entourage. Son film dessine alors les contours d'une société qui accepte enfin de faire une place à tous.