Première
par Thierry Chèze
Cet été est donc bien celui de tous les come- back. Après la franchise Souviens toi… l’été dernier et le retour du duo Lindsay Lohan- Jamie Lee Curtis dans la suite de Freaky Friday, voici que ressurgit sur nos grands écrans la saga Y a-t-il un flic… ? pour un quatrième volet, plus de 30 ans après le précédent (Hollywood qui suivait La Reine et Le Président), qu’on n’avait pas forcément vu venir. Et ce pour une infinité de raisons. Parce que Leslie Nielsen, le génialissime interprète du lieutenant Frank Drebin, est mort en 2010. Parce que ce projet annoncé en décembre… 2013 avec Ed Helms (Very Bad Trip) en Drebin semblait depuis tout ce temps mort et enterré. Parce que la comédie américaine a désormais tendance à déserter le champ du cinéma pour se développer en séries. Mais aussi et surtout parce que, plus les années passent, plus son humour burlesque aussi ouvertement scato et ultra- sexué apparaît sur le papier en total décalage avec notre époque plus policée où des accusations en sexisme pourraient facilement voir le jour et créer un bad buzz, tuant dans l’œuf la carrière en salles du film.
Fort heureusement Seth MacFarlane, l’homme d’American Dad ! et de Ted – qui s’y connaît donc en humour transgressif – a eu la bonne idée de faire fi de ces a priori en prenant les commandes en tant que producteur de ce reboot et en confiant le rôle de Drebin à un comédien qu’on n’avait jamais vu jusqu’ici en héros de comédie pure : Liam Neeson, dont il avait perçu le talent caché sur ce terrain de jeu- là le temps d’une apparition dans son Ted 2.
Et la grande et bonne idée de MacFarlane, du réalisateur Akiva Schaffer (Voisins du troisième type) et de ses co- scénaristes est de ne pas avoir cherché à faire rentrer à marche forcée – et donc artificiellement - l’univers Y a-t-il un flic… ? dans notre époque. Ils ont pris le parti inverse : revenir aux sources de la saga (on y entend le générique de Police Squad, la série des ZAZ à l’origine de la saga en 1982, on y aperçoit Priscilla Presley, l’inoubliable Jane Spencer le temps d’une apparition fugace, on s’y régale devant une scène – hommage à Nielsen et au casting original) et aller à fond dans l’humour potache qui tâche, dopé au comique de répétition (ici notamment lié à la consommation de café de son héros) qui constitue son, ADN. Le tout sur fond d’une enquête évidemment abracadabrantesque menée par le fils de Drebin (Liam Neeson donc) après la mort d’un ingénieur avec en super- méchant, le patron de la victime, un géant de la tech façon Elon Musk (Danny Huston) qui a mis au point une machine diabolique capable de ramener les humains à leur nature barbare.
Y a-t-il un flic pour sauver le monde ? ne rentrera certes pas au Panthéon des plus grandes comédies de tous les temps, pas plus qu’il ne convaincra les gens rétifs (hélas pour eux) à l’humour des ZAZ mais tous les autres devraient se régaler devant l’enchaînement alerte de gags, la qualité de l’interprétation d’un Liam Neeson on fire mais aussi de l’écriture du personnage féminin principal, la sœur de l’ingénieur assassiné qui va faire fondre Drebin Jr, jouant avec tous les clichés de la blonde sulfureuse pour mieux les retourner. Et c’est grâce à elle (que campe avec gourmandise Pamela Anderson) qu’Y a-t-il un flic pour sauver le monde ? réussit à s’inscrire avec fluidité dans son époque. Et qu’il n’est pas un film bourrin ou un manifeste anti- woke, venant prétendre qu’on savait décidément mieux rire avant. Il démontre à l’inverse qu’on peut précisément toujours rire de tout, en tenant compte de l’évolution de la société et du regard porté sur les femmes par exemple, sans se renier ou s’auto- censurer. Une raison de plus d’aller à la découverte de ce feu d’artifice de non- sens roi.