Aujourd'hui âgé de 30 ans, l'acteur irlandais est devenu incontournable à Hollywood. Gladiator de Ridley Scott ou William Shakespeare de Chloé Zhao, en attendant d'être le Paul McCartney de Sam Mendes, tout a commencé pour lui avec Aftersun. Entretien.
Il a été découvert à la télévision dans la série Normal People. Mais depuis, c'est bien au cinéma qu'explose la carrière de Paul Mescal.
L'acteur irlandais est l'un des jeunes acteurs les plus en vue du nouvel Hollywood. Un talent placé en tête de gondole de nombreux projets, comme le Gladiator 2 de Ridley Scott ou le prochain projet géant de Sam Mendes sur les Beatles, et dans lequel il jouera Paul McCartney. Richard Linklater vient de l’enrôler aussi dans son nouveau projet au très long cours, Merilly We Roll Along.
Et ce soir, c'est dans Aftersun qu'on retrouvera le comédien de 30 ans, sur France 4, dans ce premier long-métrage de Charlotte Wells remarqué au Festival de Cannes et qui a permis à Paul Mescal de crever le grand écran pour la première fois, au point de décrocher sa première nomination aux Oscars (la seule à l'heure actuelle). A l'époque, on avait pu échanger avec la superstar en devenir. La rencontre s’est faite par visio dans des conditions « extrêmes », l’acteur acceptant le challenge de nous causer dans les coulisses d'un théâtre londonien, avant sa représentation du soir. Sympa Mescal.
Ridley Scott a trouvé le successeur de Russell Crowe pour la suite de GladiatorPREMIÈRE : A quelques heures de monter sur scène ? Vous êtes dans quelles dispositions là ?
PAUL MESCAL : J’aime la routine du théâtre, arriver tôt, lire un livre, errer dans les couloirs en essayant de se vider la tête et donc de calmer mes nerfs. Pendant que je vous parle, j’entends mes partenaires répéter sur scène. C’est stimulant. Je me sens comme un boxeur qui s’apprête à voir des gens bouger autour de lui. Le jeu, c’est très physique, il faut prendre possession de l’espace...
Vous interprétez le héros d’Un tramway nommé désir, la pièce culte de Tennessee Williams, rôle immortalisé au cinéma par Marlon Brando. La référence n’est pas trop lourde à porter ?
Je n’ai pas jugé nécessaire de revoir le film d’Elia Kazan pour préparer la pièce. Brando reste une référence indépassable et je ne suis pas certain qu’un comédien doive façonner son jeu à partir de là. Quand j’étudiais l’art dramatique, mon professeur nous avait montré Un tramway nommé désir avec Brando. Je m’étais empressé de le revoir pour essayer de comprendre comment il parvenait à développer autant d’intensité. A moi désormais de trouver ma propre voie pour y parvenir...
Brando est connu pour son jeu très intense, puisant au fond de lui-même...
Je comprends que certains aient besoin de ça, mais travailler dans l’excès n’est pas ma nature. Je pense avoir une approche plus impressionniste. Dans tout ce que j’ai fait jusqu’à présent, j’ai essayé d’exprimer la complexité du personnage sans forcément tout extérioriser. Pas de surmoi. J’aime que les choses passent par des regards, des gestes... En revanche, je suis prêt à tout donner si un ou une cinéaste exige de moi une composition électrique. Un comédien est au service d’une vision...
Dans Aftersun de Charlotte Wells vous jeu est très intériorisé. Tout repose sur la fragilité secrète de votre personnage...
L’écriture de Charlotte est très sensible. J’ai immédiatement été séduit. En lisant le script, je me suis dit : « Voilà un film que j’ai envie voir qu’importe si je suis dedans ou pas ! » J’aime que les choses, à commencer par les sentiments, soient en grande partie suggérées. C’est toujours l’émotion qui doit primer. L’émotion et ses mystères. C’est finalement assez impalpable. Au spectateur ensuite de se mettre au diapason des personnages pour comprendre ce qu’ils ressentent. C’était un challenge de devenir Calum (nom de son personnage dans le film) J’ai de la sympathie pour lui. Beaucoup d’hommes souffrent en silence.
Charlotte Wells est une jeune réalisatrice. La collaboration a-t-elle été simple ?
Dès que j’ai lu le script, j’ai voulu la rencontrer. Nous avons le même âge, la même sensibilité. Nous nous sommes tout de suite compris. Aftersun est son premier film, je n’avais pas beaucoup d’expérience non plus. C’était très rassurant pour l’un et l’autre de travailler ensemble.
A quand remonte votre désir de devenir comédien ?
La première fois que je suis monté sur scène c’était au collège, pour jouer de la musique... Je ne voulais plus redescendre. L’idée de devenir comédien est venue plus tard. J’ai pris des cours d’art dramatique pendant trois ans, tenté de me faire une place au théâtre et d’un coup, un casting, un rôle, un succès, les choses s’ouvrent en grand... On n’est jamais préparé à tout ça...
Ce succès c’est bien-sûr la série Normal People, il y a trois ans...
... Soudain ma vie a changé... C’est vertigineux...
Comment expliquez-vous le succès de cette série ?
Je pense que le public a aimé la sincérité des personnages et cette façon de rester au plus près d’eux. Si vous regardez bien, il n’y a rien d’extraordinaire : pas de péripéties rocambolesques, ni une multitude de personnages, juste deux êtres qui évoluent l’un à côté de l’autre...
Votre première expérience au cinéma pour le film, The Lost Daughter de Maggie Gyllenhaal, c’était comment ?
Premier jour de tournage, je me retrouve sur une plage avec Olivia Colman ! J’hallucinais. Le reste du casting était incroyable. Je me demandais sincèrement ce qui m’arrivait. What’s the fuck is going on ?
En tant que spectateur, quels films vous ont marqués récemment ?
Vortex de Gaspar Noé. J’aime la façon dont il se rapproche au plus près de l’humain. Globalement ce n’est pas tant l’histoire d’un film qui m’intéresse que la vibration qui émane des êtres sur l’écran.
Aftersun de Charlotte Wells. Avec : Paul Mescal, Frankie Corio, Celia Rowlson-Hall... Condor Distribution/ MUBI. Durée : 1h42.







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