Irresponsable saison 3
OCS

Cette dramédie sur un adulescent prend fin après trois saisons, et trouve une conclusion à la hauteur des attentes, qui approfondit le regard sur la famille et mêle avec virtuosité humour et émotion.

Réussir une dernière saison de série n’est jamais chose aisée. Maintenir l’intérêt pour une histoire tout en la clôturant, dire adieu à un lien intime qui a mis plusieurs années à se construire entre personnages et spectateurs, trouver un rythme idéal qui évite la sensation d’une fin précipitée. Autant de défis auxquels se confronte ici Irresponsable, dramédie lancée en 2016, dont les deux premières saisons ont brillé par leur combinaison de comédie générationnelle, de drame familial et de tendresse sentimentale souvent inattendue. La série créée par Frédéric Rosset aborde ainsi des sujets sérieux, comme l’abandon parental, les difficultés des mères célibataires ou l’inactivité sociale, par le biais d’un réjouissant mélange des tons. Les aventures de Julien (Sébastien Chassagne), trentenaire immature qui a retrouvé à Chaville son amour de jeunesse, Marie (Marie Kauffmann), et appris l’existence d’un fils déjà adolescent nommé Jacques (Théo Fernandez), ont engendré dès la première saison de grands moments de mélancolie exacerbée ou d’humour désopilant surgissant sans crier gare. Cette saison 3, toujours réalisée par Stephen Cafiero et coécrite par Frédéric Rosset et sa soeur Camille, décide de chambouler d’emblée le calme relatif auquel était parvenu le quatuor de personnages principaux. Jacques, tout juste majeur, annonce en effet son désir de partir à l’autre bout du monde et de quitter la colocation qu’il partageait avec ses parents et sa grand-mère Sylvie (Nathalie Cerda).

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Cette volonté de quitter le nid familial va pousser chaque protagoniste à sortir du statu quo pour se demander enfin concrètement quels sont ses projets d’avenir. Des différences drastiques vont apparaître et susciter de vertigineuses angoisses existentielles. À l’instar de séries majeures comme Six Feet Under, la question de savoir s’il faut quitter le foyer pour mieux se réaliser s’avère ici centrale. Comment conserver des relations collectives malgré les aspirations et les exigences du temps qui passe ? Entre Marie qui peine à se consacrer pleinement à sa thèse universitaire et Julien qui se découvre de subites envies de paternité à plein temps, cette dernière saison trouve rapidement sa tonalité, faite d’observations politiques (les ravages de l’ubérisation et de la nouvelle économie sont évoqués au détour de situations cocasses), d’apparitions de nouveaux personnages truculents et de dialogues particulièrement touchants qui s’échinent à faire sortir les individus des mensonges et des non-dits permanents. Irresponsable a toujours su chorégraphier avec inspiration la gêne liée au dysfonctionnement de la communication et elle déploie ici d’habiles stratégies narratives pour dynamiser la libération de la parole. La cohabitation du tragique et du ludique est élevée au rang d’art, et le nombre limité de décors se voit constamment traversé par un sens des situations qui transforme le déni et la timidité en fantaisie et en euphorie comique (mention à l’excellent personnage du pote policier Adrien, joué par Vincent Steinebach).

Dans ses ultimes épisodes, Irresponsable montre ses héros assumer leurs actes et verbaliser leurs choix comme pour commenter malicieusement l’affranchissement autant individuel que commun qui se fait jour. Entre autres thèmes affleurent les idées de solidarité générale et d’émancipation féminine. La prise en compte du chemin parcouru depuis le début de la série crée alors une émotion palpable et la conclusion peut prendre place en plein soleil et en pleine lumière, façon de sommer les personnages et leurs concepteurs à ouvrir leur coeur et se dévoiler. Jusqu’au bout, l’humour graveleux vient s’immiscer dans les intrigues affectives pour jouer les trouble-fêtes et mieux faire tomber les masques. La série réussit finalement le pari fou de marier crudité absolue et élans de sentimentalité pure. Si les débuts faisaient songer aux comédies de Riad Sattouf (Les Beaux Gosses), on pense, face aux derniers instants d’Irresponsable, à la bravoure émotionnelle du cinéma de Stanley Donen (Voyage à deux) ou du Blake Edwards dernière période (celui du terrassant That’s Life !). C’est en définitive à une authentique célébration que nous invite la fin : celle de la force d’empathie d’une série française au brillant casting, dont le dernier plan prend de la hauteur pour donner à voir l’environnement général au sein duquel les protagonistes ont évolué durant trois saisons. Le format 10 x 26 minutes confirme ici tout son potentiel, tant le croisement de l’élégance romanesque et du rire attendri aura fait des merveilles.

Irresponsable est diffusée à partir du jeudi 5 décembre (20h40) sur OCS MAX et disponible en intégralité sur la plateforme de streaming d'OCS