En 2007, ces six artistes russes avaient fait s’écrouler de rire les spectateurs du Rond-Point. Après une longue tournée, les voilà de retour au Palace avec leur spectacle Semianyki, ce qui en russe veut dire la famille, et celle-ci est bien barrée.Propos recueillis par M.-C. NivièreDans la famille Semianyki, vous avez le père rêvant de tranquillité et la mère qui couve ses petits. Ces derniers sont quatre, plus un cinquième à venir. Ces rejetons turbulents nous font verser une grosse larme de nostalgie sur ce que l'on a été, des petits monstres en puissance, remplis d'amour et de joie de vivre.C’est à Bruxelles, au théâtre Volubis, que nous sommes allés les rencontrer, quelques jours avant qu’ils n’arrivent au Rond-Point. L’esprit est à la fête, ce jour-là, c’est l’anniversaire d’Alexander Gusarov qui incarne le père. Héros du jour, il est désigné d’office pour répondre à nos questions. Svetlana s’installe à nos côtés pour assurer la traduction. Artistes et techniciens de la compagnie passent dans la loge se servir un verre, se restaurer et taquiner Alexander, qui essaye de rester sérieux, mais ce n’est pas l’esprit de la famille Semianyki. Je le dis de suite, ils sont tout aussi frappadingues que leurs personnages.Ce spectacle est le fruit d’un travail de fin d’études d’étudiants de la première promotion de l’Ecole de théâtre de clown et mime, fondée par les Licedei. Nous sommes en 2003. « C’est en le préparant que l’on s’est rendu compte qu’on formait une famille. C’est de là qu’est partie l’idée : au tout début, il était question de raconter l'histoire d’un papa qui quitte le foyer. On a alors créé un spectacle très différent de l’actuel, il durait 2h30 ! Nous avons invité un metteur en scène, Youri Yadrovsky. Il a regardé le matériel et enlevé tout ce qui gênait, pour ne garder que l’essentiel. C'est-à-dire ce que l’on montre maintenant. »Ils n’ont pas eu à aller très loin pour chercher l’inspiration, puisant souvent dans leurs propres souvenirs. « Chaque comédien a apporté dans son personnage des choses personnelles, en lien avec sa vie, sa vision du monde… Par exemple, Olga, qui joue la Maman, s’est beaucoup inspirée de sa mère… Elena, pour Bébé, s’est souvenue de son père qu’elle cherchait toujours… Il y a beaucoup de notre enfance… On a tenté de créer une famille reconnaissable dans plusieurs pays. Beaucoup de spectateurs, qu’ils soient italiens, juifs, polonais, français…, nous disent : « C’est ma famille ! » Certaines femmes arrivent même en pleurant, s’exclamant : « C’est comme cela chez moi ! »Comme le spectacle est visuel et son sujet universel, ils ont joué un peu partout en Europe, en Amérique, au Brésil, à Tahiti, en Corée et même en Chine, pays de l’enfant unique. Comment les Chinois ont-ils regardé cette famille nombreuse ? Olga, passant par là, éclate de rire : « Ils étaient jaloux ! » Alexander explique que cela n’a pas posé de problème et raconte que lorsque son personnage du Père, exaspéré, quitte la famille un petit Chinois de 7-8 ans lui a pris la main et lui a dit : « Ne pars pas. Il ne me lâchait pas. Tout le monde rigolait mais lui était tellement sincère, il désirait tant que Papa ne quitte pas la famille. Ce soir-là, la frontière entre théâtralité et réalité s’était cassée. »L’art du clown permet de dire beaucoup de choses et surtout de mettre un beau grand désordre dans la salle. « N’importe quel clown traditionnel fait participer le spectateur. Nous, c’est par hasard que l’on est arrivés à travailler physiquement et émotionnellement avec le public. Le passage où le père se casse le cou met le spectateur mal à l’aise, mais surtout cela le fait réagir. » Et la bataille de polochons ? « Cela parle à tout le monde. Vous avez fait ça vous aussi. »Faire rire des salles entières doit être réjouissant ! Car il faut entendre ces grands éclats de rire, venant des plus petits jusqu’aux plus âgés. « Le rire est positif. C’est la bonté. Effectivement, le public rit tout le temps, mais quand Papa est parti, il a un truc dans la gorge. » Surtout lorsque Bébé cherche avec sa lampe torche son père dans la salle, l’émotion est palpable. « Comme la fin est heureuse, tout va bien. Papa revient, donc c’est drôle, pas comme dans la vie. »Alexander Gusarov est PapaDroit comme un i, des pinces à linge sur le veston un peu défraîchi, la moustache tombante, le nez rouge, il est porté sur l’alcool, souvent absent, débordé par sa progéniture. « Mon Papa est un peu alcoolique comme souvent en Russie. C’est un personnage assez connu chez nous… Mais c’est aussi un poète à sa manière ! »Olga Eliseeva est MamanSon personnage est impressionnant car il évoque un petit bout de toutes les mamans du monde. « Je n’ai rien inventé, c’est l’image de ma mère, ni plus ni moins. C’est international ! La psychologie de maman est simple, elle crie quand elle veut dire « je t'aime ». Quant à sa démarche, ça, c’est mon papa ! On peut dire maintenant que mon père a beaucoup de succès surtout quand il danse ! »Elena Sadkova est BébéElle est dans la vie aussi remuante que son personnage, toujours à l’affût d’un gag. C’est un grand bébé d’au moins 5 ans qui va bientôt perdre sa place puisqu’un autre arrive. « Des bébés comme cela existent, en tout cas j’en connais un ! Je l’ai observé et j’ai rajouté des choses. Je n’ai pas choisi de faire ce rôle. Avec mon 1,50 m j’étais la seule à entrer dans la poussette. Les autres ont choisi le reste. Mais je suis aussi Babou (la grand-mère). Ce personnage vient de moi, très personnel… »Marina Makhaeva est La Grande Avec ses nattes, toujours droite, toujours sérieuse. « C'est un personnage très compliqué. Je ne sais toujours pas qui elle est vraiment, une écolière mais pas une madame je-sais-tout. Elle fait semblant de savoir, en réalité elle ne sait rien. Je pense que mon personnage est le plus inventé. J’ai beaucoup observé les enfants… Il n’y a rien de ma vie. Je ne pense pas avoir trouvé mon clown. Au début, j’avais songé qu’elle était dans la crise de l’adolescence, puis j’ai calmé le jeu, cela a donné une pré-ado. »Yulia Sergeeva est La CadetteC’est l’enfant du milieu, celui qui ne sait pas vraiment où est sa place. « J’ai eu du mal à trouver mon personnage, à trouver ma place dans le spectacle. Son caractère devait être totalement différent des autres membres de la famille. J’ai cherché à exister dans un autre rythme, à réagir différemment. Mon personnage est dans la lune ce qui en fait une sorte d’enfant un peu « attardée » parce que toujours ailleurs. C’est un peu aussi mon caractère. »Kasyan Ryvkin est Le FilsIl est arrivé juste pour le spectacle. Mais je l’ai aperçu dans les loges après, et c’est étonnant comme il semble le même à la ville qu’à la scène. On en déduit qu’il n’est pas allé chercher bien loin l’inspiration. Ce grand frère ressemble à tous les grands frères de la terre. C’est le meneur qui entraîne ses sœurs, aime les taquiner, voire les martyriser. Il est celui qui invente les jeux, capable de faire croire qu’un toboggan est en réalité un bateau de pirates.Semianyki (la famille) au Palace>> Réservez vos places pour le spectacle







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