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La première venue à Cannes d’Abdellatif Kechiche va donc se solder par une récompense. Si ce n’est pas la Palme d’Or, ce sera le prix d’interprétation féminine, de la mise en scène, du scénario ou du jury. Cela ne fait aucun doute tant La vie d’Adèle est un morceau de bravoure filmique, trois heures de pure mise en scène au cours desquelles l’héroïne du titre est secouée par les forces telluriques de l’amour et d’une homosexualité difficile à assumer. Le dispositif du cinéaste est toujours le même : une succession de moments de vie captée par une caméra collée aux corps et aux visages, qui ne trichent pas. La tristesse et la joie se lisent ainsi dans les yeux d’Adèle et d’Emma, son amante ; les corps sont visiblement secoués de plaisir. C’est un film vivant où l’on aime et l’on baise (où l’on bouffe, aussi) avec la gourmandise des premières fois. On pense à Eustache, à Garrel, à Pialat, à tous ces cinéastes du spleen existentiel, de l’ivresse et de la violence des sentiments, à ces formidables directeurs d’acteur qui emmènent leurs comédiens sur des terrains de jeu glissants où la frontière entre réel et fiction est abolie. Face à la toujours épatante et culottée Léa Seydoux, Adèle Exarchopoulos s’impose comme une révélation fracassante, digne de la Sandrine Bonnaire (dont elle a le sourire) d’A nos amours. Grand film. Par Christophe Narbonne