Dans sa jeunesse attiré par le dessin, la peinture et la photographie de paysage, Guy Bourdin délaisse, une fois adulte, ces pratiques et s'adonne définitivement à la photo de mode et de publicité. A vingt-six ans, il est contacté par Edmonde Charles-Roux, rédactrice adjointe de Vogue, qui lui ouvre les pages du célèbre magazine. En 1965, il se rapproche du chausseur Charles Jourdan ; très vite, ses photos lui amènent la célébrité ainsi que de nombreux contrats avec de prestigieuses marques (la lingerie Bloomingsdale's, Cacharel, Chanel, Roland Pierre...). Grâce à son talent, il réussit à imposer sa marque, à se distinguer de ses précurseurs et concurrents : Richard Avedon, Cecil Beaton, Erwin Blumenfeld, Brassaï, Edward Weston... Pour ses photos de presse, Guy Bourdin n'hésite pas à sortir des conventions, à créer des décalages et déplacements. Ses clichés dépassent largement la simple instrumentalisation commerciale. Le photographe aime à brouiller les photos, à escamoter ses modèles, les noyer dans des décors aux atmosphères inquiétantes... Du coup, la figure féminine - presque omniprésente - apparaît inaccessible ou fuyante. Sur une composition gigogne réalisée pour la campagne publicitaire de Charles Jourdan en 1978, il place au centre de l'image un cliché en noir et blanc d'une femme en mouvement, tenue par une main et cachant une autre femme physiquement présente (seules ses deux jambes et son ombre témoignent de sa présence). Ce procédé provoquant une « inquiétante étrangeté » est, par la suite, repris à de nombreuses occasions. Divers et hétérogène, l'oeuvre de Guy Bourdin est à certaines occasions surréaliste (assez proche de celui de René Magritte), à d'autres provocant (ancrée dans le registre du « porno-chic »). Une tension apparaît toujours en filigrane. Le regardeur dispose de plusieurs indices et peut imaginer un récit non explicité. Guy Bourdin tient compte du support et des conditions de lecture. Il apprécie tout particulièrement les doubles pages, sur papier glacé que le regard peut facilement balayé. Il a régulièrement recours à l'artificiel et souhaite parvenir à des situations paraissant réelles : il repeint des arbres, colore la mer, fait voler les mannequins... Par le biais de la couleur qu'il manie en virtuose, il parvient à concurrencer Helmut Newton considéré comme son pendant avec le noir et blanc. Même s'il a profondément perturbé le registre de la photo de mode, Guy Bourdin a -; contrairement à Helmut Newton -; mis de nombreuses années avant d'être reconnu. La raison : de son vivant (il décède en 1991) il n'a jamais exposé, donné d'interview, ni publié ses photographies en dehors de leur contexte professionnel. En 2003, le Victoria and Albert Museum de Londres lui consacre une exposition. En 2004, elle est reprise au Jeu de Paume (Paris), agrémentée de nouveaux tirages et films et accueille plus de 50'000 visiteurs. Quelques oeuvres majeures : La Poule, 1955. Silver Print monté sur carte. 41,5 x 34,7 cmGilles, 1956. Gélatine d'argent. 27,6 x 21,4 cmKodak Photo Expo, 1972. 61 x 50.7 cm Vogue Paris, novembre 1975Vogue France, mai 1977, pp. 94-95Vogue Homme, juin-juillet 1977Campagne publicitaire pour Charles Jourdan, printemps 1978Pentax calendar, 1980. 34,2 x 48,8 cm[Illustration : Guy Bourdin, Vogue France, mai 1977, pp. 94-95]
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