Quelqu'un devrait interdire les dimanches après-midi
Arte

Dans le froid de Paris, Isabel Coixet met en scène de jeunes adultes en quête de sens, qui portent le même regard poétique sur le monde.

Après Foodie Love, sa série également diffusée sur Arte, la réalisatrice espagnole Isabel Coixet laisse tomber Barcelone pour retrouver la capitale française, 20 ans après son segment dans Paris, je t'aime. Sa nouvelle création dépeint une jeunesse en perdition, à l’aube de l’âge adulte.

Tu connais Cassavetes ?” Gros plans sur les couvertures de Gallimard, jeunesse des années 60 fantasmées, le cinéma Le Champo et la musique douce. Quelqu’un devrait interdire les dimanches après-midi capture avec poésie l’atmosphère d’une ville définie par sa pulsion artistique, mais parfois sans trop de subtilité…

Louise Barbier, jeune femme en surpoids originaire de Limoges, débarque à Paris dans l'espoir de faire un film. Sur son chemin elle fait la connaissance de Charlie, toxicomane - la badass du groupe au franc parler et à la sexualité libérée - et de Nelson, jeune homme métisse, amoureux d’une femme plus âgée.

Malgré ses personnages et ses situations un peu trop attendues, la mini-série réussit à saisir le charme parisien à travers les yeux d’une jeunesse perdue entre le besoin constant de performance qu’impose la société et le sentiment d'intégrité. Louise écrit bien, mais personne ne veut d’un scénario qui raconte une histoire d’amour platonique. On se laisse embarquer par la mélodie nostalgique des plans ou des décors montrant la capitale sous un jour sobre. La fiction ne nie pas pour autant la vérité de la ville. Même si elle ne met pas franchement en scène sa pauvreté, sa saleté, on est loin d’Emily in Paris

Quelqu'un devrait interdire les dimanches après-midi
Carole Bethuel

Les répliques douces de Louise, parsemées d’humour, son ambiguïté, séduisent aussi le spectateur. Une héroïne principale charmante que l’on aimerait voir éclore. 

Quelqu’un devrait interdire les dimanches après-midi sauve aussi les milléniaux (personnes nées entre 1981 et 1996) d’une case dans laquelle les générations précédentes les enferment. Ici, personne ne rêve de succès Instagram ou de téléréalité, mais de littérature et de cinéma. “On dit beaucoup de chose sur ma génération, on dit qu'on est moins intelligent, narcissiques, qu’on se plaint tout le temps...”, balance Louise en guise d’introduction…

C’est aussi à travers les lieux que la cinéaste appréhende avec justesse cette génération. Fini les quais de Seine, le Pont-Neuf et Saint-Germain-des-Prés. C’est Belleville, le Canal de l’Ourcq et le métro aérien de Barbès qui sont filmés. 

Quant à l’intrigue, si elle s’appuie comme beaucoup de fictions TV avant elle, sur des trames amoureuses, c’est seulement pour mieux faire émerger le monde émotionnel de ses trois héros, que l’on somme de réussir leur vie…

Quelqu'un devrait interdire les dimanches après-midi
Stéphanie Branchu

Viens on fait comme si l’amour ça existait.” Les dialogues marchent parfois sur des formules convenues qui desservent la dimension dramatique au lieu de l’épaissir. La protagoniste interprétée par Clara Bretheau - que l’on retrouvait dans Les Amandiers - sert quelques répliques qui passent à côté. Charlie, à la désinvolture infinie, retourne sous les jupes de sa mère, riche galeriste incarnée par Jeanne Balibar, pour lui quémander de l’argent en lui délivrant une tirade sur la société un peu grandiloquente. 

Nelson, campé par Théo Christine (Vivre, mourir, renaître), échappe lui aux clichés. Loin de l’archétype de la virilité ou du mec toxique, Nelson ambitionne de devenir maître sushi et a un faible pour les femmes plus âgées… Les ridules au coin de l'œil de Jeanne Balibar dessinent sa beauté. 

Entre le Paris loufoque et romantique d'Iris (2024) de Doria Tillier et celui d'Icon of french cinema, la série oscille entre délicatesse et lyrisme, dans un univers parfois un peu trop imprégné de l’imaginaire artistique de la Ville Lumière. 

Le premier épisode de Quelqu’un devrait interdire les dimanches après-midi est diffusé ce jeudi soir sur Arte. L'intégrale de la série est déjà disponible en streaming sur Arte.TV.