Les lionnes Netflix
Netflix

C’est la nouvelle série française qui fait sensation sur Netflix. Un thriller de braquages azimutés, qui ne manque pas de références. Rencontre avec les créateurs, Olivier Rosemberg et Carine Prévot.

Cinq femmes issues de la même cité, dans une petite ville du sud de la France, décident de braquer des banques pour se sortir de la précarité. Les Lionnes s’inspire évidemment du Gang des Amazones, qui a marqué la France en 1989, quand des femmes déguisées en hommes ont dévalisé sept agences du Vaucluse pour remonter la pente. Mais très vite, la série Netflix s’éloigne du fait divers. D’abord parce qu’elle resitue l’action de nos jours. Ensuite parce qu’elle prend le parti de se détacher de la réalité pour mieux s’amuser dans une "réalité augmentée", comme la décrivent pour Première les deux créateurs, Olivier Rosemberg et Carine Prévot.

Prenant le contre-pied du drame social criminel ordinaire, ils signent une comédie dramatique tonitruante, aux accents cinématographiques marqués. Tout est coloré, flashy, tape-à-l’œil, pour quitter le cliché de la cité grisâtre et morose. Jusqu’au grand vilain de l’histoire, le truculent Ezekiel, chef de bande aux fringues démentes et au sourire pimpé par des bagouzes.

"On me dit beaucoup qu’Ezekiel ressemble à James Franco dans Spring Breakers", avoue Olivier Rosemberg, qui a coécrit la série et incarne le personnage avec la même folie qu’au temps de Family Business. Il précise quand même que ce n’est pas tout à fait volontaire.

"Ce n’était pas pensé comme ça initialement. On a commencé par mettre des chemisettes à fleurs à Ezekiel, parce qu’on est dans le Sud. On lui a mis des bagues dans les dents pour le fun. De grosses baskets. On a testé des trucs, esquissé des choses et c’est vrai qu’à l’arrivée… on arrive à un gars qui ressemble pas mal à celui de Spring Breakers (rires) !"

Spring Breakers
Mars Distribution

Sa camarade d’écriture, Carine Prévot, explique plus généralement que la DA (direction artistique) des Lionnes est volontairement "très colorée. Et celle de Spring Breakers aussi. Totalement fluo. Donc oui, ça y fait penser. Mais le personnage d’Ezekiel est coloré au sens propre comme au figuré. C’est un type excessif, haut en couleurs."

Olivier Rosemberg nous confie en fait avoir voulu sortir de l’image du méchant traditionnel, "sortir de cette convention du voyou qu’on voit en France, habillé en foot de la tête aux pieds. Le voyou de cité avec son sac banane en travers. Les Anglo-Saxons arrivent à sortir de ça. Chez Guy Ritchie, il y a des méchants différents. Donc on a voulu sortir du stéréotype français. On l’a même féminisé d’ailleurs. Il a un sac Chanel rose fluo. Des boucles d’oreilles. Une montre en or. Et dans l’interprétation, j’ai surtout cherché à être radical. S’il est habillé comme un clown, autant y aller à fond !"

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Également réalisateur des huit épisodes de la série, Olivier Rosemberg a aussi pu se faire plaisir lors des séquences de braquages.

Tout un exercice, "avec un énorme set-up, trois caméras", nous dit-il, pour explorer à fond ces moments décisifs pour nos cinq Lionnes. D'ailleurs, Carine Prévot précise qu’il était crucial de conserver "une mise en scène d’action, en respectant les codes du film de braquage".

Mais à une grosse différence près : "On voulait absolument montrer des amatrices en action. Pas pour souligner la médiocrité de leur méthode d’apprenties braqueuses, mais mettre en avant leurs hésitations au moment de passer à l'acte." Et forcément, il reconnaît qu’il avait plein de références en tête, même si son approche fut assez différente :

"C'est clair que Heat est une référence du genre, mais dans Heat, ce sont des mercenaires appliqués. Ils comptent chaque seconde. Ils savent qui commande. Dans Point Break, ce ne sont pas des débutants. Ils ont déjà fait plein de braquages. Nous, il fallait que ce soit plus amateur que ça."

Les lionnes netflix
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Olivier Rosemberg explique aussi comment il a mis ses cinq actrices en condition :

"Les filles, on ne leur a jamais fait répéter les braquages. Pour qu’elles restent dans une forme de naïveté. Les armes sont lourdes. Avec les combinaisons, les barbes, les lunettes, les casquettes, les perruques… il fait chaud et c’est dur de jouer. Et pourtant, derrière tout ça, il faut qu’on puisse ressentir des émotions féminines. C’est pour ça que les braquages durent pas mal de temps. On reste longtemps avec elles, pour ressentir ce qu’elles vivent. Le stress. L’adrénaline du moment. On n’a pas fait des scènes clipées, genre on coupe et elles sortent et voilà, elles ont de l’argent ! J’ai essayé de rendre le truc extrêmement nerveux. Les plans sont très resserrés. Il n’y a plus de plans larges. On est collé aux personnages pour ressentir le shoot émotionnel de l’instant."

Les Lionnes, à voir en ce moment sur Netflix.


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