Comment Charles Bronson est devenu malgré lui l'icône d'une Amérique violente et parano ?
Dino De Laurentiis Company

Sa carrière pleine de paradoxes est étudiée dans le documentaire Charles Bronson, le génie du mâle, ce soir sur Arte.

Ce dimanche, Arte proposera une soirée spéciale Charles Bronson, en rediffusant La Grande évasion, le film de guerre culte de John Sturges dont il partageait l'affiche avec Steve McQuenn, Donald Pleasance et James Coburn, suivi d'un documentaire inédit intitulé Charles Bronson, le génie du mâle, qui retrace son parcours en insistant sur ses contradictions. Un portrait captivant de Jean Lauritano. Rempli d'archives, il est déjà disponible sur le site de la chaîne.

Voir le documentaire Charles Bronson, le génie du mâle

Né Charles Buchinsky, en 1921, il est devenu "le plus célèbre moustachu d'Hollywood, explique la voix off en introduction. Il a mis une beigne à Robert Redford, flingué Henry Fonda, coaché Elvis, trinqué avec Alain Delon, et flirté avec Elizabeth Taylor. Il a tiré sur tout ce qui bouge et tabassé plusieurs générations de figurants. C'était un homme, un vrai. Fait pour conduire des bolides pied au plancher sans ceinture et serrer dans ses bras musclés les plus belles femmes du monde." Sauf que cette image de mâle alpha qui lui colle tant à la peau n'est pas si représentative de sa vie.

Ambitieux, "Charlie" change de nom dans sa jeunesse pour tenter sa chance à Hollywood (où en ces temps de chasse au communistes, son patronyme lituanien aurait pu lui jouer de mauvais tours), espérant connaître la gloire en tant qu'acteur. Ce serait une belle revanche pour ce garçon pauvre ayant grandi en souffrant de problèmes d'élocution. Malgré ses efforts, il ne deviendra une star que de longues années plus tard, au milieu des seventies, une fois passé la cinquantaine, quand il aura enfin accepté de tenter sa chance en Europe, comme un certain Clint Eastwood qui a percé grâce aux westerns spaghetti de Sergio Leone. A la fin des années 1960, il tourne en Italie Il était une fois dans l'Ouest, ainsi que quelques projets en France. Jusqu'ici cantonné aux seconds rôles (souvent remarquables, comme dans Les Douze salopards, Les Sept mercenaires et La Grande évasion, donc), et abonné aux personnages d'Indiens (dans Bronco Apache, L'Aigle solitaire, Le Jugement des flèches, Les Collines de la terreur... autant de rôles dont il reconnaîtra l'ironie, s'amusant à venter ses origines mongoles, qu'il surnommait "les lointains cousins des Indiens"), il bluffe les critiques grâce à sa performance face à Alain Delon dans Adieu l'ami ou Marlène Jobert dans Le Passager de la pluie. Quant à son western, il fait un carton... en Europe, le succès américain d'Il était une fois dans l'Ouest n'étant pas immédiat.

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Quand il retraverse l'Atlantique, enfin, il obtient des rôles principaux dans plusieurs films violents, notamment dans Le Flingueur, de Michael Winner, Un Justicier dans la ville, de Walter Hill, ou Le Bagarreur, du même réalisateur. Si ces films lui offrent enfin la gloire tant attendue (surtout Death Wish, qui aura plusieurs suites), ils l'enferment aussi dans une caricature de lui-même, puisqu'il devient malgré lui l'icône d'une Amérique violente, machiste et paranoïaque. Bien après sa mort (il a disparu en 2003), cette image est toujours citée, par exemple par Donald Trump lors de ses meetings de la dernière élection présidentielle américaine.

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Si cette notoriété lui permet de demander des cachets élevés et d'imposer sa femme au casting de ses films, elle lui cause aussi des regrets. "Je ne suis pas un fan de Charles Bronson, avouera-t-il dans USA Today, en 1975. Je ne crois pas être ce que je pensais devenir quand j'étais gosse. Pour moi, c'est une déception." Heureusement pour lui, sa fin de carrière sera marquée par une certaine rédemption, notamment grâce au premier film de Sean Penn, The Indian Runner, qui lui offre un rôle touchant.

Autre paradoxe, côté vie privée, cette fois : cet acteur si célèbre pour ses rôles d'anti-héros solitaires était un grand amoureux. Le documentaire revient notamment sur son mariage avec l'actrice britannique Jill Ireland, rencontrée sur le plateau de La Grande évasion avec qui il fut marié de 1968 à 1990, année de sa disparition : âgée de seulement 54 ans, elle a succombé à un cancer du sein. Très proches, ils faisaient tout pour tourner un maximum de films ensemble, et rêvaient de passer plus de temps en famille.

Bande-annonce de La Grande évasion :

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