"Ça me rappelle, en plus cheap, les palaces des rappeurs dans MTV Cribs", lâche d'entrée Sébastien Cuvelier. A Buzescu et dans d’autres villages pittoresques situés aux quatre coins de la Roumanie, il a photographié des maisons qui étonnent et détonnent dans le paysage. Ces palais bling-bling sont le signe de l’émergence d’une nouvelle classe sociale au sein de la communauté rom. "La sociologie de cet environnement hors du commun m’intéresse. Les gens ont eu une envie extrêmement consumériste en recherchant un luxe très visible", poursuit le photographe. "Lors de la préparation du voyage, au hasard d’une recherche Google, je suis tombé sur la photo de l’une de ces habitations rom". Cette rencontre sur le web a été le début "d’une longue aventure". "J’ai rencontré pas mal de gens et je suis retourné trois fois en Roumanie à la recherche de ces foyers". Sébastien Cuvelier précise avoir vu cinq villages où il y a entre trente et soixante de ces logis. Ces constructions sont apparues dans les années 1990 après la chute de Ceaușescu et Buzescu est un haut lieu de ce genre d’architecture."En ce qui concerne l’architecture, les influences sont très variées, il y a du kitsch, des éléments désuets, beaucoup de surprises, une certaine grandiloquence assez cheap et par moments touchante. On pourrait presque se croire dans un dessin animé de Disney". Il note également la présence "d’éléments asiatiques dans certaines villas, des pagodes surtout" sans pouvoir affirmer qu’il s’agit d’une référence culturelle directe. "Au cours de mon travail, j’ai eu une longue conversation avec la princesse rom Luminita Cioaba. Elle pense que les Roms ne viennent pas d’Inde mais plutôt de l’Egypte via l’Israël".Les photos de Cuvelier trahissent également l’intérêt des Roms pour les métaux. "Ces gens aiment les métaux nobles (or, argent, cuivre, etc.) et ce qui brille en général. On peut trouver des insignes Mercedes sur le toit de ces résidences par exemple !".Sébastien Cuvelier a pu le constater, ces propriétés – dont les plans sont dessinés par des architectes – dérangent les roumains : "L’idée répandue est qu’elles sont construites avec de l’argent illégal, ce qui irrite au plus haut point les roumains. Ils voient souvent cela comme une provocation de la part d’une population qui n’est pas franchement très aimée au départ de toute façon".Aussi, les habitants de ces luxueuses cahutes intéressaient Sébastien. "Bien que ces familles se soient sédentarisées, la plupart des hommes continuent à voyager en Roumanie et en Europe, pour affaires. Elles abritent plusieurs générations d’une même famille : les enfants, les vieillards et les femmes.""Mon impression est que les journées de ces dernières sont rythmées par des occupations plutôt futiles (discussions avec les voisines, feuilletons télé, etc.) Elles font certaines tâches ménagères (cuisine, lessive) qui sont aussi souvent partiellement assumées par des domestiques roumains. Les enfants sont à la maison et ne vont pas à l’école. Le respect des anciens est un aspect important de leur culture très patriarcale. On sent clairement que les femmes sont dominées". Et en ce qui concerne leur mari : "C’est un aspect très flou auquel je n’ai jamais eu de réponse claire", avance Sébastien Cuvelier. "Les hommes plus âgés restent généralement au village, mais plutôt à l’intérieur de la maison, et ils n’aiment pas trop être pris en photo".Guillaume Roche>> Le site internet de Sébastien CuvelierPS : Les photographies ont été publiées par les éditions Husson dans le livre Gypsy Queens. Sébastien Cuvelier travaille sur un nouveau livre consacré à la musique, Instant Star, qui doit paraitre en 2014.







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