Le Répertoire des photographes français d'Outre-Mer du XIXème siècle invite à découvrir la photographie au XIXème siècle et recense le travail de tous les photographes français qui ont travaillé et voyagé en Afrique, Océanie, Asie ou sur le continent américain. En parcourant les pages de ce colossal ouvrage on découvre différentes parties de l’histoire de la photographie. Explications avec les anecdotes érudites de Jean-Christophe Badot, diplômé de l’IHECS (Bruxelles) passionné par l’histoire du XIXème siècle et la photo ancienne, et coauteur du livre avec François Boisjoly [1]. "Ma collection est essentiellement tournée vers l’outre-mer à l’époque coloniale. J’aime bien ce moment où des mondes qui ne se connaissaient pas du tout se rencontrent. On peut facilement imaginer que c’est la première fois que des blancs voient une population indigène et que cette dernière découvre l’appareil photo par la même occasion. Je trouve ces premières rencontres » fascinantes", nous explique Jean-Christophe Badot.Au XIXème siècle, la photographie s’impose, se perfectionne, et pour gagner leur vie les photographes sont plutôt imaginatifs pour attirer le chaland."Le client pouvait se déguiser dans les studios des photographes, poser avec des personnes d’autres cultures, être devant des décors étonnants comme une montagne, une mine, un bateau ou un avion". Jean-Christophe Badot précise qu’aux Etats-Unis ce genre de photos a toujours été populaire. "Ils poussaient le bouchon assez loin car on pouvait par exemple voir des personnes faisant semblant d’être en prison, de consommer de l’alcool alors que c’était le temps de la Prohibition ». Le spécialiste de la photo ajoute qu’il a rencontré un photographe qui grime encore ses photos avec de faux décors dans l’enclave espagnole de la Ceuta au Maroc. « Il met des enfants dans de grandes carrioles. Les images sont très colorées". Les gens s’amusaient en prenant ces photos de groupe. La pratique commence à se perdre dans les années 1950. Aussi, Jean-Christophe Badot se remémore des photos de son enfance passée en Belgique où il pose dans les années 1970 au côté d’un Saint-Nicolas avec une barbe postiche. S’ils arrangent la réalité avec de faux décors, les occidentaux aiment aussi se déguiser et être photographiés ainsi. "Avant la guerre de 1870, il y a une mode des bals costumés, les cours royales et impériales lancent des thèmes pour se déguiser : époque Médiévale, mode Orientale. Cette tradition est perpétuée par les officiers, je me souviens par exemple de la photo d’un militaire anglais déguisé en centurion romain". J-C. Badot développe en expliquant qu’après sa défaite face à l’Allemagne, la France cherche à redevenir sérieuse et que la mode est aux vêtements sombres, noirs. Les couleurs sont délaissées.Jean-Christophe Badot pense que le XIXème siècle est une époque "coincée". En France, dans l’univers bourgeois, on ne pouvait pas montrer la nudité féminine. Mais, "au centre de l’Afrique, dans le Pacifique, il était normal que les femmes aient la poitrine nue et les photographes avancèrent l’excuse de l’ethnologie pour faire passer une dose d’érotisme dans leurs photos. Les français et les allemands aiment particulièrement ce type de photos, mais les anglais – avec la rigueur morale imposée par l’époque victorienne – ne font pas ce genre de clichés photographiques".Et pour terminer ce tour de la photographie au XIXème siècle, Jean-Christophe Badot répond à une question fondamentale à propos du chat. La star des animaux dans la Web Culture était déjà appréciée par les photographes à l’époque."Fin XIXème, photographier un chaton est un exercice de style car il bouge beaucoup. Le photographe qui shootait cet animal avec le plus de netteté possible en retirait une certaine fierté. Il prouvait que c’était un bon praticien de l’image. Capturer les mouvements avec le matériel de l’époque était d’une complexité incroyable". Guillaume RocheLe Répertoire des photographes français d'Outre-Mer du XIXème siècle, François Boisjoly et Jean-Christophe Badot, Edition Héritage architectural[1] :François Boisjoly est photographe, collectionneur de photographies anciennes, créateur du site Photo-carte.com. Il a également publié Le Répertoire des photographes parisiens du XIXème siècle.







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