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Braque, l’autre inventeur du Cubisme

Femme nue assise 1907

Mais en novembre 1907, Apollinaire lui présente Picasso. Cette amitié collaborative, sorte de "cordée en montagne" pour Braque, se module autour d?échanges quotidiens, de discussions sans fin sur la forme et la couleur et donne naissance au Cubisme. Laissant la représentation des corps à Picasso, Braque se concentre sur les paysages. Ceux de l?Estaque vont lui fournir une matière insoupçonnée.

Le Viaduc de l’Estaque 1908

Mais bien vite les bords de mer, les carrières de Saint Denis et même le Sacré C?ur inspirent au peintre des toiles révolutionnaires. Fracturant les images et obligeant le spectateur à recomposer les formes et les espaces, Braque modèle un monde où la simultanéité des axes de vision prend le pas sur la simple reproduction d?une réalité.

Le Port 1909

Pas facile d?y reconnaître un élément signifiant tant le travail de Braque s?achemine vers l?abstraction. Sans compter qu?il réduit sa palette de couleurs à des camaïeux de bruns, gris, verts, prenant le contrepied des Impressionnistes pour qui seule la lumière (et les couleurs) faisait sens. Pour les Cubistes, tout est forme, la couleur n?est que subsidiaire.

Le Sacré Cœur 1910

Mais Braque n?est pas branque et il sait que l?hermétisme d?un cubisme trop cérébral risque de le couper du public. Tandis qu?il travaille à une nouvelle forme d?expression, les papiers collés (ajout de matériaux type papier journal, sciure, carton, sable? à une composition), il décide de jumeler ses visions cubistes à ces éléments reconnaissables et signifiants. Des lettres, des mots apparaissent alors sur ses toiles, en explicitant la compréhension.

Guitare (le Petit Éclaireur) 1913

La guerre va toutefois mettre un coup d?arrêt à la collaboration de Braque et Picasso. Georges est envoyé au front d?où il reviendra, gravement blessé en 1915. Dès lors, les personnages se raréfient et deviennent des figures sombres et longilignes. Quant aux natures mortes, elles constituent le c?ur du travail de l?artiste. Compotier (élément classique des natures mortes, cher à Cézanne), mandoline, guitare peuplent les ?uvres de Braque.

Guitare et nature morte sur la cheminée 1925

Dans les années 1930, il renoue peu à peu avec des formes plus figuratives, identifiables, puisant même dans les archétypes de la peinture, comme les Vanités. 

Le Duo 1937

Ce retour à un certain classicisme, même si la forme demeure incontestablement non académique, se retrouve dans les sujets mythologiques que le peintre aborde à travers son illustration de la Théogonie d?Hésiode ou ses Canéphores (femmes portant les offrandes dans la Grèce antique) mais aussi dans ses travaux Ateliers.

Vanitas 1939

Motif récurrent de l?art pictural, la représentation de l?espace de travail du peintre donne l?occasion à Braque d?une réflexion sur le monde clos (loin des paysages de ses débuts). Parfois accusé de claustrophilie, il démontre toutefois entre les quatre murs de ces Ateliers la puissance de son art, sa maîtrise absolue de la forme et il y incorpore le motif de ses dernières années de travail, l?oiseau.

Atelier 1 1949

Devenu un artiste reconnu de par le monde, il est invité à peindre le plafond de la salle Henri II du Louvre en 1952 (où le motif de l?oiseau s?impose). Ses ultimes productions mettent en scène des oiseaux, stylisés à l?extrême, symbole de cette idée de passage, de transcendance qui hante le peintre alors quasiment octogénaire.

L’Oiseau noir et l’oiseau blanc 1960

Il devient en 1961 le premier artiste à exposer au Louvre de son vivant, deux ans avant sa mort et ses funérailles nationales orchestrées par le ministre de la culture André Malraux. Embrassant le XXe siècle, ses deux guerres mondiales et ses révolutions picturales, l??uvre de Georges Braque offre une fenêtre unique sur l?histoire de l?art du siècle dernier. Un voyage dans le temps, l?espace, la forme et la beauté qui débute le 18 septembre au Grand Palais.

Braque par Man Ray

Si Picasso a le privilège de nombreuses expositions depuis des décennies (Picasso et les grands maîtres au Grand Palais en 2008 ou Monaco fête Picasso cet été sur le rocher pour les plus récentes), il n?en est pas de même pour Georges Braque. Rien depuis 1973? Et pourtant, celui que Jean Paulhan (animateur de la NRF) considérait comme le Patron survole son siècle, s?essaie au fauvisme dans la lignée d?Henri Matisse et prend son envol avec sa vision cubiste qu?il partagera avec le créateur de Guernica. Bouleversé par la Salon d?Automne de 1905 qui fit scandale ("un pot de peinture jeté à la face du public", selon l?historien d?art Camille Mauclair), Braque prend ses pinceaux et se jette dans le Fauvisme.

"Le seul vrai Cubisme est une conception purement espagnole, c’est celui de Picasso et Juan Gris". Ainsi parlait Gertrude Stein, collectionneuse acharnée du maître espagnol Picasso dans les années 1930. Cette revendication de paternité ibérique du mouvement laisse toutefois sur le carreau l’autre grand cubiste, le peintre discret et français (moins exotique donc), l’avant-gardiste et touche-à-tout Georges Braque. Le Grand Palais propose aujourd’hui une rétrospective d’ampleur du travail de cet artiste oublié. De ses années fauvistes à sa collaboration cubiste avec Picasso, de ses travaux de papiers collés à ses immenses oiseaux, Georges Braque domine l’histoire picturale du XXe siècle et cette immense monographie ne fait que rendre à Braque la place qui est la sienne.Ursula MichelGeorges Braque au Grand Palais du 18 septembre 2013 au 6 janvier 2014>> Voir le site de l'exposition Georges Braque : la bande annonce par Rmn-Grand_Palais