10 films potache qui comptent
American College de John Landis (1978)
Il y a des matrices et American College reste sans doute le grand traumatisme de Todd Philips, producteur de <em>Projet X</em>. Party movie culte et film potache par excellence, <em>American College</em> est un peu l'essence de la college comedy. Le campus movie par excellence, où il n'est question que de fraternités, de potes, de filles, d'alcool. Vulgaire, graveleux, crétin mais aussi fin finalement dans sa description du microcosme universitaire, le film de John Landis écrit par Harold Ramis est un plaidoyer pour une jeunesse festive. Mais que cache ce désir de fête sinon l'envie de renverser les conventions ? Avant l'inévitable vie d'adulte responsable, la fac est le dernier lieu où quitter son adolescence. Pour les héros d'<em>American College</em> menés pas John Belushi (qui ne rêvent que de nanas, de bière et de grosses motos, le titre original, <em>Animal House</em>, en dit long), c'est aussi une image de la société, qu'il faudrait détruire dans un dernier élan punk respectueux de sa sainte jeunesse. <em>Projet X</em> n'aura pas d'autre but.
American Graffiti de Georges Lucas (1973)
La génération Spielberg, Lucas, Coppola etc. a grandi avec les années 50. En tout état de cause, lorsqu'ils tournent leurs premiers films, l'époque remonte à la surface avec le souvenir d'une jeunesse qui est alors loin dans le soleil couchant. Film emblématique du plus nostalgique de la bande, American Graffiti de George Lucas suit la virée nocturne d'une bande de potes avant leur entrée à la fac, moment singulier par excellence où l'on quitte souvent sa terre natale pour le monde. Entre rock, filles et bal de promo, <em>American Graffiti</em> incarne une quasi sainte trinité de la jeunesse moderne. Comprimée en une nuit, elle prend une valeur d'autant plus symbolique.
Dazed and Confused de Richard Linklater (1993)
Qui dit potache dit potes et neuf fois sur dix une sortie ou une soirée. Le genre, s'il existe, se définit le plus souvent adolescent, en mouvement ou festif. Normal, c'est aussi un moyen pour échapper aux contingences de la réalité et faire vibrer les choses, parfois l'amitié ou le seul désir d'exister. En 1993, Dazed and Confused suit cette voie, posant ses valises au milieu des années 70 pour faire écho à la génération X des 90's. Richard Linklater filme alors deux bandes d'amis, bientôt lycéens et bientôt étudiants, errant pour une nuit symbolique, comme suspendue au-dessus d'un monde perdu, sans plus d'utopies auxquelles s'accrocher. Les affreux kids de <em>Projet X</em>, sans autre quête que la jouissance, frénétique, sont leurs descendants.
La folle journée de Ferris Bueller de John Hugues (1986)
On classe plus volontiers le mythique Ferris Bueller dans la catégorie teen movie que film potache. Ce serait oublier vite que le mot est la version familière de collégien ou lycéen. Dans le genre, le film de John Hugues est donc un bel exemple, tendance fugueuse, pour une après-midi en ville où deux garçons et une fille s'amusent à faire bande à part, comme chez Godard. Faire l'école buissonnière pour mettre la réalité (des cours, de la famille, des parents, du futur) en suspens et goûter à la seule joie d'exister, s'amuser, jouer, vaut ici comme l'ultime sursaut d'une enfance en retrait qu'il va falloir bientôt abandonner, sans l'oublier, pour aller vers une vie d'adulte. Les adolescents de <em>Projet X</em> sont moins ambitieux, moins raffinés, mais leur morceau de bravoure (tout faire sauter par le festif) n'est pas sans écho.
I Love you, man de John Hamburg (2009)
I Love you, man aura lancé le terme désormais générique de "bromance". Contraction entre brother et romance, la bromance est le nouveau nom de l'histoire d'amitié (ici entre Paul Rudd, marié un peu frustré, et Jason Segel, célibataire glandeur et amateur de masturbation). Qu'est-ce qui a changé pour que la taxinomie des genres évolue ? Les sentiments. Finie les amitiés viriles, pudiques, symboliques, désormais on ose déclarer sa flamme sans franchir la barrière de l'homosexualité. L'époque est plus tendre, plus love, plus généreuse. Pas forcément plus féminine, juste plus honnête et surtout délestée des préjugés. Avec <em>I love you, man</em>, le film potache devient une comédie romantique. Les adolescents sont devenus adultes. C'est beau, émouvant.
Porky's de Bob Clark (1982)
Film culte des années 80 qui donnera lieu à une trilogie, Porky's servira de matrice à American Pie. Survivant aux déprimantes seventies, l'époque est alors en quête d'un âge d'or qu'elle trouve dans les 50's, qui se répandent partout à Hollywood et la pop culture. Le rétro bien calé vers ce nouveau bout d'americana, <em>Porky's</em> peut ainsi parler de cul et rien que de cul, et suivre une succession de gags régressifs menés par une bande de lycéens. Le film est bas du front, du vrai potache (par excellence) qui tache, mais il dit aussi une certaine libération des m?urs, tardive, qui vaut comme d'une énergie qui aurait longtemps couvé. Modèle de cinéma couvant sa volonté de jouissance,<em> Projet X</em> n'est pas si loin.
Supergrave de Greg Mottola (2007)
L'unité de temps est décidément l'horizon du film potache, terme qu'on aura essayé ici de renverser pour montrer ses meilleures coutures. Unité de temps donc, comme celle de l'attachant et drôle Supergrave, où en une nuit symbolique (avant d'entrer en fac, comme American Graffiti et Dazed and Confused), deux copains vivent une nuit de folie qui soude plus que jamais leur amitié au moment où ils vont se séparer pour leurs études. Autre exemple de bromance, <em>Supergrave</em> montre une fois encore que derrière la quête pour l'alcool et les filles, tout ce qui compte est un peu de liberté et la perspective des sentiments. Parfois, il arrive que le film potache soit un peu métaphysique, au fond.
Une créature de rêve de John Hugues (1985)
Bien avant que les kids de Projet X cassent la baraque de papa-maman lors d'une soirée d'anthologie, il y avait <em>The Party</em>. Génial film burlesque de Blake Edwards où Peter Sellers, par maladresse, transforme une soirée en cataclysme cool. Entre les deux films, John Hugues, parrain du teen movie, tournait Une créature de rêve, l'histoire de deux nerds se fabriquant un top model sur leur micro ordinateur. Avec son final démentiel où une fusée traverse la maison de banlieue des parents, le film suit un même mouvement catastrophe que son petit cousin <em>Projet X</em>. Il rassemble surtout deux potes, embarqués dans une nuit aux allures d'avalanche comique qui les soude mieux que jamais.
Very Bad Trip de Todd Philips (2009)
Blockbuster du film potache entre adultes (supposés), Very Bad Trip est devenu le nouveau maitre étalon d'un genre sur lequel régnait autrefois American College. Inspiré par cette tradition de fraternity movie (il est aussi l'auteur de <em>Back to School</em>, film emblématique du feu Frat pack), Todd Philips est ainsi devenu le petit parrain d'un cinéma qui assume sa vulgarité et sa quête de liberté provisoire. Ici les héros sont tous mariés ou presque (on suit l'amnésique nuit d'enterrement de vie de garçon d'un d'entre eux), et ce dernier moment derrière lequel le film court comme Blow Up poursuivait une image invisible, est l'essence festive (toujours) d'un désir de trêve avec les contingences de la réalité. Un trou noir alcoolisé, résolument masculin, qui dans sa quête de jouissance cache son désir libertaire impossible à assouvir complètement.
Wassup Rockers de Larry Clark (2005)
Véritable communauté urbaine de désirs construite autour d'une réappropriation de la ville, le skate est aussi un moyen de générer du lien, de se faire des amis. Lorsqu'on est adolescent et que gronde l'envie de rompre avec son environnement pour trouver sa place, il est un bon moyen de se faire une nouvelle famille. Personne mieux que Larry Clark n'aura filmé les skaters, et Wassup Rockers, virée d'une bande de potes à Los Angeles, est son chef d??uvre. Rien de potache a priori dans <em>Wassup Rockers</em>, sinon l'âge des protagonistes et une connivence entre les personnages. Un rapport aux choses aussi, puisque le film potache, derrière son image d'humour crétin, cache bien souvent une quasi définition de l'adolescence, se matérialisant ici dans une fugue, un voyage partant des quartiers pauvres de South Central pour le cossu Beverly Hills. Se tenir à l'écart pour observer le monde adulte, sinon le monde tout court, c'est aussi ça la potacherie.
10 films potache qui comptent
Sous ses dehors de film concept (un party movie filmé à la première personne), Projet X ne cache pas sa volonté d'être la version post-punk et adolescente de <em>The Party</em>. Un film crétin sur une bande de potes organisant une soirée épique, laissant la maison des parents en ruines dans un quartier en flammes. Anar, <em>Projet X</em> est aussi un vrai film potache, genre quasi exclusivement américain dont on peut aussi voir les bons cotés. Exemple en dix films tordant un peu le coup au genre et qui en disent long sur la quête existentielle de ces kids, pas toujours si jeunes que ça.
Sous ses dehors de film concept (un party movie filmé à la première personne), Projet X ne cache pas sa volonté d'être la version post-punk et adolescente de The Party. Un film crétin sur une bande de potes organisant une soirée épique, laissant la maison des parents en ruines dans un quartier en flammes. Anar, Projet X est aussi un vrai film potache, genre quasi exclusivement américain dont on peut aussi voir les bons cotés. Exemple en dix films tordant un peu le coup au genre et qui en disent long sur la quête existentielle de ces kids, pas toujours si jeunes que ça.







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