DR

La petite histoireA l’origine, en lieu et place de l’actuel 104, se trouvait le service municipal des pompes funèbres (SMPF), créé en 1905 - création vécue à l’époque comme un progrès des idées républicaines : en effet, tout le monde avait désormais droit à une cérémonie, quels que soient sa religion, son statut (les femmes divorcées devaient auparavant être enterrées de nuit) ou les conditions de sa mort (les suicidés étaient aussi bannis). Durant les années de pleine activité, 27 000 corbillards partaient chaque année du SMPF, 1 400 personnes y travaillaient, dont une quarantaine de femmes. Les Pompes funèbres employaient aussi bien des menuisiers et des ébénistes que des carrossiers, des mécaniciens, des couturières, des peintres ou des maçons. Sur le site se trouvaient des bureaux, des écuries, un service d’état civil, des ateliers, une cantine, un coiffeur, un cireur, des logements pour les employés d’astreinte, des entrepôts pour les mâts et les tentures, etc.La petite anecdoteLes anciens du service municipal des pompes funèbres gardent un souvenir ému de la solidarité qui y régnait, de l’ambiance, de l’équipe de foot, de l’orchestre… Ces "bons moments", ainsi que la fierté de participer à un événement si important avec une telle dignité, permettaient d’oublier les difficultés inhérentes à la fonction. En mai 1968, le site fut autogéré pendant un mois sans le moindre incident, donnant aux cols blancs et aux cols bleus l’occasion de sortir de leur isolement respectif. Contrairement à une idée très répandue, le SMPF n’avait pas vocation à accueillir de corps. Mais il a dû répondre à des solutions extrêmes. Ainsi, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que des guerres d’Algérie et d’Indochine, des dépouilles des victimes furent présentées aux familles sur le site.La petite actuDepuis le mois d’Octobre 2008, le 104 n’a plus rien de funèbre. Des travaux gigantesques l’ont métamorphosé de fond en comble pour en faire un lieu de création et de production artistique unique au monde. Ouvert à toutes les formes (théâtre, vidéo, installation plastique, design…), cet espace de 39 000 m² compose un ensemble architectural à deux entrées (rue Curial + rue d’Aubervilliers) où l’art vient à la rencontre des publics. L’objectif des deux directeurs, Robert Cantarella et Frédéric Fisbach, est de favoriser la rencontre entre langages artistiques contemporains et public de proximité, issu des quartiers alentours, pas forcément sensibilisés à ces pratiques. Le 104, 104 rue d'Aubervilliers / 5 rue Curial 75019 ParisMétro : Stalingrad, Crimée ou Riquet