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Et aussi Truman, Irréprochable ou Mes Pires voisins 2 : les films à voir et ne pas voir cette semaine.

The Strangers****
De Na Hong-Jin

Un thriller biblique spectaculaire qui interroge la foi
Le dernier thriller de Na Hong-Jin (The Chaser, The Murderer), démarre comme une enquête criminelle qui rappelle Memories of murder, avec l'arrivée d'un flic sur les lieux d'un meurtre. Sauf que le mystère ne tient pas à l'identité du meurtrier, un villageois hébété, apparemment pris de folie subite. Assez vite, la répétition d'actes inexplicables, associée à une forme de contamination, fait dériver le film dans le domaine du surnaturel et de l'horreur. La présence d'un mystérieux Japonais appelle l'intervention de shamans et de prêtres pour procéder à des exorcismes en bonne et dûe forme. Le résultat est d'une intensité renversante, mais l'intrigue est si complexe et chargée de rebondissements que l'envie de revoir le film se fait pressante. A défaut, nous avons rencontré le réalisateur qui nous livre quelques clés pour saisir cette fable contemporaine sur la lutte éternelle du bien contre le mal. Gérard Delorme.
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Hibou***
De Ramzy Bedia

Rocky est un homme discret qui souffre de ne pas exister aux yeux du monde. Sa vie prend une autre tournure quand il découvre un hibou dans son appartement.
La moitié d’Eric Judor fait enfin son film. Le duo comique qui n’a longtemps existé que comme une entité indissociable avait reconnu après Seul Two que partager la réalisation était impossible. Cette fois Ramzy Bedia est seul maître à bord et on peut observer ce qu’il reste quand on lui enlève sa moitié : le non-sens toujours, la poésie, la naïveté, un peu de romantisme. Hibou est une toute petite chose attachante, un conte sur la gentillesse et l’importance de la faire triompher, sur l’équilibre à trouver entre pur égoïsme et excès d’abnégation. L’acteur gigantesque aux allures de Tati exploite à merveille son grand corps dégingandé, caché dans un déguisement de hibou pendant la quasi intégralité du film, sous lequel il parvient à faire passer plein d’émotions sans jamais en faire trop. A prendre au premier degré en se débarrassant de tout cynisme. Vanina Arrighi de Casanova

Tarzan**
De David Yates

Moi Tarzan. Toi Jane. On a entendu cette histoire des dizaines de fois et il fallait être fou ou très audacieux pour s’y attaquer une fois de plus. C’est pourtant le pari tenté par David Yates (réalisateur des derniers Harry Potter) avec Tarzan. Son film reste très fidèle au personnage imaginé par Edgar Rice Burroughs, tout en offrant un dépoussiérage au mythe. Plutôt que d’illustrer l’histoire par les vignettes que tout le monde connaît, Tarzan montre comment l’homme singe doit retrouver son passé animal, affronter la légende qu’il est resté pour sauver les Africains de l’esclavagisme. Relecture pop du mythe et de l’histoire (les personnages réels deviennent des figures de cartoon et l’intrigue travestit l’histoire pour mieux exalter l’aventure), ce Tarzan-là bénéficie de la beauté de Margot Robbie et de la verve de Sam Jackson qu’on dirait sorti d’un film de Tarantino. Bon, il y a aussi Alexander Skarsgard bon dans la partie africaine, où il se pavane de liane en liane, mais également touchant dans la haute société victorienne en costume trois pièces. Yates a réussi son pari : du bon cinéma d’aventure. Pierre Lunn

Truman***
De Cesc Gay

Un homme atteint d’un cancer incurable reçoit la visite de son vieil ami, qui l’assiste dans ses derniers préparatifs.
Sensation 2015 du cinéma espagnol qui lui a décerné cinq prix à sa cérémonie des Goya, Truman est un drame doux et léger sur l’amitié, la mort, la résilience, et repose essentiellement sur son duo de comédiens. La star argentine Ricardo Darin incarne le malade, un acteur divorcé vivant avec son chien (le Truman du titre), en plein face à face avec la mort, et Javier Camara, son ami de toujours expatrié au Canada, mis à l’épreuve par le sort et le fatalisme de son vieux copain. A force de discrétion, la mise en scène manque de style, mais le cinéaste catalan Cesc Gay compense par l’intelligence de sa narration et sa sensibilité en refusant les grandes leçons de vie, les confessions solennelles et l’excès de pathos dans lesquels un tel scénario peut facilement se vautrer, pour porter un regard juste et mélancolique sur deux hommes confrontés à leur mortalité. Vanina Arrighi de Casanova

Irréprochable***
De Sébastien Marnier

Agente immobilière au chômage, Constance revient dans sa ville natale car un poste s'y libère. Quand une concurrente de 20 ans lui passe devant, la quadragénaire prend les choses en main.
Jusqu’où ira Constance pour décrocher un emploi ? Comme l’annonce le titre, le premier film de Sébastien Marnier épouse le point de vue buté de son héroïne, jusqu’à l’absurde et la névrose. Dans un écrin formel très sobre, baigné d’une lumière estivale étouffante et mis sous tension par les synthétiseurs post-Carpenter de Zombie Zombie, ce portrait de femme "prête à tout" distille progressivement son malaise. Tandis que Constance échafaude son plan de reconquête professionnelle, la chronique déprimée d’un retour aux sources provinciales se double d’un thriller psychologique chabrolien. Dans le rôle de cette quadra qui préfère aiguiser ses dents plutôt que de se faire boulotter par la concurrence déloyale de la jeunesse (plus séduisante, moins coûteuse), Marina Foïs est bluffante. Avec ses cheveux peroxydés de femme fatale et sa tenue de jogging kitsch d’éternelle ado, l’ex-Robin des Bois compose le genre d’anti-héroïne mi-humaine mi-monstrueuse qu’affectionne tant Isabelle Huppert : c’est un bloc de volonté granitique niché dans un corps fluet, un Terminator en talons hauts. Mise en valeur par un solide casting, sa présence tour à tour espiègle et glaçante, presque burlesque par moments, donne à ce film (un peu trop) rondement mené ses brisures imprévisibles. Eric Vernay

Je me tue à le dire**
De Xavier Seron

Un homme à la trentaine bien avancée, acteur raté mais vendeur épanoui d'électroménager, traîne son spleen tranquille entre des castings pourris, son boulot, sa copine et sa mère - qui a enfin décidé de vivre parce qu'on lui a diagnostiqué un cancer. En voix-off, ce type à l’attitude limite neurasthénique énonce les profondes angoisses existentielles qui le travaillent - pourquoi on vit, pourquoi on meurt, et comment on gère l'entre-deux... Le décalage extrême entre les situations (plutôt graves), la manière dont elles sont vécues (sereinement) et celle avec laquelle elles sont énoncées (crument) produit un comique absurde, un peu cruel, et un sentiment d’angoisse diffus devant ce qu’on qualifierait plus de drôle de film que de film drôle. Vanina Arrighi de Casanova

L’aigle et l’enfant**
De Gerardo Olivares et Otmar Penker

Réunissant documentaire animalier et fiction dramatique (Otmar Penker a commencé à filmer des animaux sauvages trois ans avant que Gerardo Olivares ne se charge de la partie narrative), ce conte d’aventures, qui dépeint l’amitié libératrice entre un aigle jeté du nid familial, un garçon solitaire et un garde forestier altruiste, présente un rythme inégal. Les majestueuses images d’aigles des Alpes impressionnent mais les relations survolées entre les personnages aseptisent le propos d’une épopée avant tout destinée aux jeunes enfants. Damien Leblanc

Viva**
De Paddy Breathnach

Cette chronique de la misère sur fond de trans-identité a quelque chose d’un peu trop évident : le héros s’appelle Jesus et prend des coups sans broncher (de son père alcoolique qu’il n’a jamais connu et qui l’envahit soudainement ; de la vie en général qui punit les faibles). Si l’in fait abstraction de ce parcours balisé, on peut apprécier le tableau, hypervivant, que fait Paddy Breathnach de La Havane, capitale interlope et fraternelle, et la manière touchante qu’il a de décrire une relation filiale pleine de contradictions et de non-dits. CN

Nos Pire Voisins 2*
De Nicholas Stoller

Le premier Nos Pires Voisins date de 2014 mais ce nouveau volet donne l’impression que c’était il y a un siècle : en confrontant ici Rose Byrne et le déjà vieux clown Seth Rogen à une « sororité » féministe, c’est comme si la comédie US « R-Rated » voulait faire son examen de conscience, raccrocher les wagons du politiquement correct et exorciser ses aspects les plus beaufs. Théoriquement, ça aurait pu être passionnant, dommage qu’il n’y ait pas ici le début de l’amorce d’un gag, au-delà de la redite des vannes (déjà pas terribles) du précédent film. Reste Zac Efron, très touchant en Apollon navré d’être aussi bien gaulé, et qui affirme un peu plus à chaque film son destin de punching-ball humain. Frédéric Foubert

Et aussi

Sur quel pied danser de Paul Calori et Kostia Testut
Sultan d’Ali Abbas Zafar
Moi, Olga de Petr Kazda et Tomas Weinreb

Malgré la nuit de Philippe Grandrieux
Humeur liquide de Rodolphe Viémont