Yves-Noël Genod a des allures de dandy rocker mais sa voix est douce et caressante et n’a pas son pareil pour donner à entendre celle des poètes qu’il chérit comme des compagnons de route inséparables, des guides obscurs et lumineux qui lui enseignent à chaque lecture le goût du présent, le goût de l’accident, le goût de la perdition, le goût de la digression et de la contemplation.YNG est interprète lui-même, à domicile ou bien chez les autres. Il a fréquenté les univers de Claude Régy et François Tanguy avant de se lancer seul dans la fabrication de ses propres fantasmes scéniques.YNG dédie sa vie à la beauté et s’attache sans relâche à lui créer des écrins de temps et d’espace pour s’offrir le luxe de la voir s’épanouir à lui, à ceux qu’il convie, à ceux qui, curieux, sortent de chez eux pour prendre le chemin de son théâtre.YNG n’a pas de lieu et le nomadisme lui sied sans aucun doute. La Ménagerie de Verre, le Théâtre de la Bastille, Chaillot, Vanves, le théâtre2gennevilliers, la Cité Internationale, le Rond-Point, aujourd’hui les Bouffes du Nord, autant d’escales accueillantes où l’homme peut travailler sa matière première : la présence.YNG n’a pas de troupe. Il a certes des fidélités, des ententes, des retrouvailles. Mais chaque fois, ses invités varient, en fonction des rencontres, de l’inspiration, de la recherche du moment.YNG tient, en regard de la scène, un blog - le dispariteur- , comme on tiendrait un journal intime. Un journal ouvert à tous les vents, à toutes les oreilles. Impudique peut-être, narcissique certainement, mais loin de la vulgarité qui nous entoure, loin de la superficialité ambiante. Il y a, dans les posts de ce marginal magnifique une grandeur, une hauteur de vue en même temps qu’une profondeur et toujours, cet amour ancré de l’écriture comme vecteur sublime de ce qui nous anime, nous dépasse, nous traverse, nous abîme et nous élève. Le lire nous étreint, nous attire dans un gouffre intérieur vertigineux et salvateur. On s’y perd avec délice, on y rêve, on y médite, on s’y ressource. Le dispariteur (qui porte d'ailleurs le titre d'un de ses précédents spectacles), est un prolongement horizontal de la scène. Une résonance...Les spectacles d’YNG sont toujours sur le fil, ils flirtent avec les ombres, ils flottent sur la vibration de l’air, ils dansent sur des détails, glissent sur les ailes de l’alchimie miraculeuse ou scandaleuse.Les spectacles d’YNG ressemblent à des entités vivantes, des organismes animés de l’intérieur par des désirs entiers, des paysages à traverser, des tableaux ondoyants, des fragments prélevés dans la chair intime de nos réalités.Depuis quelques années, les créations scéniques d’YNG tendent à s’épurer, à éviter les poncifs du spectaculaire pour travailler les éléments sur un même plan : lumière, musique, acteurs, costumes, accessoires… et en faire la matière diffractée de l’évènement que devient ainsi chaque représentation. Il n’y a pas de moule, pas de cadre contraignant, pas d’idée ou de déplacement préconçus mais un plateau nu comme une terre d’accueil et le volume du théâtre autour. Dans cet espace de tous les possibles, les acteurs passent comme des apparitions, une émanation de contraires étincelants. Sensuels et éthérés, immobiles et mouvants, fantomatiques et bien vivant, vifs et lents. Eternels et éphémères. D’une beauté irradiante.« Un opéra immobile, une illumination des voix, un éclaircissement du voyage, une frayeur de l’immensité pure, voilà ce que j’aimerais proposer aux Bouffes du Nord », écrit YNG. Un rêve de spectacle imaginé avec de nombreuses présences passantes et les mélopées vocales de Bertrand Dazin et Jeanne Monteilhet, respectivement contre-ténor et soprano, épaulés par Louis Laurain à la trompette et Mario Forte au violon. La promesse d’une suspension du temps, d’une parenthèse de sensations subtiles, d’une expérience aux confins du visible et de l’invisible.Par Marie Plantin







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