PHOTOS - Oscars : 20 ans de coups bas
Oscars : 20 ans de coups bas
<strong>Intimidation, chantage, diffamation : tous les (sales) coups sont permis pour gagner la précieuse statuette dorée. Best of des croches-pattes les plus vicieux tentés lors des campagnes pour les Oscars.</strong> <strong>Frank Capra</strong>, obsédé par l'Oscar au point de l'appeler sa "Toison d'Or", disait que <em>"Tout le reste passe au second plan lorsque sévit la fièvre des Academy Awards"</em>. À trois semaines de la cérémonie, l?ambiance qui règne à Hollywood est martiale. Les sites d?entertainment et la presse spécialisée deviennent une arène où les studios s?affrontent à grand renfort de pubs estampillées <em>For Your Consideration</em>, tout en guettant le faux pas qui, savamment exploité, pourrait faire trébucher l?adversaire (espérons que <strong>Jean Dujardin</strong> n?en fasse pas les frais suite à <strong>l?affaire des affiches ?interdites?</strong> des Infidèles). Dans cette course à l'échalote, tous les coups sont-ils permis ? Après avoir fouillé dans plusieurs décennies de linge sale pour en extraire huit anecdotes particulièrement vicelardes, on serait tenté de répondre : oh que oui. <strong>Par Sylvestre Picard</strong> <strong>Suivez @SylvestrePicard sur <em>Twitter</em></strong> <strong>Pour tout savoir sur les Oscars 2012, c'est ici !</strong> ?
Au violeur (bis) !
<strong>La cible : </strong>The Artist (2012)Le 9 janvier dernier, Hollywood découvrit que l'actrice <strong>Kim Novak</strong> s'était payée une pleine page dans la presse, publiant un communiqué dénigrant <em>The Artist,</em> de <strong>Michel Hazanavicius</strong>, avec cette accroche très violente : <em>"Je viens dénoncer un viol?</em>. La suite ? ?Une grande ?uvre s?est fait violer par The Artist. Ce film a pris le Love Theme issu de la bande originale de Sueurs froides et s?est approprié les émotions suscitées par ce morceau. <strong>Alfred Hitchock</strong> et Jimmy Stewart ne peuvent pas se défendre, mais je peux parler en leur nom. (?) Même si le générique de The Artist comporte le nom de <strong>Bernard Herrmann</strong> (compositeur de Sueurs Froides), je considère cette manière de faire comme de la triche. Honte sur eux !" Une semaine plus tard, <em>The Artist</em> triomphait aux Golden Globes, et son compositeur <strong>Ludovic Bource</strong> repartait avec le trophée de la meilleure musique? en n'oubliant pas de remercier <strong>Bernard Herrmann</strong>. Il reste le grand favori, comme le film, des prochains Oscars qui se tiendront le 26 février.<strong>Efficacité :</strong> 10%
C’est un bouffon ! C’est un pédophile !
<strong>Les cibles : </strong><strong>Martin Scorsese</strong> et <strong>Roman Polanski</strong> (2003)Sans cesse repoussé à cause d?un tournage dantesque pendant lequel Scorsese avait failli lâcher prise, <em>Gangs of New York</em> sort finalement le 20 décembre 2002 aux Etats-Unis, savamment positionné par son producteur <strong>Harvey Weinstein</strong> (alors à la tête de Miramax) comme une incontournable bête à Oscars. La guerre est déclarée : dans les colonnes de <em>Variety,</em> le 3 février 2003, le légendaire scénariste <strong>William Goldman</strong> (Les Hommes du Président) publie un article très critique sur les méthodes de Miramax, le film en général (<em>"un beau bordel"</em>) et <strong>Martin Scorsese</strong> en particulier (<em>"un réalisateur bouffon"</em>). Peu après, une autre légende, <strong>Robert Wise</strong> (alors âgé de 89 ans, détenteur de deux Oscars du meilleur réalisateur pour West Side Story et La Mélodie du bonheur) publie une lettre où il vante les qualités de <strong>Martin Scorsese</strong>. Miramax reprend alors l'info sous forme de pub - "<strong>Robert Wise</strong> appelle à voter Scorsese !" (il sera révélé plus tard que la lettre est en réalité l??uvre de son département marketing, Wise s?étant contenté d?y apposer sa signature). Pendant ce temps, un autre favori des Oscars 2003, Le Pianiste de <strong>Roman Polanski</strong>, goûte également à la diffamation : comme par magie, le site <em>The Smoking Gun </em>déterre l'affaire d'agression sexuelle sur mineure dont est accusé Polanski depuis 1977, relayée ensuite dans le<em> New York Post.</em> Le tout piloté dans l'ombre par <strong>Harvey Weinstein</strong>, chuchote-t-on alors. Peine perdue : nommé dans dix catégories, <em>Gangs of New York</em> repart bredouille, alors que le <em>Pianiste</em> rafle trois Oscars - Meilleur scénario adapté, Meilleur acteur (<strong>Adrien Brody</strong>), et Meilleur réalisateur. Chicago, autre production Miramax, remporte quand même le trophée du Meilleur film. Une maigre consolation pour <strong>Harvey Weinstein</strong>?<strong>Efficacité :</strong> 80% / 5%
Il préfère jouer des obèses pétomanes !
<strong>La cible : </strong><strong>Eddie Murphy</strong> (2007)Tout le monde était d'accord : <strong>Eddie Murphy</strong>, grâce à son rôle de James "Thunder" Early dans Dreamgirls, était taillé pour recevoir l'Oscar du meilleur second rôle masculin. C'était la première fois que le légendaire comique, idole de l'Amérique <em>80's</em> avec Le Flic de Beverly Hills, était nommé aux Oscars. Le come-back rêvé pour un acteur tombé dans les abysses de la comédie pouet-pouet (La Famille foldingue, Docteur Dolittle...). Mais voilà : le 9 février 2007, deux semaines avant la cérémonie, Norbit sort sur les écrans. Une comédie ahurissante dans laquelle Murphy joue deux rôles, celui d'un prof binoclard et de sa femme obèse, vulgaire et violente. L?acteur ? avec l?aide non négligeable du distributeur de <em>Norbit</em> - se tire ainsi une énorme balle dans le pied. Comment associer l'image des Oscars avec celle d'un film trash et même pas drôle ? Résultat, <strong>Alan Arkin</strong> fut récompensé pour son second rôle dans le très hype Little Miss Sunshine, et on se souviendra uniquement de <em>Dreamgirls</em> pour la révélation <strong>Jennifer Hudson</strong>, qui repartit avec la statuette du Meilleur second rôle féminin.<strong>Efficacité :</strong> 100%
Elle a simulé !
<strong>La cible : </strong><strong>Natalie Portman</strong> (2011)Personne n?a été surpris lorsque <strong>Natalie Portman</strong> a enfin reçu l'Oscar de la meilleure actrice en 2011 pour son rôle de danseuse torturée dans Black Swan, de <strong>Darren Aronofsky</strong>. Mais tout le monde a été pris de cours quand le 3 mars, quelques jours après la cérémonie, sa doublure <strong>Sarah Lane</strong> s?est mise à baver publiquement sur sa performance. Le distributeur Fox Searchlight lui aurait ordonné de ne pas donner d'interviews jusqu'à la fin de la cérémonie afin d'augmenter les chances de Portman d'obtenir le trophée :<em> "Ils essayaient de faire croire qu?elle était devenue une ballerine en un an et demi"</em>, ruminait Lane. Une accusation d??imposture? très vite démontée par Aronofsky, qui a revu son film chronomètre à la main et déterminé que Portman n?avait été doublée que dans 15% de ses scènes.<strong>Efficacité :</strong> 0%
Il était collabo !
<strong>La cible : </strong>Le Discours d'un roi (2011)Les Oscars 2011 marquaient le come-back d'<strong>Harvey Weinstein</strong>, l?empereur déchu qui avait dû céder Miramax un an plus tôt. Avec <em>Le Discours d'un roi</em>, l'ancien mogul comptait rééditer le coup de Shakespeare In Love et de ses sept Oscars en 1999. Un sujet historique à l'angle original et à la morale universelle, un roi bègue apprenant à articuler pour mieux exhorter son peuple à reprendre confiance face aux Nazis? Inattaquable ? Pas si sûr : mi-janvier, un e-mail circule à Hollywood, accusant <em>Le Discours d'un roi</em> de passer sous silence le fait suivant : le roi George (joué dans le film par <strong>Colin Firth</strong>) aurait superbement ignoré la vague de violence antisémite qui gagnait l'Allemagne, en demandant simplement au gouvernement teuton de <em>"mieux contrôler l'immigration juive non autorisée" </em>car la Palestine (alors sous contrôle britannique) faisait face à une arrivée massive de clandestins... Certains reprochèrent également au film d'ignorer la visite faite par le personnage d'Edward (<strong>Guy Pearce</strong>), héritier légitime du trône et dandy inconsistant, à <strong>Adolf Hitler</strong> en octobre 1937. Des accusations trop légères pour empêcher <em>Le Discours d?un roi</em> - un mélo anti Nazi, après tout - de repartir avec quatre Oscars, et les plus prestigieux : Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur acteur et Meilleur scénario original.<strong>Efficacité :</strong> 0%
Ils ont exploité des enfants !
<strong>La cible : </strong>Slumdog Millionaire (2009)En adaptant le roman de Vikas Swarup, <strong>Danny Boyle</strong> était loin de se douter que <em>Slumdog Millionaire</em> finirait sa carrière avec 8 Oscars et 377 millions de dollars de recettes mondiales. Lorsque le film s?est imposé comme un sérieux prétendant aux Oscars, tout fut bon pour ternir sa réputation. Accusations de post-colonialisme mal digéré, de racisme anti-hindouiste? La croisade gagna rapidement en intensité pour culminer le 26 janvier 2009 (un mois avant les Oscars, tiens donc) avec une révélation du <em>Daily Telegraph</em> : les enfants acteurs <strong>Azharuddin Mohammed Ismail</strong> et Rubina Ali n'avaient été payés que quelques centaines d'euros pour un mois de travail et vivaient toujours dans un bidonville près de Mumbai. La production de <em>Slumdog</em> dut faire amende honorable et alimenter un compte en banque pour les enfants lorsqu'ils atteindront la majorité. Azharuddin et Rubina foulèrent le tapis rouge avec toute l'équipe lors de la cérémonie des Oscars le 22 février et, le 25, les autorités indiennes offrirent aux deux gamins des maisons hors du bidonville. Revers de la médaille : la petite Rubina devint l'objet d'un combat acharné entre ses deux parents (son père fut même accusé par les tabloïds anglais d'avoir essayé de la vendre) afin de profiter de sa nouvelle richesse.<strong>Efficacité :</strong> 0%
Au violeur !
<strong>La cible : Gérard Depardieu</strong> (1991)On pouvait être sûr que notre Gégé national, en étant nommé à l?Oscar 1991 du Meilleur acteur pour Cyrano de Bergerac, de <strong>Jean-Paul Rappeneau</strong>, allait faire le show à un moment ou à un autre. Le <em>Time Magazine </em>du mois de février 91 (un mois avant la cérémonie) déterre une vieille interview où l?acteur déclare avoir assisté à un viol étant enfant. La déformation journalistique (et la barrière de la langue) passe par là, et voilà donc le magazine qui accuse Depardieu de viol pur et simple. Gérard a beau hurler après coup qu?il s?agit d?une mauvaise traduction de ses propos, le résultat est là : un boulevard pour ceux qui voulaient empêcher Depardieu de repartir avec le trophée. Tandis que <strong>Kevin Costner</strong> repart le 25 mars avec sept Oscars pour Danse avec les loups, celui du Meilleur acteur est attribué à <strong>Jeremy Irons</strong> pour Le Mystère Von Bülow, alors que Depawdiou était clairement favori. Il n?a d?ailleurs même pas assisté à la cérémonie, tout en déclarant que cela n?avait<em> "rien à voir"</em> avec la polémique.<strong>Efficacité :</strong> 100%
Il était gay et antisémite !
<strong>La cible : </strong>Un homme d?exception (2002)Lors de la cérémonie des Oscars 2002, Universal/Dreamworks se sentait bien de rééditer le hold-up accompli par Gladiator l'année précédente (<strong>Russell Crowe</strong> était notamment reparti avec le trophée du meilleur acteur). Avec huit nominations, les choses s?annonçaient très bien pour <em>Un homme d?exception</em>, biopic sur John Nash, mathématicien de génie schizophrène et paranoïaque, interprété par Crowe et réalisé par <strong>Ron Howard</strong>. Mais quelque temps avant la cérémonie, on déterre des vieux dossiers : le film est accusé de passer sous silence l'homosexualité et l'antisémitisme supposés de Nash. <em>"On dirait une campagne politique. On fait appel à de soi-disant "consultants en Oscars" qui se demandent quelle genre de merde on peut déterrer",</em> s'indignait à l'époque le critique <strong>Pete Hammond</strong>. <em>"Accuser le film d'être antisémite quand on sait qu'une bonne partie des votants est juive, c'est vraiment un coup bas.</em>" Un coup dans l?eau, aussi, puisqu?<em>Un homme d'exception </em>repartira avec quatre Oscars, dont ceux du Meilleur film et du Meilleur réalisateur. Mais pas de doublé pour <strong>Russell Crowe</strong>, contraint de s?incliner devant <strong>Denzel Washington</strong>, récompensé pour Training Day.<strong>Efficacité :</strong> 30%
Intimidation, chantage, diffamation : tous les (sales) coups sont permis pour gagner la précieuse statuette dorée. Best of des croches-pattes les plus vicieux tentés lors des campagnes pour les Oscars.Frank Capra, obsédé par l'Oscar au point de l'appeler sa "Toison d'Or", disait que "Tout le reste passe au second plan lorsque sévit la fièvre des Academy Awards". À trois semaines de la cérémonie, l’ambiance qui règne à Hollywood est martiale. Les sites d’entertainment et la presse spécialisée deviennent une arène où les studios s’affrontent à grand renfort de pubs estampillées For Your Consideration, tout en guettant le faux pas qui, savamment exploité, pourrait faire trébucher l’adversaire (espérons que Jean Dujardin n’en fasse pas les frais suite à l’affaire des affiches “interdites” des Infidèles). Dans cette course à l'échalote, tous les coups sont-ils permis ? Après avoir fouillé dans plusieurs décennies de linge sale pour en extraire huit anecdotes particulièrement vicelardes, on serait tenté de répondre : oh que oui.Par Sylvestre PicardSuivez @SylvestrePicard sur TwitterPour tout savoir sur les Oscars 2012, c'est ici !







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