Jean-Paul Salomé analyse l’excellente performance au box-office de son nouveau film, porté par Reda Kateb, Sara Giraudeau, Pierre Lottin et Bastien Bouillon.
C’est la bonne surprise du cinéma français de ce début 2026. Avec 360 000 entrées hors avant-premières, L’Affaire Bojarski signe le meilleur démarrage de l’année (qui vient certes de commencer) pour sa première semaine en salle. Il a franchi la barre des 500 000 spectateurs ce week-end, et devrait aisément dépasser le million. Du jamais vu pour le réalisateur depuis Arsène Lupin, en 2004.
Le film raconte l’histoire étonnante de Jan Bojarski (Reda Kateb), un jeune ingénieur polonais réfugié en France pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il utilise ses dons pour fabriquer des faux papiers pendant l’occupation allemande, avant de devenir le "Cézanne de la fausse monnaie".
Depuis le début de semaine, L’Affaire Bojarski fait même plus d’entrées quotidiennes qu’Avatar : De Feu et de Cendres, ce qui fait sourire le cinéaste de 65 ans qui suit de près les chiffres du box-office : "On en rigole avec les gens du Pacte, on se dit qu'on a battu Cameron, c'est amusant..."
Première : Comment réagissez-vous à l’excellent démarrage de L’Affaire Bojarski ?
Jean-Paul Salomé : C’est un sentiment de joie parce que, d'abord, le film n'a pas été facile à monter financièrement. Avec les producteurs, on a dû faire preuve de persévérance pour mener le projet à bien, et compter sur le soutien de Reda Kateb qui a toujours été présent alors que le film a été plusieurs fois décalé, annulé et reprogrammé. C’était compliqué parce que les films d’époque ça coûte toujours un peu plus cher. Donc quand le film rencontre son public, on se dit qu’on a bien fait de s’entêter. Je suis aussi content pour le distributeur, Le Pacte, qui a énormément soutenu le film, avec une grande tournée d’avant-premières, dans 49 villes je crois, qui a commencé en septembre dernier.
Le film est sorti au bon moment, finalement ?
Les gens sont contents de retrouver un film français. Je pense que depuis L’Etranger, La Femme la plus riche du monde et Vie Privée, il n'y avait pas eu de rendez-vous populaire pour le cinéma français et là, c’en est un. C'est bien pour nous mais c'est bien globalement pour le cinema français. On s’est lamenté de la baisse des entrées en fin d’année, mais ce n'est pas un désintérêt du public. Il faut aussi trouver des films qui intéressent le public. Une histoire originale avec des comédiens dans des rôles qu’on n’a pas vu dix fois. Le public découvre avec plaisir la folle histoire de Bojarski.
Vous renouez avec des chiffres que vous n'avez pas connu depuis longtemps. Le film pourrait atteindre le score d'Arsène Lupin…
On ne va pas trop anticiper, mais c’est vrai que le film a l’air de bien se maintenir en deuxième semaine, et les retours spectateurs sont très bons. Donc atteindre le million d’entrées est envisageable. Je serais très content de retrouver ce score-là, d'autant que les films avec lesquels j'ai eu le plus de succès [Belphégor et Arsène Lupin, NDLR] se sont fait assaisonner par la critique, pour rester poli. Là, c'est la première fois que j'ai les deux, un bon accueil de la presse et du public. C’est un vrai plaisir pour moi parce je suis aussi attentif à la critique. C’est un regard plus pointu que celui des spectateurs que je prends en compte, même si parfois ça fait mal.
Avec Bojarski vous récoltez les fruits du travail fourni sur La Daronne et La Syndicaliste, qui avaient respectivement dépassé les 400 000 et 500 000 entrées. Vous avez retrouvé la cote.
Oui, exactement, c'est un sillon que j'essaye de creuser sur des histoires que j'ai envie de partager avec le public. Isabelle Huppert dans La Daronne, sur le papier c'était pas évident non plus. Les gens étaient sceptiques au début, après ils ont dit que c’était bien. Moi, je pense que les spectateurs recherchent justement cette singularité. Et le film aurait encore pu mieux marcher, on était en période post-Covid, avec les fermetures et réouvertures de salle. D’ailleurs, il a eu un énorme succès à la télé.
Je ne cours pas après le box-office, mais je fais quand même des films pour qu’ils soient vus. Le but c’est quand même de faire sortir les gens de chez eux pour les faire venir au cinéma. Le film a coûté 10 millions d’euros et ce succès est important pour les gens qui ont financé le film. Et pour moi qui vais pouvoir continuer…







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