Alain Chabat Didier
Première/AMLF

"Un film de potes cher, mais un film de potes."

Didier reviendra ce soir sur NRJ12. A sa sortie, Alain Chabat, était en couverture de Première, du numéro 239 (février 1997). Sa comédie sur un chien qui se transforme en homme et devient joueur de foot, entraîné par Jean-Pierre Bacri, avait bien plu à la rédaction, recevant trois étoiles de la part de Gilles Verdiani, qui saluait "l’invention et la drôlerie de ce premier film""Vous plier en deux avec une histoire à dormir debout, vous intéresser pendant une heure et demi à un personnage totalement impossible, c’est un tour de force."

Grand amateur de jeux de mots, il était servi dès la une "Chabat-da-ouah-ouah" ! Rappelant son goût pour ce type d’humour, il reconnaissait avoir épluché en long et en large le registre canin, même s’il assurait qu’il aurait pu encore plus "abuser" des jeux de mots qui ont du chien : "J’en ai enlevé plein ! L’autre jour, j’en avais trouvé un, et j’me suis dit : ‘Merde, celui-là, il aurait été bien.’ (…) Un que j’aime bien, c’est : ‘Il a un regard vraiment canin’. Ca ne fait pas rire du tout en plus. A chaque fois, ça fait un bide… Mais je l’aime bien."

C’est quoi "l’humour Chabat" ?

Au cours de l’interview, Chabat présentait Didier comme son premier film : "La Cité de la peur, c’était un film de Berbérian. On a juste écrit et story-boardé avec lui, mais sur le plateau, on était au garde-à-vous. C’était lui le patron." Il racontait aussi avoir d’abord voulu tourner un court métrage, avant d’être poussé par Dominique Farrugia pour le transformer en long : "C’est le mystère des idées, on ne sait pas d’où ça vient… Juste après La Cité de la peur, je voulais faire un court métrage avec Bacri sur cette idée… Il n’y avait que deux-trois trucs, dont ‘on ne sent pas le cul’, et une petite fin mignonne… Et puis, Farruge m’a dit que je pourrais en faire un vrai film et m’a conseillé de retravailler." C’est aussi lui qui lui a conseillé de plonger Didier dans le monde du foot, auquel il ne connaissait rien.

Content du résultat, Chabat insistait aussi sur le côté "film de potes", à commencer par son grand copain Jean-Pierre Bacri (aussi en caméo dans La Cité de la peur ou Santa & Cie, et "script doctor" sur Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre), qui tient l’un des deux rôles principaux ici. On y croise aussi "Liberatore, Les Nuls, Josiane… C’est un film de potes, un film de potes cher, mais un film de potes. (…) (J’ai écrit) le rôle de Bacri pour Bacri, ça, c’est sûr. Et ça m’aurait bien fait chier qu’il dise non. Et Didier, ça m’aurait bien arrangé de le faire jouer par quelqu’un d’autre, mais Berri (Claude Berri, le producteur, ndlr), ça ne l’intéressait pas du tout, et Jean-Pierre non plus ! (…) Alors, non, j’en ai pas marre que Bacri fasse la gueule. J’adore ce côté ‘pas facile d’accès’. Dans la vie aussi, d’entrée, il met volontairement une petite distance. C’est bien parce que ça nécessite un effort de chaque côté. Mais ce n’est pas vraiment mon caractère. Lui est champion du monde dans le côté ‘je suis énervé cotre tout.’"

Cherchant à multiplier les bonnes vannes, Alain Chabat justifiait aussi son besoin de lancer parfois quelques piques contre le racisme, l’homophobie ou le sexisme : "Vous connaissez la théorie des 3D, c’est quand c’est Dansant, quand ça Déconne et quand ça Dénonce. Dans Didier, c’était difficile à traiter, ces putains de skins : On est passé par plein de trucs en finissant avec des pirates d’Astérix qui arrivent, qui se prennent une tannée et qui repartent. Il y a mon petit message politique à moi, qui, j’espère, ne gêne pas la lecture. D’ailleurs, les skins sont, selon moi, moins 'message' que le racisme ordinaire, antipédés, antinègres. Ca me plaisait plus de faire parler des mecs normaux, qui passent et disent en déconnant : ‘Ca va les pédés, on s’éclate ?" ou qui disent, entre Blancs, ‘ce gentil sauvage’ en parlant d’un Noir. Comme le dit Bacri dans le film : ‘On n’est pas ‘obligé’ de dire ‘con de nègre !’’ Ca prend pas plus de place que ça, mais ça me plaisait bien de le dire."

Bande-annonce de Didier :

Alain Chabat : "Je me sens proche de la vision du monde de Franquin"