Terence Stamp
Tim Burton Productions

L'acteur britannique s’était imposé aussi bien dans le cinéma d’auteur que dans les blockbusters, de Billy Budd à Superman en passant par Star Wars. Il est mort à 87 ans.

Le cinéma britannique perd l’une de ses figures les plus singulières. Terence Stamp, acteur magnétique révélé dans les années 1960 et inoubliable général Zod des films Superman, est mort dimanche à l’âge de 87 ans, a confirmé sa famille à Reuters.

“Il laisse derrière lui une œuvre extraordinaire, à la fois comme acteur et comme écrivain, qui continuera de toucher et d’inspirer pour les années à venir”, a écrit sa famille dans un communiqué.

Nommé à l’Oscar dès son premier rôle dans Billy Budd (1962) de Peter Ustinov, Stamp avait tout de suite frappé par son mélange de beauté angélique et d’intensité dramatique. Le New York Times le décrivait alors comme “un acteur anglais au corps nerveux et juvénile, au visage d’ange de Botticelli”.

Billy Budd Terence Stamp
DR

Après cette entrée fracassante, il décroche le Prix d’interprétation à Cannes en 1965 pour L’Obsédé de William Wyler, où il incarne un jeune homme maladif et inquiétant, obsédé par une femme qu’il séquestre. L’année suivante, il joue aux côtés de Monica Vitti dans Modesty Blaise et marque les esprits en officier brutal dans Loin de la foule déchaînée (1967) de John Schlesinger. La même année, il est aussi au cœur du réquisitoire social de Ken Loach, Pas de larmes pour Joy.

Toujours attiré par le cinéma audacieux, Terence Stamp tourne ensuite dans Histoires extraordinaires (1968), sous la direction de Fellini, et surtout dans Théorème de Pasolini, chef-d’œuvre sulfureux où il incarne un mystérieux visiteur qui bouleverse une famille bourgeoise italienne. Icône des sixties, il partage alors la vie de Julie Christie, Brigitte Bardot et du mannequin Jean Shrimpton.

Terence Stamp Zod
Warner Bros.

Les années 1970 sont plus discrètes, l’acteur vivant même un temps dans un ashram en Inde.

Mais il revient en force en 1978 avec un rôle furtif mais marquant dans Superman. Son général Zod devient l’antagoniste principal de Superman II (1980), imposant une menace charismatique et glaciale qui reste gravée dans la pop culture.

Le succès des films Superman attire alors l’attention d’Hollywood, et les années 1980 ouvrent pour lui une nouvelle phase. Dans The Hit (1984) de Stephen Frears, il livre une interprétation fascinante d’un ancien mafieux trahi, condamné à mort, mais qui accepte son sort avec une sérénité déconcertante tout en manipulant subtilement ses ravisseurs, incarnés par John Hurt et Tim Roth. On le retrouve ensuite dans la comédie romantique à gros budget L’Affaire Chelsea (1986), aux côtés de Robert Redford, puis dans Wall Street (1987) d’Oliver Stone, où il campe un magnat de la finance incorruptible, contrepoint moral aux excès de Gordon Gekko.

Il enchaîne avec le western générationnel Young Guns (1988), puis joue le méchant dans le film de science-fiction Alien Nation (1988), face à James Caan et Mandy Patinkin. En 1994, il crée la surprise en incarnant une femme trans dans le film australien culte Priscilla, folle du désert, apportant une humanité bouleversante à un rôle qui déstabilisa autant qu’il marqua le public. Trois ans plus tard, il surprend encore en sexologue aux méthodes peu orthodoxes dans Bliss (1997).

Terence Stamp Priscilla
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Mais c’est en 1999 que Stamp atteint sans doute son plus haut profil, avec trois films très différents : il est le chancelier Valorum dans Star Wars : Épisode I – La Menace fantôme, le chef spirituel d’une secte hollywoodienne dans la comédie Bowfinger, et surtout le héros vieillissant et vengeur du polar crépusculaire de Steven Soderbergh, L’Anglais — un rôle qui lui vaut une reconnaissance critique tardive mais éclatante.

Terence Stamp star wars
Disney

Il poursuit ensuite une carrière éclectique, passant de la science-fiction (Planète rouge, L’Agence), au blockbuster (Wanted, Walkyrie, Max la Menace), à l’univers Disney (Le Manoir hanté et les 999 fantômes), sans oublier son rôle de critique d’art impitoyable dans Big Eyes de Tim Burton (2014). Son ultime apparition au cinéma restera un caméo dans Last Night in Soho (2021) d’Edgar Wright, avant d’apparaître dans la série À la croisée des mondes.

De jeune premier lumineux à incarnation du mal, Terence Stamp a su traverser les époques avec panache. Il laisse derrière lui une filmographie riche, aussi déroutante que fascinante.