Le réalisateur, récompensé pour Un simple accident, se bat contre le régime iranien depuis 20 ans.
La présence de Jafar Panahi, récompensé par la Palme d'or pour Un simple accident, à la cérémonie de clotrue du 78e Festival de Cannes était déjà un évènement en soi. Interdit de quitter le territoire iranien depuis 14 ans, le cinéaste n’avait pu se rendre à la Berlinale 2010, où il était invité d’honneur, ni à Cannes la même année, alors qu’il devait faire partie du jury, et à la Mostra de Venise où son film L'Accordéon était sélectionné.
Malgré les interdictions et les condamnations, Panahi n’aura jamais cessé de faire des films pour dénoncer sa situation personnelle et celle du peuple iranien face aux restrictions imposées par le régime islamique. Et s’il était bloqué dans son pays, ses oeuvres voyagaient pour lui dans les plus grands festivals. Il a ainsi remporté l’Ours d’Or à Berlin en 2015 avec Taxi Téhéran, et le Prix du Scénario à Cannes en 2018 avec Trois Visages. A chaque fois sans être présent.
Son nouveau film, Un simple accident (extrait ci-dessus), lui aussi tourné clandestinement, raconte la rencontre fortuite entre un ancien prisionnier et son bourreau. Une nouvelle charge, à la fois brutale et burlesque, contre le pouvoir que le jury présidé par Juliette Binoche a donc récompensé de la Palme d’or. L’actrice, qui avait demandé la libération de Panahi en recevant le prix d'interprétation à Cannes en 2010, a ainsi présenté ce choix avant d’annoncer le vainqueur :
"Nous sommes ici avec tous ceux qui souffrent, non par opinion politique, mais par le coeur, la compassion, la tendresse. Par une humanité partagée pour la liberté retrouvée. L’art provoque, questionne, bouleverse, il désarçonne l’ancien, il prend une dimension insoupçonnée en nous. L’art mobilise l’énergie créatrice de la part la plus précieuse, la plus vivante en nous. Une force qui permet de transfomer les ténèbres en pardon, en espérance, en vie nouvelle. C’est pourquoi nous avons choisi pour la Palme d’or Un Simple accident de Jafar Panahi."
Débordé par l’émotion, Panahi s’est ensuite ressaisi pour monter sur scène, recevoir la Palme d’or et prononcer un discours fort, mais mesuré. Voici sa retranscription complète (vidéo en fin d'article) :
"C’est vraiment difficile de parler. Avant de dire quelque chose, permettez-moi de remercier ma famille, pour tout le temps où je n’ai pas été présent avec eux. Et toute l’équipe qui m’a accompagné tout au long du chemin, pour qu’on fasse ce film ensemble. Je remercie aussi toute l’équipe qui m’a accompagné ici en France pour la post-production. Philippe de Film Pelléas, Alexandre de Memento et aussi MK2, notre distributeur international.
C’était impossible de faire ce film sans une équipe engagée, je crois que c’est le moment de demander à tous les gens, tous les iraniens, quelque soit leur opinion, qui vivent en Iran ou à l’étranger, de mettre tous les problèmes, toutes les différences de côté. Le plus important en ce moment, c’est notre pays, et la liberté de notre pays. Arrivons à ce moment, ensemble, où personne n’osera dire ce qu’il faut mettre comme vêtemenent, ce qu’il faut dire, ce qu’il ne faut pas faire.
Le cinéma c’est une société, personne n’a le droit de nous dire ce qu'on doit faire, ou ce qu'on ne doit pas faire. Je remercie le Festival de Cannes et tous les gens ici présents."







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