Guillermo del Toro films
Fox / Warner Bros.

Nightmare Alley ? Le Labyrinthe de Pan ? Pacific Rim ? La Forme de L'eau ? Et vous quel est votre préféré ?

11. Crimson Peak (2015)

En 2012, Del Toro avait en projet d'un épisode standalone de la série Silent Hill, avec Norman Reedus, Hideo Kojima et le mangaka Junji Ito. Une démo jouable a reçu des louanges, mais le projet a planté l'année de sortie de Crimson Peak. Justement, est-ce que Crimson Peak ne serait pas l'enfant ce Silent Hills mort-né ? Ce sont deux lieux maudits qui portent les stigmates « naturels » de leur malédiction (la neige de cendres dans Silent Hill, la boue sanglante dans Crimson Peak). Bon, d'accord, cette hypothèse ne tient pas face à l'historique du projet (qui remonterait à 2006) ni à la véritable ambition artistique du film, s'appliquant à vouloir ressusciter les recettes esthétiques de la Hammer et du cinéma fantastique italien : le jeu aveuglant des lumières vertes et rouges, Tom Hiddleston s'est même fait la tête de Peter Cushing (l'héroïne porte d'ailleurs ce nom)... Et ça ne marche pas. Crimson Peak donne la désagréable
impression d'un film de copiste plutôt que d'un artiste original. Un comble. Les fantômes (merveilleux du point de vue du design) du film ne servent pas à grand-chose. Perdu par une écriture faiblarde et écrasé par le poids de ses références externes (Bava, Argento, Fisher, Corman) et internes (des insectes partout), Crimson Peak pèse si lourd qu'il trouve bien sa place au fond de la filmo de Guillermo.

> Regardez Crimson Peak sur Première Max



10. Mimic (1997)

Première incursion du cinéaste mexicain à Hollywood. Salué dans de nombreux festivals avec Cronos, Guillermo del Toro est choisi par Miramax pour diriger ce film d'horreur sans prétention et très classique dans sa forme. Certainement l'objet le plus formaté du réalisateur, qui raconte une terrible épidémie qui touche les enfants, transmise par des cafards, en plein Manhattan... Passionné par l'étude des insectes, le cinéaste se lance donc dans ce tournage qui s'avérera bien pénible. Certainement celui où il a eu le moins de liberté, comme il le raconta par la suite. Avec un budget limité à 25 millions de dollars et des cafards géants en guise de méchants, le réalisateur a lutté pour éviter au film de sombrer dans la bête série Z. S'il a évité le "nanar" de justesse, del Toro a toujours vu Mimic comme un film un peu à part dans sa filmo, au point d'en faire un version "director's cut" quelques années plus tard et se rapprocher du long-métrage qu'il avait imaginé au départ.


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9. Cronos (1993)

Tourné en Mexique, le premier long de del Toro est un chouette petit film d'horreur qui contient, pardon pour le lieu commun, "toute sa filmo future". Ben oui. Une innocente petite fille qui apprivoise des monstres, des insectes, une trouvaille de design bricolé (l'adorable Cronos du titre, créé par quatre personnes dont Guillermo), de l'imaginaire "lovecraftien" à balle, et Ron Perlman par-dessus le marché. Passée l'intro sublime, le film tourne vite à la petite série B un peu trop petite, justement. C'est le souci de Cronos : si del Toro n'avait pas eu la carrière que l'on sait, est-ce qu'on s'en souviendrait aujourd'hui ? Mais certaines séquences (comme le duel final le long de l'enseigne de néon) qui montre que le réalisateur, même pas 30 ans à l'époque, avait une remarquable maturité de cinéma et rêvait déjà à des choses plus grandes et plus belles.



8. Hellboy (2004)

Si Sam Raimi est souvent cité comme exemple pour ses capacités à avoir parfaitement transposé un univers de comics au cinéma avec Spider-Man 2, Del Toro s'en est lui aussi bien sorti dans ce domaine en collaborant directement avec Mike Mignola, le créateur de Hellboy. Déjà, son film est porté par un casting excellent : Ron Perlman est une évidence dans le rôle-titre (on a du mal à imaginer Vin Diesel, le premier choix du studio à sa place !), la trop rare Selma Blair est parfaitement crédible dans celui de Liz, et le fidèle Doug Jones est déjà fascinant en créature marine (bien avant La Forme de l'eau). Souvent drôle et originale, cette adaptation surprend grâce à son intrigue mélangeant réflexions sur le monstre qui se cache en chaque homme (et inversement) et l'intervention de grands méchants de l'Histoire : Raspoutine y croise des nazis au cours d'expériences scientifiques invraisemblables. Ca pourrait sonner ridiculement violent présenté comme ça, pourtant Del Toro à su tirer des BD pour adultes une oeuvre tous publics qui tient la route : "Je considère que j’ai fait deux films pour les gamins dans ma carrière : Hellboy et Pacific Rim", expliquait-il à Première en 2017. Effectivement, Hellboy parvient à divertir, à défouler les spectateurs en s'adressant directement à ce qui plaisait à l'enfant de 8-10 ans qui est en nous. Le co-scénariste et réalisateur s'amuse comme un fou avec Hellboy, et nous aussi.



7. Nightmare Alley (2021)

S'il garde sa touche onirique et insaisissable, le cinéaste mexicain met cette fois de côté le fantastique pour créer une fable noire envoûtante, telle un miroir de l'humanité. Car dans Nightmare Alley, les miroirs sont partout. Ni effets de rimes, ni portails dimensionnels, ils sont ici envisagés comme des rappels à l’ordre. "Miroir mon beau miroir, dis-moi qui est le plus beau ?" Pour Del Toro, le miroir est un objet de déni, une illusion autosuggérée. Sauf que l’échec fracassant du film au box-office US en est la conséquence directe, et la suprême ironie. Confronté à l’écran-miroir, il est sans doute plus facile pour le grand public d’aller se promener de l’autre côté que de faire face à la nature humaine dans ce qu’elle a de plus vertigineux. Dans Nightmare Alley, on la retrouve telle que l’a toujours révélée le film Noir. Un gouffre sans fond, un tunnel sans issue. Et sans la moindre lumière au bout.


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6. Pacific Rim (2013)

L'autre film pour "gamins" du réalisateur est indéniablement l'une de ses grandes réussites. Une plongée sans retenu dans l'univers too much des blockbusters. Excessif en tout, ce film et une folie visuelle absolument ébouriffante, tissée à la main. Avec une malice évidente. Un kiff de gosse qui aiment jouer dans sa chambre aux combats de monstres et qui s'offre une version grandeur nature sur grand écran. Bien sûr, Guillermo del Toro n'a pas inventé les Kaijus. Il n'a pas inventé les robots géants non plus. Très inspiré par la culture nippone, le cinéaste puise ses références dans les "Mechas" d'Evangelion, Gundam ou Goldorak. Mais il le fait avec déférence, et avec sa touche à lui. Du très grand spectacle mijoté avec soi, produit avec brio, qui donnera dans la foulée, une suite et une franchise, sans del Toro aux manettes, et - comme hasard - nettement plus insipides.

Regardez Pacific Rim sur Première Max



5. L'Échine du Diable (2001)

Une bombe, plantée là, au milieu de la cour d'un orphelinat. L'image devient immédiatement iconique. Ca suffit à poser un cinéaste. Une bombe à retardement donc, et tout autour, la guerre d'Espagne. Un enfant de douze ans, innocent, forcément innocent, se demande si les fantômes existent vraiment. Il en a vu un. Les adultes, pour une fois, ne démentent pas. Mieux: "Les fantômes, c'est nous !". Une fois la question de l'esprit maléfique posée - qui plus est dans une film de Guillermo del Toro - et d'un coup, les portes s'ouvrent à tout revenant. L'inquiétude suinte de partout: au bout d'un couloir, sous un lit, au fond de l'eau... L'échine du diable, on s'en doutait en 2002, ça se confirme aujourd'hui, est la matrice de l'œuvre à venir: Pan et son labyrinthe, l'eau et sa forme... Produit par les frères Almodovar, le film est illuminé de l'intérieur par Marisa Paredes. Del Toro chantre d'une démesure gothique, reste ici à hauteur d'une enfance malmenée. C'est là, qu'il est le mieux, lorsque la fable prend le pas sur une réalité congédiée à l'extérieur de son monde. Prix du jury - et de la critique internationale - au Festival de Gerardmer, reçu des mains de Norman "Rollerball" Jewinson. La bombe récemment restaurée et éditée dans un beau coffret vidéo (Carlotta) est toujours bien à sa place, au milieu d'un monde en ruines.



4. Blade II (2002)

Incroyable, mais vrai, mais Blade II est bel et bien un putain de film, qui accomplit exactement ce qu’on attend d’une bonne suite : garder le style du premier (et dément) film tout en lui donnant une nouvelle direction, une nouvelle vitesse. Le script réjouissant et bourré de punchlines de David S. Goyer ("Vous êtes humain ? -Presque, je suis avocat"), les scènes de baston démentes nourri à l’ADN de la japanimation, l’ambiance gothique-punk crade, l’amour de del Toro pour les freaks dans les rues tordues de Prague… Recruté par le studio Imaginary Forces (qui avait conçu le générique de Mimic, signé Kyle Cooper, auteur de celui de Seven), Guillermo livre tout simplement l’un de ses films les plus réjouissants à mater. Carton plein, donc, ce qui nous permet d’affirmer que Blade II est à Blade ce qu'Aliens, le retour est à Alien, le huitième passager. Il suffisait simplement d’engager un bon réalisateur. Justement ! Le film donnait l’espoir de faire de la franchise Blade une franchise de luxe, comme Alien ou Mission : Impossible, avec de grands réals aux manettes de chaque épisode. On a vite déchanté : pour le suivant, ce devait être Oliver Hirschbegel, qui a préféré s’en aller tourner La Chute et a été remplacé par Goyer lui-même (au grand dam de Wesley Snipes), donnant naissance à Blade Trinity, une des pires suites jamais tournées...


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3. La Forme de l'eau (2016)

Réécriture à la fin heureuse de L'Étrange Créature du Lac Noir, empruntée à Daniel Kraus, La Forme de l’eau marque le retour de Guillermo del Toro au cinéma après l'échec public et critique de Crimson Peak. Conte fantastique sans l’être, à la fois romantique, politique et cinématique, ce long-métrage reçoit à sa sortie les plus grandes récompenses : le Lion d’or de la Mostra et l’Oscar du meilleur film. Des prix mérités pour l’une des fables les plus poétiques du cinéaste. Car dans La Forme de l’eau, c’est l’amour façon Boris Vian et Jean-Pierre Jeunet que del Toro met en image, avec la poésie de Georges Méliès - pardonnez les références françaises. Avec ce film, le réalisateur revient à un cinéma simple, où les deux amants muets incarnent un silence qui laisse résonner tout ce qui les entoure, et notamment l’aspect politique du film et sa réflexion sur la monstruosité des Hommes. Déclinée sous toutes ses formes, l’eau se prête alors à une dernière métamorphose, celle d’un miroir de notre société, teinté de bleu et bercé par la musique d’Alexandre Desplat. Du grand et beau del Toro.


2. Hellboy II : Les Légions d'or maudites (2008)

Quatre ans après l’excellent Hellboy, qui avait dépoussiéré le genre comic book movie, il était difficile de faire mieux. Et pourtant, Guillermo del Toro l’a fait ! Libéré des contraintes du premier film, bien obligé de nous dérouler les origines du démon au grand cœur incarné par Ron Perlman, GDT lâche les chevaux et joue à fond la carte du cinéaste geek. Il plonge le spectateur dans une aventure totalement décomplexée avec des visuels magnifiques, à l’image de la jouissive visite du marché des trolls, tout en diffusant habilement un sous texte écolo (qui n’a pas été ému par la mort du dieu de la forêt ?). Et on prend un pied total face à ce spectacle, jusqu’à la bataille finale mettant en scène les terribles Légions d’or et son dénouement digne d’une tragédie grecque. Presque 15 ans après, on ne digère toujours pas d’avoir été privé d’un troisième volet, abandonné au profit du reboot déjà oublié de Neil Marshall…  

> Regardez Hellboy II sur Première Max



1. Le Labyrinthe de Pan (2006)

"Le Labyrinthe de Pan est un miroir de L’Échine du Diable", assurait son créateur en 2017. "Ils parlent tout les deux d’un monde secret qu’on explore pour la première fois, il y a une créature (...). Ces deux films étaient liés par leurs thèmes : l’innocence et la guerre. Je savais qu’ils allaient se répondre, c’était ça qui m’intéressait." Le Labyrinthe de Pan est un conte très sombre, où une petite fille, Ofelia, découvre un monde imaginaire au moment où la cruauté de la guerre d'Espagne frappe sa famille. Sa maman, enceinte, est de plus en plus malade, et son beau père (joué par Sergi Lopez, plus terrifiant que jamais) est un capitaine franquiste particulièrement sadique. Invitée à passer trois épreuves par un étrange faune (Doug Jones, encore, inoubliable avec ses yeux au coeur des mains), elle plonge dans ce monde onirique, encore plus bizarre et rempli de sens cachés de le Pays des Merveilles d'Alice, comme on s'enfonce dans un cauchemar. Un film fort, aussi marquant sur le fond que sur la forme, qui a reçu une pluie de récompense à sa sortie, et qui condense toutes les obsessions de son auteur, interrogeant autant la monstruosité des hommes que la complexité de leurs désirs et leur naïveté.

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