Tous les jours, le point à chaud en direct du 79e festival de Cannes.
Le film du jour : La Bola Negra de Javier Ambrossi et Javier Calvo (en compétition)
On attendait de pied ferme le troisième film espagnol présenté cette année en compétition (après L'Être aimé et Autofiction). Signé par Los Javis (Javier Ambrossi et Javier Calvo), le génial duo à qui l’on doit la série La mesías, La Bola negra a frappé Cannes en plein cœur. Penélope Cruz (qui signe un caméo mémorable en chanteuse-prostituée) a enflammé le tapis rouge. Et vingt minutes de standing ovation ont accueilli cette fresque historique et queer racontant le destin de trois hommes sur trois époques. Une réaction à la démesure de ce projet déterrant les cadavres de la guerre civile, qui a vu les troupes du futur dictateur Franco renverser le camp républicain. Pendant ibère de la réflexion du cinéma français sur l’Occupation, la collaboration et la résistance démarrée en salle par Les Rayons et les ombres et poursuivie sur la Croisette par Moulin, La bataille de Gaulle et Notre salut.
Dès sa séquence d’ouverture, La Bola negra affiche son ambition formelle avant de commencer à dérouler son scénario alternant entre 1932, 1937 et 2017. Qu’est-ce qui lie ces trois homosexuels ? On le saura bien assez tôt, et on ne vous racontera pas tout ici. Profitons d’abord du spectacle, de la tension, des émotions. Et de la mise en scène endiablée de Los Javis, comme dans cette scène rythmée par un flamenco envoûtant où les corps semblent mus par une force étrangère. Paradoxalement, ce gros morceau de près de 2h40 perd en intensité à trop expliquer des choses qu'il aurait pu se contenter de montrer.
La photo du jour : Coward de Lukas Dhont
C’est un saisissement immédiat. Cette lumière mordorée qui tombe, oblique, sur les visages d’Emmanuel Macchia et Valentin Campagne - c’est peut-être ce qu’on retiendra de plus beau du Coward de Lukas Dhont, présenté hier en compétition. Quatre ans après Close, le Belge quitte la cour de récré pour les tranchées de 14-18 : Pierre, jeune bleu venu en découdre, y croise Francis, qui monte un spectacle de théâtre à l’arrière du front pour réchauffer les âmes. Une romance queer arrachée a l’Histoire, portée par deux comédiens magnifiques. Le film, lui, se rêve grand et finit quand même par s’alourdir : la mise en scène appuie ce que Close murmurait, la tendresse s’étouffe par moments sous le poids du décor. Mais le chef opérateur Frank van den Eeden signe une partition somptueuse - chaque plan ressemble à un tableau flamand, chaque visage capte la dernière lueur du jour comme une ultime promesse. Si Coward devait rentrer avec un prix, ce serait celui-là.
La révolte du jour : Javier Bardem, Ken Loach et Mark Ruffalo rejoignent la fronde anti-Bolloré
Quelques jours après la réponse de Maxime Saada, déclarant que Canal Plus ne travaillerait plus avec les signataires de la tribune anti-Bolloré, la fronde prend de l’ampleur et devient internationale. Le collectif “Zappé Bolloré” a annoncé ce jeudi que le nombre de soutiens au texte était passé de 600 à 3 460 professionnels du secteur. Et pas des moindres : Javier Bardem et Mark Ruffalo, mais aussi la Palestinienne Annemarie Jacir, le Finlandais Aki Kaurismaki, le Grec Yorgos Lanthimos ou le Brésilien Walter Salles ont rejoint le malaise. Sans oublier bien sûr Ken Loach, qui était d'ailleurs de passage à Cannes pour une présentation de Land and Freedom, où le cinéaste engagé a dit les termes : "La pire des choses, ce n’est pas la violence des mauvais, mais le silence des bons."
La situation a créé un malaise palpable au Festival de Cannes, où le logo de Canal est régulièrement hué lors des projections des films de la sélection. Interrogés par la presse, certains artistes bottent en touche ou défendent Canal, comme Mathieu Kassovitz qui estime que la chaîne “fait très bien son boulot, pour l’instant, et qu’on devra gueuler quand Canal Plus ne fera plus bien son boulot.” Alain Chabat a lui déploré un "coup de pression à deux balles" du patron de Canal tandis que Jonathan Cohen a déclaré "comprendre la peur légitime" des signataires de la tribune tout en assurant que les équipes du groupe "protègent" et "font de Canal une espèce d’îlot qui, pour l’instant, produit des films français dans sa pluralité".
La déception du jour : Le Vertige de Quentin Dupieux (Quinzaine des cinéastes)
Un peu naïvement, on s’était mis en tête que Quentin Dupieux allait trouver un second souffle avec son premier film d’animation. Un drôle de projet lorgnant sur l’esthétique des jeux vidéo de la PlayStation 1, avec Alain Chabat et Jonathan Cohen qui se rendent compte que rien n’est vrai et qu’ils vivent dans une simulation. La bande-annonce, franchement hilarante ("Ça me chie la tête ton truc"), promettait qu’on allait a minima se fendre un peu la poire. Bon. Le film balance ses meilleures (seules ?) vannes dans les 20 premières minutes et s’effondre ensuite, sans jamais prendre le temps d’expérimenter sur la forme. La liberté visuelle offerte par l’animation n’intéresse pas Dupieux, qui ne tente pratiquement aucun gag visuel ou cartoonesque. On attend toujours le vertige.
La perf du jour : Maika Monroe dans Victorian Psycho (Un Certain Regard)
Winifred Notty, jeune gouvernante en route vers sa nouvelle affectation, apparaît la tête étrangement penchée avec un sourire flippant à l’arrière d’une calèche. Lorsqu’elle se redresse, la caméra par un léger mouvement l’accompagne. Le monde vibre tout entier au diapason des caprices de la demoiselle. Ainsi débute Victorian Psycho de Zachary Wigon, comédie de gothic horror présenté dans la section Un Certain Regard, avec la décalée Maika Monroe dans la peau d’une boniche zinzin prête à foutre le souk chez ses nouveaux patrons.
L’action se passe dans un manoir en 1858. L’actrice américaine de 32 ans a remplacé Margaret Qualley partie du projet en cours de route. Qualley était pourtant à l’affiche du précédent long de Wigon, Soumission (2022). Ça n'empêche pas bien sûr Monroe, découverte sur la croisette en 2014 avec It Follows, d'envoyer du bois. Son personnage chargé notamment de faire l'éducation de deux insupportables bambins va prendre un malin plaisir à les pervertir. Et bien plus encore. Si le film porté par une mise en scène inventive n’est pas totalement à la hauteur de sa hype (où est passé A24?) son interprète principale rompue aux ambiances angoissées (Greta, Longlegs, La main sur le berceau, bientôt peut-être le suite d’It Follows…) déploie un charme weirdo totalement jouissif.
Vidéo du jour : Adèle Exarchopolos et Sara Giraudeau pour Garance (en compétition)
Avec Garance, Jeanne Herry a fait ses premiers pas dans la compétition cannoise. Et après deux films choraux où elle décryptait le fonctionnement d’institutions (Pupille et Je verrai toujours vos visages), elle signe ici le portrait d’une femme. Une comédienne dont la dépendance à l’alcool devient de plus en plus destructrice. Un film porté par deux actrices merveilleuses : Adèle Exarchopoulos dans le rôle-titre et Sara Giraudeau dans celui de sa compagne. Elles sont revenues pour Première sur leur collaboration avec la cinéaste.
Aujourd’hui à Cannes
C’est déjà (ou enfin ?) le dernier jour de la compétition. L'Aventure rêvée de Valeska Grisebach et Histoires de la nuit de Léa Mysius ferment le bal et le jury va pouvoir commencer à délibérer sur la Palme d'or, qu'on découvrira samedi soir lors de la cérémonie de clôture. A Cannes Première, on a "Rendez-vous avec Tilda Swinton" avant la présentation de The End of It de Maria Martinez Bayona (avec Rebecca Hall, Gael García Bernal). Ulysse de Laetitia Masson boucle lui Un Certain Regard, dont on découvrira le palmarès ce vendredi soir.







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