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Pour rien au monde on n'aurait loupé ça. 15 minutes d'Avatar en salles et en 3D (et même en Imax pour certains), le lendemain même où la découverte de sa bande-annonce sur le net nous avait laissé un goût doux-amer dans la bouche. Immanquable oui, car ce foutu doute qui commençait à nous gangrener l'esprit, on tenait à le voir réduit en poussière pour de bon, il fallait en avoir le cœur net. Et cet opération marketing en forme de prototype en était l'occasion rêvée. Au Gaumont Opéra, dès la première séance de 18h, la salle est déjà bondée; le public, lunettes 3D coincés sur le nez, littéralement hystérique. D'entrée de jeu, une question en forme d'évidence s'impose : qui d'autre que James Cameron pouvait aujourd'hui rameuter dans les salles, une foule chauffée à blanc pour ne lui présenter finalement qu'une simple « bande annonce rallongée »? Hein, sérieusement, qui? Bam !, le show peut commencer. Première scène. Le souffle est déjà coupé net. Un briefing avec des marines et un Sam Worthington paraplégique. Pas grand-chose quoi. Sauf que. Cinq photogrammes suffisent pour decréter qu'ici la 3D est en harmonie parfaite avec le projet de mise en scène du King Cameron: jamais un gadget, jamais un truc ostentatoire, juste un ressenti complètement inédit en forme d'immersion absolu. Dingue. Le second extrait (Worthington, cette fois accompagné de Sigourney Weaver, se prépare à être encapsulé pour donner naissance à son avatar) nous rassure vite sur notre intuition: la dimension ajoutée à la profondeur de champ est époustouflante, même sur des plans très serrés, d'autant plus que maintenant les raccords se font essentiellement dans le mouvement d'une caméra bondissante. La scène, a priori « de transition », devient littéralement stupéfiante de nervosité et de génie virtuose, presque musicale dans son approche rythmique. C'est précisément là qu'on se rend à quel point Jim nous a manqué. Puis s'enchaîne 4 séquences où les humains laissent place à leurs avatars et aux Na'vis (les humanoïdes bleutés dont le look nous avaient un peu refroidi durant la bande-annonce), et là difficile de ne pas empiler les superlatifs tant ce qui se déroule devant nos yeux prend rapidement des airs de doux rêve éveillé. Outre l'évidence du génie technique (on s'y en attendait un peu quand même), Avatar, une fois le pied posé sur la planète Pandora, promet bel et bien d'être cette odyssée SF mêlant le récit d'apprentissage à l'aventure titanesque (hum hum...), la love-story bucolique au film de guerre intergalactique, se calant pile dans une filmo cameronienne tiraillée en permanence entre les sphères de l'intime et celles de la grandeur pyrotechnique. Du coup, une fois nos derniers doutes mis au tapis, tout devient limpide: chaque choix, chaque parti-pris, fait sens, et semble relèver d'une esthétique aussi harmonique que sensationnelle. Voir évoluer ces fameux Na'vis dans un environnement recrée de toute pièce et convoquant à la fois Miyazaki et Willis O'Brien, relève de l'inoui, du spectacle total entre poésie primitive et visions futuristes . On évitera, pour préserver un effet de surprise bienvenue, de dévoiler la teneur scénaristique de ces extraits, sachez juste qu'ils laissent entrevoir un film ayant pleinement pris la mesure des attentes qu'il a pu susciter. Finalement, que le projet excite de par sa teneur industriel, technologique, romanesque ou métaphysique importe peu, car au bout du compte tout le monde devrait être comblé. King of the world? Plus que jamais.