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Un critique publie son article trop tôt : Sony n’est pas content. Les journalistes non plus.David Denby travaille en tant que critique de cinéma pour l’illustre magazine américain New Yorker depuis 1998 : comme de nombreux journalistes, il a assisté à une projection de Millenium, le très attendu nouveau film de David Fincher. Sa critique doit être publiée aujourd’hui par le magazine. Le problème : Sony Pictures a décrété un embargo sur toute critique -positive ou négative- du métrage avant le 13 décembre, une semaine avant sa sortie américaine. Un embargo signifie que les journalistes s’engagent à ne rien communiquer sur le film avant une certaine date, choisie par le studio, généralement afin d’éviter un bouche-à-oreille négatif qui pourrait nuire à la carrière commerciale du film.En publiant sa critique une semaine avant le 13 décembre, Denby se met à dos Sony Pictures, qui produit et distribue le film aux Etats-Unis. Andre Caraco, directeur de la publicité chez Sony Pictures, a alors envoyé à de nombreux journalistes un mail collectif au ton particulièrement sec : "La violation de cet embargo est totalement inacceptable". Caraco cite Denby ad hominem, et déclare que "par principe, le New Yorker brise la confiance en un système conçu pour aider les journalistes à faire leur travail et à informer leurs lecteurs. Nous avons échangé avec la rédaction du New Yorker et nous allons prendre des mesures pour que ce type de problème ne se reproduise plus."Côté journalistes, si on attend la réaction officielle du New Yorker et de David Denby, les premiers retours sont étonnés. Particulièrement remontée, Nikki Finke, rédactrice en chef du site Deadline, écrit ainsi que "les embargos [critiques] sont débiles" : aucun critique "ne devrait souscrire à un embargo, car faire ce que les studios veulent, c’est s’aventurer sur un terrain glissant. On est alors à ça de faire partie du système de publicité d’Hollywood". Finke conclut ainsi : "que le Ciel nous vienne en aide si les studios en viennent à contrôler tous les médias."Du côté de Sony, la position reste claire et ferme : "Nous avons l’intention de maintenir l’embargo en place".  Si cette réaction fait polémique aux Etats-Unis, c’est que la critique de Denby est positive, d’après Sony eux-mêmes ; et Internet a largement diffusé une bande-annonce de 8 minutes de Millenium, dévoilant certains éléments de l’intrigue, projetée dans certaines salles, sans que le studio ne s’en émeuve. La promotion d'un film aussi attendu est évidemment assez contrôlée.Mais y aurait-il une raison plus terre-à-terre à la publication de la critique de Denby avant la fin de l’embargo, pratique finalement assez répandue et avec laquelle les critiques se sont largement accomodés ? Denby a vu le film projeté le 28 novembre dernier, car les journalistes membres du NYFCC (New York Film Critics Circle, le syndicat des critiques de film new-yorkais) devaient voter afin d’élire leur film de l’année (c’est The Artist qui a été élu, au fait). Lou Lumenick, critique au New York Post et membre du NYFCC, estime que cette violation est délibérée. Malgré de nombreuses discussions avec le NYFCC, Denby n’aurait pas apprécié que la clôture des votes soit avancée de deux semaines pour l’année 2011, l’empêchant de voir l’ambitieux Extremely Loud And Incredibly Close (avec Tom Hanks), et donc de voter pour lui. "Denby a-t-il délibérément dégainé sa critique afin que, l’an prochain, le NYFCC aie plus de mal à voir les films en avance (et donc de voter en avance) ? Quand on voit que le New Yorker publie ses critiques de films bien après tout le monde, on peut se poser la question…" conclut Lumenick. A suivre.Millenium : Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes, d’après Steig Larsson, avec Daniel Craig et Rooney Mara, sort dans les salles françaises le 18 janvier prochain. Bande-annonce :