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Les films qui ont changé le cinéma

La sortie de l'usine Lumière à Lyon des frères Lumières (1895)

Auguste et Louis Lumière travaillent avec leur père Antoine dans son usine de plaques photographiques. En 1894, ce dernier incite ses fils à s'intéresser au Kinetoscope (l'un des procédés ancêtres du cinéma), inventé par Thomas Edison.Révolution :L'été 1894 les frères Lumière mettent au point la première caméra à procédé réversible associant prise de vue, tirage des copies et projection. Le cinématographe est alors né et l'invention brevetée l'année suivante, en 1895, où a lieu la première projection publique au Salon indien du Grand Café de Paris. La sortie de l'usine Lumière à Lyon sera souvent considéré comme le premier film tourné et montré. Constitué d'un plan fixe, il dévoile comme son titre l'indique, la sortie des ouvriers travaillant chez les Lumière. George Méliès, assistant à la projection, en ressortira marqué et inspiré. Il sera l'autre pionnier français du cinéma, auquel il apportera une veine plus onirique et magique.

Naissance d'une nation de D.W Griffith (1915)

Le cinéma est devenu la plus grande attraction populaire de l'époque et les studios hollywoodiens ne cessent de prendre de l'ampleur. On tourne alors des films à la pelle mais les techniques de narration et de mise en scène demeurent encore souvent sommaires.Révolution :Lorsque <em>D.W. Griffith</em> tourne Naissance d'une nation, il a déjà plus de 450 films au compteur. S'il a déjà exploré les techniques propres au cinéma dans différentes productions (éclairage, profondeur de champ, gros plan), son art du montage, parallèle notamment, éclate avec ce long métrage dédié à la guerre de Sécession. Il sera alors considéré comme l'auteur ayant le plus contribué à définir le cinéma comme art du montage. Là où avant d'autres filmaient une action en un plan, Griffith la décompose, varie les angles, morcèle les points de vue. Un an plus tard avec <em>Intolérance</em>, il approfondira ses techniques en portant le montage alterné à des sommets alors inégalés.

Citizen Kane d'Orson Welles (1941)

Le cinéma américain est à peine considéré comme un art mais il compte déjà ceux qui resteront parmi ses plus grands auteurs : <em>John Ford</em>, <em>Howard Hawks</em>, Ernst Lubtisch. Entre autres. Déboule alors un jeune surdoué venu du théâtre et la radio, <em>Orson Welles</em>.Révolution :Avec <em>Citizen Kane</em>, Welles tourne son premier film. Si celui-ci est un échec en salles, la critique l'encense. Il servira notamment de modèle aux Cahiers du cinéma d'André Bazin et ses jeunes turcs. Welles modernise alors les techniques de narration et de mise en scène. Il revitalise un héritage venu du muet : dynamique du cadre, jeux des plongées ou contre-plongées, profondeur de champ. Tout en s'inspirant de son époque pour être en adéquation avec notre civilisation de la communication et du spectacle : publicité, presse radiophonique ou télévisée. En homme de média, il était de son temps tout en le devançant.

Rome, ville ouverte de Roberto Rossellini (1945)

La guerre se termine et le cinéma européen sous l'occupation n'a pas eu son mot à dire sur l'époque qu'il vivait. Il y a alors comme une absence d'image, de représentation, de fiction pour montrer un état du monde. Révolution :Avec <em>Rome, ville ouverte</em>, <em>Roberto Rossellini</em> montrera justement par le cinéma ce que le monde et l'Italie en particulier viennent de subir. Le film sera le manifeste essentiel du néoréalisme (davantage encore que ceux de <em>luchino visconti</em>, <em>vittorio de sica</em> ou <em>michelangelo antonioni</em>). Un puissant constat sur la mort, les douleurs et la survie d'un peuple auquel s'ajoute un poignant message d'espoir. Tourné sans moyens, avec des comédiens non professionnels et sur les décombres d'un pays meurtri, Rome, ville ouverte deviendra l'oeuvre qui pour certains a sauvé l'humanité de l'horreur nazie. Son style libre, quasi documentaire, aura un impact fondamental sur le cinéma mondial et une influence capitale sur la Nouvelle Vague française.

A bout de souffle de Jean-Luc Godard (1960)

Le cinéma français est quasiment monopolisé par des cinéastes venus de l'avant-guerre. Un groupe de jeunes auteurs tous ou presque critiques aux Cahiers du cinéma sont alors avides de changement et désirent apporter un nouveau souffle. Ils deviendront la Nouvelle Vague.Révolution :Avec <em>A bout de souffle</em>, <em>jean-luc godard</em> arrive après <em>claude chabrol</em> (<em>Le Beau Serge</em>, 1958) et françois truffaut (<em>Les 400 Coups</em>, 1959). Mais des trois, sans négliger l'apport des deux autres, il est celui qui incontestablement aura le plus révolutionné le cinéma. Son influence sera décisive et le film considéré comme une référence matrice pour des générations de cinéastes ici et à l'étranger. Godard bouleverse alors les règles du montage, de la narration, du filmage. Cinéphile, il introduit le cinéma dans la fiction et invente une dimension réflexive et critique inédite. Influencé (entre autres) par le néoréalisme, il se libère des contraintes et offre au monde une nouvelle manière de faire et penser le cinéma.

Le bon la brute et le truand de Sergio Leone (1966)

Le western américain, l'un des genres pionniers d'Hollywood, vit depuis <em>Rio Bravo</em> (et peut-être même avant, dès <em>John Ford</em> et sa <em>Chevauchée fantastique</em>) son crépuscule. Il va alors renaître et mourir pour de bon en traversant l'Atlantique.Révolution :Quand <em>Sergio Leone</em> tourne <em>Le Bon, la brute et le truand</em>, il a déjà revisité le western et connu le succès avec <em>Pour une poignée de dollars</em> et sa suite. Toutefois ce qui nous intéresse demeure son oeuvre la plus célèbre et significative. En s'accaparant le genre roi d'Hollywood, Leone va d'une part lancer (malgré lui) la mode sauvage du western italien, de l'autre mettre un point final à ce qui reflétait les fondations américaines au cinéma. Ne survivent que figures, silhouettes et paysages, utilisés pour composer un brillant exercice de style au ton et à la vision personnels. Son maniérisme influencera et décomplexera des générations de jeunes cinéastes tout en enterrant un certain âge d'or hollywoodien.

Easy Rider de Dennis Hopper (1969)

La Nouvelle Vague française a fait des émules, elle se répand sur le monde et trouve sa simultanéité dans une époque en quête de nouvelles valeurs. 1968 est passé par là et partout ou presque on se cherche. Le cinéma américain ne peut alors rester étranger à ces tumultes.Révolution :<em>Easy Rider</em> est aujourd'hui considéré comme le porte-étendard cinématographique de la contre-culture américaine et son mouvement hippie. Référence clé d'un Nouvel Hollywood pleinement libéré des studios, il imposera de profondes ruptures : économiques, esthétiques, narratives, qui marqueront le cinéma américain durant toute la décennie 70. En revisitant le western mais version motorisée, <em>Dennis Hopper</em> fera à l'envers la route des pionniers (il va d'Ouest en Est). Il pose aussi les bases du road movie et livre surtout sa critique d'une Amérique puritaine et intolérante faussement repliée sur ses valeurs fondatrices.

Les dents de la mer de Steven Spielberg (1975)

Hollywood est exsangue, les studios ont tous perdu leur éclat d'antan, la télévision a bouleversé les habitudes des spectateurs et les films reflètent l'état de déliquescence morale du pays. Venus de la Nouvelle Vague américaine, quelques auteurs vont changer la donne.Révolution :Avec <em>Les Dents de la mer</em>, <em>Steven Spielberg</em> va redonner confiance aux studios déboussolés par une génération de cinéastes incontrôlables. Il va aussi, dans un paysage délétère, inventer une nouvelle forme de cinéma populaire qui posera les bases du film d'action contemporain, et surtout donner naissance au blockbuster hollywoodien. Dès lors, un nouvel horizon économique va voir le jour. S'il est encore pour cette génération attaché à des auteurs cinéphiles, il ouvrira la porte à des productions où se bousculeront des yes men sans valeur. Le film, aux qualités de mise en scène d'une efficacité indiscutable, fera de Spielberg la nouvelle coqueluche d'Hollywood.

Star Wars – Episode IV de George Lucas (1977)

<em>Steven Spielberg</em> a ouvert la porte d'un nouvel Hollywood délaissant la neurasthénie des 70's. A une Amérique sortant traumatisée du Vietnam et ayant fait le deuil des utopies libertaires, il a proposé une nouvelle idée du divertissement. L'heure est au changement.Révolution :Surfant sur la vague initiée par son ami Steven Spielberg, <em>George Lucas</em> lance en 1977 le premier épisode de son space opéra, Star Wars. Le succès est colossal et chacun sait quelle fut la destinée de la saga la plus populaire de l'Histoire du cinéma. Cet acte presque héroïque dans le contexte où il a été produit marquera plus que par son brillant recyclage d'influences variées. Il ouvrira d'une part la voie à un cinéma d'effets spéciaux dont Lucas sera le gourou avec son studio ILM. De l'autre et surtout, il inventera un univers mille fois revisité depuis à travers une quantité industrielle de produits dérivés. Lucas crée alors un nouveau modèle économique axé sur la diversification.

Pulp Fiction de Quentin Tarantino (1994)

Les héros de la Nouvelle Vague américaine tracent leur route entre succès ou déconvenues. Tandis qu'Hollywood et ses studios ont repris la main durant les années 80 avec le blockbuster et la venue de nouveaux auteurs comme James Cameron, le cinéma indépendant redéfinit timidement ses contours. Révolution :Si <em>Quentin Tarantino</em> a posé les bases de son cinéma avec <em>Reservoir Dogs</em>, <em>Pulp Fiction</em> marquera profondément et définitivement son époque. Il changera notre regard sur le cinéma, au moins pour toute une génération de cinéphiles qui trouveront en lui leur maître à penser. Des contemporains de Tarantino tel que <em>Tim Burton</em> ont ouvert également la voie d'un cinéma référencé et post moderne. Mais aucun comme lui n'ont su emprunter l'héritage de Godard pour introduire le cinéma dans le cinéma et fonder un nouveau rapport de connivence. Il va surtout donner ses lettes de noblesses à tout un pan négligé de films bis qui dès lors seront consacrés par les plus grandes institutions.

Toy Story de John Lasseter (1995)

Disney, industrie lourde et hégémonique du cinéma d'animation américain est un peu dans une mauvaise passe. Le studio a traversé les 80's à bouts de bras. La créativité n'est plus son fort et le public suit machinalement pour faire plaisir à ses bambins.Révolution :Lorsque sort <em>Toy Story</em> en 1995, personne ou presque n'a vu venir ce studio Pixar, promis à devenir un acteur majeur de l'Histoire du cinéma. Le film initie alors le grand public au cinéma d'animation en images de synthèse, technique désormais devenue la norme pour toutes les productions hollywoodiennes (ainsi qu'à la télévision). Mais la révolution ne passe pas seulement par là : en phase avec son époque décidément post moderne, Toy Story réussit l'exploit insensé d'être à la fois un grand film classique par son sens éblouissant du récit et de la mise en scène, et une oeuvre bourrée de références lancées à l'adresse d'un public adulte. Disney fait alors la gueule et rachètera Pixar pour garder la main.

Collatéral de Michael Mann (2004)

Le cinéma se cherche de nouvelles innovations pour renouveler son medium. Certains comme <em>Lars Von Trier</em> ont cru à la vidéo et sa mini DV offrant une liberté de tournage pas vue depuis la Nouvelle Vague. Mais la technologie va vite.Révolution :Lorsque <em>Michael Mann</em> tourne <em>Collateral</em> en vidéo haute définition, d'autres comme <em>George Lucas</em> et son <em>Star Wars : Episode 2</em> sont déjà passés par là. L'auteur n'est donc pas un pionnier, mais son apport à l'utilisation de cette technologie reste le plus important dans sa démocratisation. Mann a prouvé les vertus esthétiques de la HD (qu'il prolongera dans <em>Miami vice</em> et <em>Public Enemies</em>) : lumière, couleur, profondeur de champ, la technologie n'a non seulement rien à envier au 35mm, mais surtout elle apporte une nouvelle sensibilité à l'image. Elle séduira des cinéastes tout aussi obsessionnels que lui comme <em>David Fincher</em>, qui depuis <em>Zodiac</em> ne jure plus que par ça.

Avatar de James Cameron (2009)

Panique à Hollywood : les jeunes préfèrent le jeu vidéo ou pirater des films sur Internet plutôt qu'aller se payer un billet en salles. Branle bas de combat dans les studios : vite, il faut redonner au cinéma son statut de divertissement sans équivalent.Révolution :Cette révolution-ci, à l'heure où on écrit ces lignes, on ne peut affirmer qu'elle soit effectivement arrivée. Mais on nous la promet : <em>James Cameron</em> et la Fox nous assurent qu'<em>Avatar</em>, nouveau film du cinéaste plus de dix ans après <em>Titanic</em>, sera la démonstration incontestable des capacités propres au cinéma en 3D. Cette technologie serpent de mer, ressurgissant tous les 20 ans pour donner du relief à des images n'en demandant peut-être pas tant, a toutefois déjà commencé à séduire avec la sortie de divers titres l'employant. Tous les films d'animations l'utilisent désormais et beaucoup d'autres sont en chantier. On veut même nous la vendre pour la télévision et nos ordinateurs. Préparez l'aspirine.Toute l'actu ciné sur le blog cinéma Jérôme Dittmar

Comme Godard, il faudrait mettre au pluriel l'histoire du cinéma. Celle-ci a muté avec le temps, les évolutions techniques, l'Histoire, notre rapport au monde. On aurait pu définir son évolution par pays, école esthétique, genre, décennie, mais on a préféré s'orienter sur une série de films qui chacun, pour des raisons diverses, ont participé à redéfinir les contours du cinéma tout en réorientant notre regard. Treize films comme autant de balises phares pour mieux se situer des balbutiements du cinéma à aujourd'hui. Treize films comme un panorama en forme de guide pratique et ouvert dans l'attente de nouvelles révolutions.