Le vampire au cinéma
Les Vampires de Louis Feuillade (1915)
Auteur d'un nombre invraisemblable de films (on en compte entre 600 et 800 sur une période allant de 1906 à 1924), <em>Louis Feuillade</em> est surtout resté célèbre pour ses feuilletons cinématographiques : Fantômas, Judex et Les Vampires - auquel <em>Olivier Assayas</em> rendra hommage avec son film <em>Irma Vep</em>. Nul amateur de sang frais dans ce serial reprenant une forme de littérature populaire en vogue à cette époque. Mais une bande d'assassins et voleurs dont les méfaits séduisent un public amateur de crimes mystérieux et nocturnes faisant alors les choux gras de la presse.A lire sur Flu : l'histoire des vampires au cinéma
Nosferatu le vampire de F.W Murnau (1922)
Nosferatu le vampire de <em>F.W Murnau</em> a fait date dans l'histoire du cinéma. Adapté de <em>Bram Stoker</em>, il est la référence absolue et matricielle du genre, le film qui lancera la figure vampirique sur grand écran. Chef d'oeuvre définitif de l'expressionisme allemand par un de ses auteurs clés, Nosferatu est aussi un immense poème visuel, métaphysique, tragique, morbide, dont l'influence sera décisive, autant pour son propre genre que sur tout un pan du film noir américain. En 1978 <em>Werner Herzog</em> en tournera le remake (Nosferatu, fantôme de la nuit), avec <em>Klaus Kinski</em> et <em>Isabelle Adjani</em>.A lire sur Flu : l'histoire des vampires au cinéma
Dracula de Tod Browning (1931)
Si <em>Tod Browning</em> est souvent connu du grand public pour Freaks - La monstrueuse parade (1932), son Dracula demeure toutefois d'une importance capitale dans l'histoire du cinéma, américain notamment, grâce auquel il rendra populaire le prince des vampires. A l'inverse de Nosferatu, Browning ne s'inspire pas du roman de Stoker, mais d'une pièce de théâtre où le rôle principal était déjà interprété par <em>Bela Lugosi</em> (reprenant ici son personnage pour le grand écran). Le film imposera dans un univers visuel soigné ce que seront les différents motifs du genre (transformations en chauve souris et en loups, cercueils, etc.), tout en lançant la mode d'un certain cinéma fantastique.A lire sur Flu : l'histoire des vampires au cinéma
Vampyr de Carl Theodor Dreyer (1932)
Parmi les premiers films dédiés à la figure du vampire, <em>Vampyr</em> de <em>Carl Theodor Dreyer</em> est l'un des plus marquants et personnels. D'une inventivité visuelle folle (surexpositions, surimpressions, voilages, inversions, jeux sur le cadre), il sera l'une des oeuvres les plus riches de son auteur d'un point de vue plastique. Mais pas seulement : premier film sonore de Dreyer, Vampyr baigne aussi dans une ambiance étrange où le son et la rareté des paroles contribuent à créer une puissante atmosphère onirique. Aucun goût de l'effet délesté d'une vision, mais bien l'idée de mettre toute cette recherche esthétique au service d'un regard sur le surnaturel et la mort. A lire sur Flu : l'histoire des vampires au cinéma
Le cauchemar de Dracula de Terence Fisher (1958)
La popularité de Dracula au cinéma doit beaucoup à celui qui restera à jamais son plus célèbre interprète, <em>Christopher Lee</em>, pour la première fois ici dans le costume qui lui collera aux canines. <em>Le Cauchemar de Dracula</em>, tourné pour la Hammer (célèbre studio britannique spécialisé dans l'horreur gothique), lancera une véritable déferlante de suites, pour le pire et le meilleur. Tourné par <em>Terence Fisher</em>, cheville ouvrière de la Hammer qui ressuscitera toute une panoplie de monstres (Frankenstein, Momie, Dr Jekyll, etc.), il compte parmi les meilleurs consacrés à Dracula, même si ici tout repose d'abord sur le folklore et l'ambiance.A lire sur Flu : l'histoire des vampires au cinéma
Le Masque du démon de Mario Bava (1960)
Premier film du talentueux chef opérateur <em>Mario Bava</em>, <em>Le masque du démon</em> jette les bases esthétiques de son auteur - dont la carrière donnera parmi les plus grandes pépites de l'horreur italien. Prenant pour prétexte une nouvelle de <em>Gogol</em>, le cinéaste fait preuve d'une virtuosité délirante dans son travail du noir et blanc, des mouvements d'appareil, des trucages visuels et d'une lumière ciselant admirablement une atmosphère macabre et gothique. Il traduit surtout à l'écran ses grandes obsessions érotiques à la sensualité morbide et parfois sadique, le tout transporté par son actrice, la sublime <em>Barbara Steele</em>. Une oeuvre phare cité par <em>Tim Burton</em> dans <em>Sleepy Hollow</em>.A lire sur Flu : l'histoire des vampires au cinéma
Le Bal des vampires de Roman Polanski (1967)
Tourné alors que <em>roman polanski</em> poursuit depuis peu sa carrière hors de son pays, <em>Le bal des vampires</em> se veut d'abord une parodie des films de la Hammer. Reprenant avec son scénariste Gérard Brach tous les codes classiques du genre, le cinéaste invente ainsi une relecture bouffonne mais soignée du film de vampire. Il sera aussi le premier, sans doute, à focaliser l'attention sur la nature homosexuelle du personnage, d'habitude sous-jacente, et à lui imaginer une vie sociale pour ne pas dire communautaire. A ce propos, le titre du film est assez révélateur.A lire sur Flu : l'histoire des vampires au cinéma
Du sang pour Dracula de Paul Morrissey (1974)
Durant les années 70, Dracula est devenu le prétexte à diverses séries B bas de gamme, voire des relectures en tous genres, telles que Blacula transportant le prince des vampires au royaume de la blaxploitation. Parmi ces oeuvres iconoclastes, l'une des plus injustement méconnues demeure Du sang pour Dracula. Produit par <em>Andy Warhol</em> et réalisé par son complice <em>Paul Morrissey</em> (maillon clé de l'avant-garde new-yorkaise), le film s'empare du genre et son personnage pour livrer une interprétation à la fois décalée, subversive et politique. En relisant Stoker à l'aune des théories marxistes, Morrissey met ainsi en question la nature aristocratique de Dracula et fait de son acteur fétiche, <em>Joe Dallesandro</em>, un servant avec une conscience héritée de la classe ouvrière. Génial et hilarant. A lire sur Flu : l'histoire des vampires au cinéma
Aux frontières de l'aube de Kathryn Bigelow (1987)
Avec <em>Aux frontières de l'aube</em>, <em>Kathryn Bigelow</em> signe le plus beau film de vampire des années 80, peut-être une des oeuvres majeures de la décennie. Se délestant du folklore habituel, ne nommant jamais la nature de ses personnages (le mot vampire n'est jamais cité), la cinéaste plonge au coeur des racines américaines pour exhumer le souvenir du western, qu'elle superpose au thème du vampirisme qui ne quittera jamais sa carrière. En ressort un film inédit, à l'image d'une beauté sidérante, baigné dans une lumière crépusculaire et obsédante où le vampire (ici une bande de marginaux dégénérés aux airs de junkies) incarne la figure désenchantée d'une Amérique rejouant aveuglément ses fondements archaïques. A lire sur Flu : l'histoire des vampires au cinéma
Génération perdue de Joel Schumacher (1987)
Quoique mineur, <em>Génération perdue</em> n'en reste pas moins l'un des films de vampire les plus intéressants de son époque. Bénéficiant encore aujourd'hui d'une certaine aura, il a su réactualiser le genre en l'associant au teen movie, alors en vogue à Hollywood. <em>Joel Schumacher</em> transforme ainsi les ex blousons noirs en vampires sexy dont les rôles sont confiés à des stars montantes : <em>Kiefer Sutherland</em>, <em>Jason Patric</em>, <em>Corey Feldman</em> ; tout en traitant le vampirisme sous l'angle d'une jeunesse éternelle définitivement cool, mais dangereuse. A lire sur Flu : l'histoire des vampires au cinéma
Dracula de Francis Ford Coppola (1992)
Deux ans après avoir bouclé sa trilogie du Parrain, <em>Francis Ford Coppola</em> s'attaque à une ambitieuse adaptation de Dracula. Tournant le dos aux dernières innovations technologiques, le cinéaste s'emploie à réaliser tous les trucages avec les méthodes des premiers temps. En découlera une oeuvre romanesque et romantique, d'une beauté baroque et à contretemps : comme quasiment tout le cinéma de Coppola, il cherche à réconcilier le passé et l'actuel. A la fois définitivement classique, moderne et nostalgique, Dracula est un grand film sur le temps, motif obsessionnel du cinéaste.A lire sur Flu : l'histoire des vampires au cinéma
Entretien avec un vampire de Neil Jordan (1994)
Adaptation du premier volume des Chroniques des vampires écrites par <em>Anne Rice</em>, <em>Entretien avec un vampire</em> restera le film de référence pour la décennie des années 90. Débroussaillant les vieux clichés du genre sans trahir sa mythologie, le film de <em>Neil Jordan</em> dépeint le monde des vampires avec force sensualité, érotisme et romantisme, pour faire de la figure vampirique le symptôme de tous les interdits. Il restera surtout célèbre pour son duo d'acteur, <em>Tom Cruise</em> et <em>Brad Pitt</em>, ici réunis dans une histoire d'amour à mort dans laquelle s'incruste la jeune <em>Kirsten Dunst</em>. Son approche romantique du genre aura un impact durable auprès du public.A lire sur Flu : l'histoire des vampires au cinéma
Vampires de John Carpenter (1998)
Deux ans après le sympathique et décomplexé <em>Une Nuit en enfer</em> de <em>Robert Rodriguez</em>, le hawksien <em>John Carpenter</em> balance <em>Vampires</em>, une relecture musclée du genre devant davantage au western qu'à <em>Tod Browning</em> ou la Hammer. Un film viril où <em>James Woods</em> dégomme du vampire dans une ambiance de Far West poussiéreuse et crasseuse. Fidèle à ses habitudes et sa philosophie, le cinéaste en profite surtout pour balancer sur ce qui le dérange. Ici, ce sera la religion, plus haute institution morale américaine, qu'il taille joyeusement en pièces. A lire sur Flu : l'histoire des vampires au cinéma
Blade II de Guillermo del Toro (2002)
Pourquoi Blade 2 plutôt que Blade ? Parce que cette adaptation de comics par <em>Guillermo del Toro</em> est infiniment supérieure à celle de <em>Stephen Norrington</em>. Surdoué, le cinéaste mexicain fait des étincelles dans ce film d'action vampirique dopé à la testostérone. Il apporte audace, virtuosité et élégance à un univers ultra-violent, gore, où <em>Wesley Snipes</em>, mi-vampire, mi humain, découpe ses ennemis au katana. Plus encore, del Toro introduit une réelle dimension poétique, sensible, sentimentale à ce monde de brutes et de créatures voraces. A lire sur Flu : l'histoire des vampires au cinéma
Twilight, Chapitre 1 : Fascination de Catherine Hardwicke (2008)
Le mythe du vampire associé à l'adolescence n'est pas nouveau. Mais peu importe, le public qui portera aux nues <em>Twilight</em> s'en moque. Avec cette première adaptation des best sellers de <em>Stephenie Meyer</em>, la grande figure romantique du vampire reprend des couleurs, même blafardes. Produit avec le budget d'un film indépendant, le succès de ce premier épisode sera tel que les suites sont tournées dans la foulée (<em>Twilight - Chapitre 2 : tentation</em> sort moins d'un an après le premier). Véritable phénomène, Twilight n'est pourtant pas une réussite, en dépit de quelques moments où son casting fait vivre avec une belle fragilité, sensualité et compréhension les tourments sentimentaux et existentiels des personnages, définitivement adolescents. A lire sur Flu : l'histoire des vampires au cinémaJérôme Dittmar
Parmi les grandes figures venues du cinéma d'épouvante ou fantastique, le vampire est celui qui aura connu le plus de succès et une longévité forçant à croire qu'il est bien immortel. Des génies du muet aux cinéastes les plus réputés en passant par les maîtres de la série B ou quantité de nanars, le vampire traverse l'histoire et les films, indémodable. Décliné à toutes les sauces et s'adaptant à chaque époque, il est surtout un beau prétexte théorique ouvrant à de multiples axes de lectures, des plus simplistes et sensationnels aux plus complexes et métaphysiques. Le vampire fascine et le vampirisme est un thème intarissable. La preuve.







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