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L'apocalypse au cinéma

La fin du monde d'Abel Gance (1931)

Remède : La diplomatie. Conscient que la fin du monde est proche, un savant et son frère parviennent à unifier toutes les nations et faire proclamer la République Universelle. L'astéroïde manquera finalement sa cible, mais les hommes rentreront dans une nouvelle ère de fraternité. Le film : La fin du monde est sans doute l'un des premiers films apocalyptiques de l'histoire, du génie du cinéma muet français, <em>Abel Gance</em>.

Le Choc des mondes de Rudolph Maté (1951)

Remède : Fuir. Face au scepticisme des Nations Unies, des chercheurs construisent en secret un vaisseau aux allures d'Arche de Noé pour sauver la race humaine. Ils rejoignent ainsi une planète satellite de celle qui détruira la Terre, où on découvrira les restes d'une civilisation passée. Le film : L'un des classiques de la science-fiction des 50's. Mélangeant religion et science, Les choc des mondes de Rudolph Maté vaudra aussi pour ses effets spéciaux, récompensés aux Oscars en 1952. <em>Stephen Sommers</em> (La Momie, G.I.) prévoit d'en tourner le remake pour 2010.

Le jour où la terre prit feu de Val Guest (1961)

Remède : Le mal par le mal : la Terre se déplace dangereusement vers le soleil. Les scientifiques optent pour une nouvelle explosion nucléaire afin de faire dévier la planète bleue. Le film : Signé du britannique <em>Val Guest</em> (auteur des Quatermass), Le jour où la terre prit feu prouve que les angoisses liées au nucléaire et la guerre froide n'étaient pas que le privilège d'Hollywood. Ses visions post apocalyptiques d'un Londres déserté et noyé dans le brouillard atomique en feront, entre autres, un classique parfois méconnu.

La Jetée de Chris Marker (1962)

Remède : Construire un couloir temporel pour permettre aux hommes du futur de ramener des vivres, médicaments et autres ressources énergétiques. A ces fins, un homme engagé pour sa bonne mémoire visuelle est le cobaye d'un mystérieux groupe de scientifiques.Le film : Probablement le plus populaire de <em>Chris Marker</em>. En partie pour sa relecture par <em>Terry Gilliam</em>, <em>L'Armée des 12 singes</em>, qui le fit redécouvrir à sa sortie. En 28 minutes constituées d'images fixes (sauf un bref moment en mouvement), le cinéaste délivre dans <em>La Jetée</em> une grande méditation esthétique, poétique, romantique sur le temps et la mémoire, deux thèmes clés de sa filmographie.

Je suis une légende d'Ubaldo Ragona (1964)

Remède : Survivre. Le virus a créé une nouvelle espèce, mutante, zombie, sauvage, dangereuse, qui s'organise et contre laquelle le dernier homme se bat depuis plusieurs années.Le film : Première adaptation du roman éponyme de <em>Richard Matheson</em>. Cette co-production italo-américaine sera moins célèbre que les films qui suivront, mais elle démontre déjà au travers de son intrigue comment une nouvelle communauté (évoquant la figure du vampire) est promise inéluctablement à supplanter la notre. <em>Je suis une légende</em> sera également parfois considéré comme matrice esthétique au cinéma de <em>George Romero</em>.

La planète des singes de Franklin J. Schaffner (1968)

Remède : Aucun. En atterrissant sur une planète qu'ils imaginent perdue aux confins de l'univers, trois astronautes découvrent que ce renversement des espèces révèle les travers de l'homme. Leur combat et leur fuite pour échapper à ces singes les traitant comme des animaux n'est donc qu'une illusion.Le film : On ne présente plus La Planète des singes, grand classique inspiré du roman de <em>Pierre Boulle</em>, qui donnera lieu à de nombreuses suites. Avec <em>Charlton Heston</em> dans l'un de ses rôles les plus célèbres, le film se veut une allégorie de l'espèce humaine à une époque où l'Amérique, sinon le monde, vit avec le spectre d'une dégénérescence totalitaire ou régressive de sa société.

La Malédiction de Richard Donner (1976)

Remède : L'éliminer. Lorsque Robert Thorn décide en secret d'adopter un enfant orphelin pour remplacer celui que son épouse a perdu en accouchant, il ne se doute pas que ce chérubin est l'enfant du diable. Après divers morts suspectes dans son entourage, il se plie devant les faits et tente de l'assassiner. En vain.Le film : Huit ans après <em>Rosemary's Baby</em>, le diable revient à Hollywood. Avec son folklore satanique à visage d'ange et tout au long d'un tournage frappé de faits étranges, <em>La Malédiction</em> jette le trouble dans cette Amérique des 70's. Gros succès à son époque, le film définira une esthétique, reprise plus tard dans les suites, mais aussi ailleurs. Le traitement sans fioriture et réaliste du fantastique de <em>Richard Donner</em> y fonctionne à merveille.

Zombie de George Romero (1978)

Remède : Tenir avec les restes, pour mieux lutter contre la vermine mangeuse d'hommes. La même qui, en se répandant plus vite qu'une trainée de poudre, a fait basculer le monde dans l'apocalypse.Le film : Avec Zombie, <em>George Romero</em> signe le second volet de sa saga sur les morts-vivants, sans doute son chef-d'oeuvre. Une vision crypto-marxiste et désenchantée du capitalisme, où le centre commercial apparaît comme l'espace souverain d'un matérialisme réduit à sa dimension la plus absurde. Mais le film importe surtout pour sa puissante esthétique de fin du monde aux images fantomatiques 

Mad Max 2 de George Miller (1982)

Remède : La loi du plus fort. Et surtout, comme Max Rockatansky, héros solitaire ayant perdu les siens peu avant l'apocalypse, être armé et véhiculé. Pour tenir tête aux bandes de dégénérés pullulant au quatre coin du pays, c'est la seule manière de sauver sa peau.Le film : Mad Max 2, le défi a définitivement fixé l'image du film post-apocalyptique, genre dont il restera à jamais le dépositaire. Punk, western, comics s'y mélangent pour fonder une esthétique mille fois pillée depuis. Avec ce film mythique et violent, <em>George Miller</em> signera l'un de ses chefs-d'oeuvre ; quant à <em>Mel Gibson</em>, il tient un des rôles les plus emblématiques de sa carrière.

Le Dernier survivant de Geoff Murphy (1985)

Remède : Tromper l'ennui. Comme Zack Hobson, dernier survivant profitant de cette hyper liberté involontaire en s'adonnant à la luxure. Mais c'est peu de choses lorsqu'on est seul au monde. A deux doigts du suicide et de sombrer dans la folie, il rencontre enfin d'autres survivants, une femme et un homme d'origine maorie. Naît alors un ménage à trois, mais Zach est plus préoccupé par les raisons qui ont provoqué cette apocalypse.Le film : Solitude, matérialisme, racisme, altérité, désir et liberté sexuelle sont les thèmes du Dernier survivant, modeste et méconnu production du néo-zélandais <em>Geoff Murphy</em>. Une fable sur les traits essentiels de la nature humaine.

Akira de Katsuhiro Otomo (1988)

Remède : L'entropie. Enlevé par l'armée afin de subir une série de tests visant à repérer les sujets prédisposés aux pouvoirs psychiques, Tetsuo devient à l'image de cette ville. Il se confond avec elle, tel un symptôme, incontrôlable, destructeur, mutant, égaré.Le film : Distribué en salles, <em>Akira</em> sera à l'origine de nombreuses conversions pour l'animation japonaise. Un véritable détonateur désormais devenu culte et dont la vision impressionne toujours. Révolutionnant les canons techniques de son époque, <em>Katsuhiro Otomo</em> a livré avec Akira son chef d'oeuvre et un petit manifeste graphique du cyberpunk.

Terminator 2 de James Cameron (1991)

Remède : Organiser la résistance. En sauvant notamment son leader, John Connor, désormais protégé par le cyborg qui autrefois voulait tuer sa mère. Si les machines ont compris que pour mieux maitriser l'avenir, il faut éradiquer le passé, les humains n'ont pas dit leur dernier mot, ils vont annuler le futur. Et avec l'aide des machines. Le film : Avec <em>Terminator 2 : le jugement dernier</em> et ses effets de morphing, <em>James Cameron</em> implantera définitivement l'utilisation du numérique à Hollywood. Il leur donnera surtout du sens, au travers d'une fable moderne sur nos rapports avec les machines. Moment clé du film, sa vision de Los Angeles anéantie par une explosion nucléaire.

Armageddon de Michael Bay (1998)

Remède : La force (ouvrière). Afin de percer l'astéroïde pour y placer une charge nucléaire, la NASA envoie dans l'espace une équipe d'élite spécialisée dans le forage pétrolier.Le film : Troisième film de <em>Michael Bay</em>, <em>Armageddon</em> est l'archétype du blockbuster 90's. Un film bourrin, bruyant, basique, viril et plutôt fier de l'être. Reprenant un grand classique de la SF, le cinéaste de <em>Transformers</em> traite son sujet comme un pur prétexte à une débauche d'effets visuels sidérants. La même année, sur un motif similaire, sortira également Deep Impact. Sans doute l'approche de l'an 2000 déclenchait-elle alors des montées d'angoisse millénariste.

Last Night de Don McKellar (1998)

Remède : Personnalisé. Puisque l'apocalypse est inéluctable, chacun s'avance vers l'abîme à sa manière. Certains font la fête, prient, passent leur soirée en solitaire ou en amoureux. D'autres décident de se suicide en duo, de téléphoner à leur client pour leur assurer qu'ils seront fournis jusqu'au moment fatidique, ou encore de se lancer dans un marathon sexuel. Le film : Premier long-métrage du comédien canadien <em>Don McKellar</em>, avec <em>David Cronenberg</em> au casting, <em>Last Night</em> s'empare de l'apocalypse pour faire sur l'idée du « qu'est-ce que vous feriez si... », un portrait kaléidoscopique drôle et émouvant de la condition humaine. Une autre vision du monde au moment où rugissaient en salles <em>Armageddon</em> et autres <em>Deep Impact</em>.

Le jour d'après de Roland Emmerich (2004)

Remède : S'adapter et sauver les siens. Traversant l'Amérique pour secourir son fils, prisonnier par la glace à New York, un climatologue vit en direct ce qui changera pour toujours la face du monde : l'exode des habitants du nord vers le sud.Le film : Avec Le Jour d'après, <em>Roland Emmerich</em> reprend les thèses récentes et en vogue sur le réchauffement climatique, pour les adapter à la grande tradition du cinéma catastrophe hollywoodien. De visions ahurissantes en symboles lourds de sens (la statue de la Liberté immergée sous la neige), le cinéaste allemand, plus américain que le premier de ses patriotes, cherche à éveiller les consciences et surtout remettre l'Amérique dans le bon sens. Celui de l'Histoire. Il tournera ensuite 2012, jour J de l'Apocalypse selon le calendrier maya.

La Guerre des mondes de Steven Spielberg (2005)

Remède : Fuir et assumer ses responsabilités. Précipité dans une Amérique en proie au chaos, un père divorcé traverse la côte Est avec sa fille et son fils pour sauver sa famille d'une invasion sans nom.Le film : Avec cette nouvelle adaptation d'<em>H.G Wells</em>, <em>Steven Spielberg</em> prend pour prétexte une allégorie faussement écolo afin de filmer l'effritement des valeurs américaines dans l'après 11 septembre. <em>Tom Cruise</em> (à son sommet), joue dans La Guerre des Mondes un père de famille irresponsable forcé d'agir et retrouver du sens face aux conséquences d'un monde qui le dépasse. Chez Spielberg, l'apocalypse sert d'abord à retrouver sa voie, pas prendre conscience de l'Autre.

Southland Tales de Richard Kelly (2006)

Remède : Inconnu. Dans un monde perturbé par une faille spatiotemporelle, se croisent une ex-star du porno, un acteur de film d'action amnésique, un flic et son frère jumeaux, des groupuscules néo-marxistes, un rescapé de la guerre en Irak, un sénateur véreux ou encore un mystérieux vendeur d'armes dans un camion de glace. Tous finiront par se croiser dans un building à Los Angeles pour l'apocalypse.Le film : Monstrueux, pop, baroque, postmoderne, geek, autiste, visionnaire, Southland Tales recycle tout et n'importe quoi (des pans entiers de la littérature SF au tréfonds de la série B en passant par l'actualité), dans un grand projet dégénéré définitivement contemporain.

La route de John Hillcoat (2009)

Remède : Subsister, à travers une Amérique dévastée, sous un ciel sombre, à l'air vicié par les cendres, avec un pistolet pour seule défense contre les hordes de cannibales. Le film : L'adaptation du best seller de <em>Cormac McCarthy</em> (prix Pulitzer de la fiction en 2007), par <em>John Hillcoat</em>, cinéaste australien auteur du carcéral <em>Ghosts of the Civil Dead</em> et <em>The Proposition</em>, western écrit par <em>Nick Cave</em>. Un projet ambitieux avec <em>Viggo Mortensen</em> peut-être dans l'un de ses derniers rôles.

Météores égarés, invasion extra-terrestre, explosion nucléaire, épidémie de zombies, antéchrist ou catastrophe climatique, les raisons pour réveiller nos bons vieux fantasmes apocalyptiques ne manquent pas. Elles disent toutes quelque chose sur leur époque, comme autant de chambres d'écho de nos angoisses antédiluviennes. Car si l'apocalypse traverse l'histoire du cinéma, revenant infatigablement à chaque décennie, elle est surtout l'une des craintes les plus archaïques de l'homme. De films en films, superstition, religion, science, pragmatisme, relativisme y avancent ainsi de concert pour montrer un panorama varié de nos peurs. Du grand spectacle, oui, souvent et parfois pour pas cher, mais qui en dit long.