Passer d’Edouard Baer à Michel Fau dans la même année, c’est de la diversité !C’est même ce qui m’intéresse le plus dans mon métier. Je n’ai pas envie de m’enfermer dans un genre. Et Edouard et Michel ont en commun la fantaisie, la folie, l’élégance.Montherlant, c’est un style, une époque.Il a été très joué, jusqu’en 1968, et puis cet auteur revendiqué de droite a été mis au placard. La pièce, Demain il fera jour, écrite en 1949, est la suite de Fils de personne. Elle expose la vie d’un couple en 1944. Ils ont traversé l’histoire sans s’engager. Elle a beaucoup gêné les gens, car ils n’avaient pas envie d’entendre cela. Pourtant, c’est le reflet d’une partie de la population française. C’est cette inconscience qui est intéressante à rendre sur scène.La construction de la pièce est singulière.Ça commence comme une comédie bourgeoise. Montherlant possède un humour grinçant. Tout le monde en prend pour son grade, hommes, femmes. Et puis, l’auteur va vers la tragédie. C’est un curieux mélange. Montherlant ne voulait pas être rangé dans une catégorie. Il est à la fois extrêmement sensible et cruel avec l’humanité, il fait prononcer à ses personnages des choses troublantes. Il y a beaucoup de lui dans cette pièce.Ce débat sur l’engagement du fils dans la Résistance est terrible.Au début, la mère dit oui au désir de son fils pour lui faire plaisir. Jusqu’à ce rêve qui lui fait comprendre qu’elle risque de le perdre. Quant au père, Georges, au début il est contre : « Ce n’est pas au moment où les Américains viennent de débarquer en Normandie, qu’on se met en Résistance. Il fallait faire ça plus tôt ! » Ce n’est qu’ensuite, ayant reçu une lettre et devinant les soucis qui s’annoncent, qu’il l’autorise à s’engager, car cela le sauvera.Le personnage de la mère est très théâtral !Au début de la pièce, Marie est très légère, voire totalement insouciante. C’est une cocotte. Sa relation avec Georges est assez dure. Et petit à petit, elle devient une grande héroïne tragique.Sa relation avec son fils est très fusionnelle.C’est une relation puissante, étouffante. Elle lui dit : « L’année prochaine, j’aurais 40 ans… Maintenant, il n’y a plus d’autre homme que toi qui puisse me faire souffrir. » Du point de vue psychanalytique, c’est violent.Georges est un personnage assez trouble, non ?Georges, qu’interprète Michel Fau, est un avocat qui a rendu quelques services pendant l’Occupation. C’est aussi un père qui ne ressent plus rien pour son fils. Il dit : « Mon fils est devenu pour moi un indifférent. » A travers ce personnage, Montherlant exprime un désespoir, un certain cynisme, mais il le rend lyrique dans la deuxième partie de la pièce. C’est très étonnant.Que dire de votre metteur en scène ?Michel est un artiste pétri de références théâtrales, cinématographiques. On s’amuse beaucoup en répétant. Michel fait des propositions artistiques assez singulières. Il est très inventif et donne à cette pièce une dimension étrange, expressionniste, comme pour Maison de poupée. Il a créé un univers visuel très fort dans lequel la langue de Montherlant s’incarne. Sa poésie devient réaliste.







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