Cet ancien international de basket-ball est revenu de ses années d’études aux Etats-Unis avec le désir de faire rire les gens des stéréotypes sociaux, culturels et communautaires. Pari réussi.Propos recueillis par M-Céline NivièreComment le basketteur tombe-t-il dans le panier de l’humour ?Par hasard ! Même si depuis l'âge de 12 ans, j'écrivais des textes. J'ai commencé au slam, joué dans une troupe de théâtre. Mes slams étaient très dépressifs, un véritable Lexomil… ça ne me ressemblait pas. J'ai toujours aimé faire rire mes coéquipiers. Avec mon mètre cube, j'étais déjà une blague. Je ne pensais pas en faire mon métier. J'étais quelqu'un d'assez timide et j'avais beaucoup de respect pour les gens de scène.Et le hasard vous fait sa passe…Oui, en rentrant des Etats-Unis, alors que j’avais un contrat professionnel, je me blesse à l’épaule. Plutôt que de ne rien faire, j’écris. On me propose de participer à un stand up au Réservoir. Je passe sur scène cinq minutes et me retrouve en face de mecs qui ont de la bouteille. Cela se déroule bien. Puis mon ami d’enfance, Grand Corps Malade, me propose de faire sa première partie. Là, je rencontre mon producteur, Jean-Philippe Bouchard, et les choses se mettent en place. Le hasard, c’est les rencontres de la vie.Par quel chemin le gamin de Saint-Denis se retrouve-t-il aux Etats-Unis ?J’ai fait des études de langues étrangères appliquées au commerce à Paris VIII. Mais pour trouver un bon job, si on n’a pas fait une école de commerce, on me disait que c’était mort. Or, ça coûte cher. Un jour, une prof d’anglais, Mme Honecker, me parle d’un organisme, la Micefa, qui s’occupe des échanges universitaires franco-américains et où l’on ne paye que les droits d’inscription français. Parfait pour un fauché comme moi ! C’est grâce aux femmes que j’ai réalisé beaucoup de choses. A la Micefa, Nancy Merrit me demande ce que j’aime faire dans la vie, je réponds : « étudier et jouer au basket ». Là, elle m’envoie à l’Uconn (université du Connecticut), parce que leur équipe est championne en titre des Etats-Unis. Arrivé là-bas, je vais me faire couper les cheveux, et la coiffeuse se trouve être aussi celle des coaches de basket. Elle me connecte avec l’un d’eux, et voilà comment le banlieusard au corps de Turc se retrouve à jouer avec une des meilleures équipes… Une histoire de fou ! Mon passage là-bas m’a donné confiance.Et le terrain de votre inspiration ?Je désirais témoigner de ce qui m'était arrivé, car notre société est américanisée, parfois pour les mauvaises choses. J'ai trouvé intéressant de parler de ce que je connais des Etats-Unis, de la France, de Saint-Denis, de l'Algérie. Je le fais avec ma propre « musique », car on a tous une musicalité. La narration stand up passe par le « je », à l'inverse du sketch. Et je souhaitais changer l'angle de vue du sempiternel fils d'immigré maghrébin pour montrer qu'il n'y a pas de société idéale.Bouderbala, c’est un hommage à vos racines ?Pas vraiment car mes parents sont kabyles (berbères). « Bouderbala » en arabe cela veut dire « guenilles, haillons ». Sur les scènes slam, ils avaient tous des pseudos bizarres. Avec mes amis d'enfance, nous nous sommes amusés à les imiter : Fabien Marsaud est devenu Grand Corps Malade, Jacky Ido, John Pucc Chocolat, et comme je me faisais régulièrement charrier parce que tout le temps mal sapé, au basket ou ailleurs, j'ai pris le « comte de Bouderbala », le comte des fauchés, un aristocrasseux…Vous jouez sur les scènes new-yorkaises, ça se passe comment là-bas ?C'est un système de « comedy club » où tu passes vingt minutes, une demi-heure. Il y a une hiérarchie des comedy clubs, que tu suis, du moins bon au meilleur. En cinq ans, j'ai tourné un peu partout, de Brooklyn à Broadway, en passant par Harlem, le Bronx, le New Jersey. En janvier, j'étais au Comedy Cellar, le plus gros. C'était super. Mais le public américain est impitoyable, il a payé pour rigoler et ne fait pas dans le social. Si cela ne lui plaît pas, il te bouscule, te chahute, limite te vire de scène. C'est un public interactif…Et qu’est-ce que vous leur racontez ?Je leur parle de nous, Français et Américains, de notre histoire commune et de ce qu'il m'est arrivé chez eux. Pour eux, la France, ce n'est pas grand-chose : le luxe, le fromage, l'amour, et parfois Carla Bruni. Je les chambre sur leur « abrutisme » géographique, leur enthousiasme exacerbé, leur côté « la guerre avant, la discussion ensuite », leur puritanisme hypocrite, leurs clichés sur les Français… Ils se voient comme des gens qui agissent avec leurs tripes et nous comme des fumeurs qui intellectualisent tout…En France, votre public est varié, comme votre style, à la fois sérieux et déconnant…Je n'ai jamais visé un public particulier. L'important est ce que l'on raconte et de faire rire. Le sujet touche ou ne touche pas. Le côté franco-américain parle, parce que nous sommes le produit d'une américanisation latente. Dans le spectacle, il y a assez de mélange pour que chacun y trouve son compte. Mon objectif, c'est que les gens passent une bonne soirée et se disent en sortant du spectacle « ce mec-là ne m'a pas arnaqué, je peux lui envoyer toute ma famille et l'inscrire sur mon testament… »Le Comte de Bouderbala à l'Alhambra>> Réservez vos places pour le spectacle !







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