Jean Dujardin : "Le personnage d’OSS est fait pour être décliné"

OSS 117

Ce soir, les fans de Michel Hazanavicius et de  Jean Dujardin ont rendez-vous sur C8 pour une séance d'OSS 117.

Voici une interview du plus drôle des agents secrets français accordée à Première, en 2009, à l'occasion de la sortie de Rio ne répond plus. En attendant de retrouver à 21h sur C8, Le Caire nid d'espions, sorti lui en 2006. Bande-annonce :

Le Redoutable, de Michel Hazanavicius, sélectionné à Cannes 2017 : première vidéo de Louis Garrel en Godard

Tu as souvent dit que le cinéma était pour toi une grande colonie de vacances où tu arrivais chaque jour comme un enfant en demandant : "À quoi on joue aujourd’hui ?". Rio ne répond plus est un peu le fantasme ultime puisque tu y joues à Paul Newman, Errol Flynn ou encore Sean Connery.
Jean Dujardin : 
Je savais que je disposerais là encore d’une salle de jeux puisque je choisis souvent mes films en fonction de ça. J’ai été frappé par la rapidité avec laquelle je me suis replongé dans l’univers Bonisseur de la Bath. Cela dit, le premier jour du tournage, toute l’équipe se regardait en coin : on avait promis de tout changer, juré de ne pas "faire de numéro 2"... D’ailleurs, vu qu’il se déroule dix ans plus tard, en 1967, Rio ne répond plus pourrait carrément être le numéro 8. C’était bien beau de dire ça, mais il fallait ensuite trouver le chemin... Et puis je suis rentré dans le rôle, j’ai commencé à marcher comme lui, à parler comme lui, à m’amuser avec lui, à retrouver les nuances... Il y a peu de vraies rencontres avec un personnage, et je sais que celui-ci en fait partie. Il y a de grandes chances que le troisième OSS soit tout aussi délirant.

L'humour d'OSS 117 est étonnamment moderne (critique)

À ce rythme-là, il va se passer dans les années 80... Exactement. En 1978, sous Giscard. Et là, ça va être dégueulasse : les couronnes dentaires, les doigts jaunis par le tabac, le blazer et la cravate club. J’aurai encore moins de cheveux, donc c’est super. (Rire.)

Je suis étonné que tu parles déjà du 3, toi qui as toujours été allergique aux suites. Le personnage d’OSS est fait pour être décliné : c’est un agent secret, donc c’est normal qu’il ait de nouvelles missions. On avait cette caution. Après, on s’est posé un tas de questions : c’est quoi, un 2 ? Pourquoi les 2 sont-ils toujours mauvais ? Qu’est-ce qu’un bon 2 ? Michel a trouvé 80 % des réponses à l’écriture avec Jean-François Halin en réinventant le concept. Non, il n’y aura pas "Bambino", il n’y aura pas de chansons, il n’y aura pas de : "J’aime me battre...". C’est ce qu’il fallait faire. Ne pas arriver en brandissant nos médailles, en nous reposant sur nos acquis. Le film doit marcher seul, sans l’autre. Une fois qu’on avait mis toutes ces choses à plat, résolu toutes les questions, c’était le "waterboggan" : ça coulait tout seul.

En voyant le film, on sent clairement que tous, vous avez eu la phobie de bégayer. Vous n’avez pas peur de décevoir une partie du public du premier volet ? Je crois que les gens ont envie de revoir OSS mais partent un peu défaitistes en se disant que c’est une suite. C’est mon analyse de spectateur en tout cas. Je me serais dit : "J’ai envie de revoir lepersonnage parce qu’il m’a botté, mais c’est un 2, et un 2, ça pue." Mais si le 2, en fait, est un 1, alors tout va bien. Si je vous donnais du "Bambino", vous seriez contents sur le papier, mais évidemment déçus après coup puisque je l’ai déjà fait. C’est le problème de beaucoup de suites et de nombreux films en général. Quand on te parle d’un projet en te disant : "C’est genre Les Affranchis", je ne vois pas l’intérêt. Cela a déjà été fait, Les Affranchis, trouve autre chose ! On peut avoir de l’originalité dans une suite. Cette originalité consiste à tuer le premier épisode.

Dans Rio ne répond plus, le monde a radicalement évolué, mais pas OSS ! (critique)

Quel était le plus gros piège du film ? Le vrai piège, qui te guette dans toutes les comédies, c’est de te faire rire. De te kiffer. De te dire : "Oui, c’est brillant sur le papier, je vais assurer, tout va bien, je sais que je suis drôle." Le piège, c’est de croire à tout ça, de croire que les gens rigolent pour toi. Il faut garder ses distances. Ne jamais se dire qu’on est bien dans son personnage, qu’on le connaît par coeur et qu’on ne vasurtout pas le réinventer puisque c’est ça qui a marché. Je ne fonctionne pas de cette façon, j’ai besoin de secousses. La complaisance sur son propre jeu, c’est insupportable.

Ça t’arrive de péter les plombs ? Oui, et je m’en veux. Ça m’arrive quand je ne suis pas concentré. Il y a des jours où j’ai peur, et je ne vais pas savoir mon texte comme il faut. Je ne vais pas être en verbe, ça ne va pas bien sortir. Sans trop savoir pourquoi. Je me laisse envahir par mes humeurs et je m’énerve. Ce ne sont pas des crises de diva, juste de la colère contre moi-même. J’ai besoin de me lever et de partir m’engueuler dans un coin. On est loin de Christian Bale, quand même... Ça ne m’est pas arrivé sur OSS, à part un jour, mais c’était plutôt de la fatigue. On tournait mon monologue face aux nazis et j’étais complètement aphone. Ça m’énervait car mon travail allait en pâtir. J’avais 150 nazis devant moi, certes, mais ça restait 150 personnes. (Rire.) Il fallait que je m’applique ! On a fini par me faire une piqûre de cortisone, et une heure plus tard, c’était l’euphorie. Comme si on m’avait vidé du Destop dans la gorge. J’avais soudainement cinq octaves, je chantais du Luis Mariano...

J’ai cru que tu allais dire du Mariah Carey. Oui, aussi. (Rire.)

Les plus gros succès de Jean Dujardin au box-office

J’imagine que tu n’as pas dormi pendant soixante-douze heures après la piqûre... Non, j’ai très bien dormi. Le médecin m’a dit que l’effet durerait trente jours et, effectivement, j’ai eu une pêche de dingue pendant un mois, sans jamais retomber malade. Je sais que ce n’est pas recommandé, mais bon...

Le film pousse assez loin le bouchon du politiquement incorrect... Et encore, il y a eu de la coupe. Ça allait beaucoup plus loin.

Est-ce que vous aviez pris une craie et tracé la limite à ne pas dépasser ? Le positionnement du film est très clair, une fois de plus : on sait où on va, on sait qui il est, on sait qu’il est con, donc il n’y a pas de problème. Rien n’est gratuit. Cette limite dont tu parles, on la dessine au montage suivant l’équilibre du film. Lors du baiser final, par exemple, il y avait deux vannes de prévues, et il n’en reste qu’une à l’arrivée. OSS disait : "Pourquoi ne pas espérer un jour une réconciliation entre juifs et nazis ?" et, derrière : "Finalement, je me demande si, dans quelques années, on n’en rira pas tous." Tout le talent de Michel Hazanavicius a été de se dire à ce momentqu’on avait compris, que la deuxième réplique devenait de l’acharnement un peu idiot. Mais on ne s’est rien interdit.

Ça se voit. Le tournage de ce genre de répliques est intéressant. Sur les premières prises, on se marre comme des enfants, on est dans l’interdit, alors on ricane, du genre : "Oh, là, là ! Qu’est-ce qu’on est en train de dire !". Une fois que c’est passé, on commence à bosser. Ce ne sont pas les premières prises de ces scènes qui sont gardées, plutôt les quinzièmes. Le temps que l’euphorie retombe, que la phrase passe dans les oreilles de chacun et qu’on trouve la meilleure façon de la faire exister.

Jean Dujardin change encore d’avis sur OSS 117 3 : "Si ça se fait dans l’année, je suis partant"

Tu as senti de la pression chez Michel Hazanavicius ? Si tu cherches "impavide" dans le dico, tu trouveras "Michel Hazanavicius" à côté. Il est zen. Rien ne l’atteint. Je ne sais pas comment il y parvient, mais il fait son boulot sérieusement en n’étant jamais sérieux. Il dégage un truc tellement fort, tellement rassurant pour l’équipe qu’on le suivrait partout. Il pourrait nous dire : "Tiens, mange ça, c’est du caca, c’est très bon", on répondrait : "D’accord." Je ne crois pas au génie. Je crois au boulot. Et Michel est un très gros bosseur, un perfectionniste intuitif. Ce n’est pas une bécane de guerre ni un chef. C’est un humain. Si quelqu’un ne va pas bien sur le plateau, ça deviendra immédiatement sa priorité. Toujours raisonnable. Juste. Bon, je dis ça parce que je suis amoureux de lui... (Rire.)

Les révélations n’arrêtent pas de tomber. Jean Dujardin : "Je ne crois pas au génie." "Je suis amoureux de Michel Hazanavicius." L’"âme-niotique". L’accouchement de l’âme. On est en plein dedans. Continue.

Je vois la tête ! On y est presque. (Rire.)

À chaque fois, tu trouves une phrase choc pour vendre tes films. Sur le premier OSS, c’était : "Un peu de Sean, beaucoup de connerie." Sur 99 F, tu parlais d’un "film un peu trash, un peu potache, donc 'potrash'..." C’est vrai. J’érige un mât pour la promo.

Il faut en trouver une pour Rio ne répond plusIl y en a une que j’apprécie particulièrement : "Si vous aimez la danse et les Chinois, vous allez vous régaler !".

À la sortie du premier OSS 117, tu nous avais dit : "Si le film marche, c’est un accident." Je vais donc te demander de compléter la phrase suivante : "Si Rio ne répond plus marche, c’est... " normal. (Rire.) Non, si Rio ne répond plus marche, c’est... extraordinaire. En fait, ce serait normal et extraordinaire. Normal en raison du travail qui a été fourni par Michel et toute l’équipe. Extraordinaire parce que le rêve continuerait. De l’écriture au tournage en passant par le montage, on a envie de concevoir un bébé qui soit le plus fort possible à la naissance. Un bon gros bébé de 3,750 kg avec de bonnes grosses joues. Et on a envie que tout le monde le voie : "Regardez notre bébé, il fait de grands sourires, il rend heureux."

Le premier OSS a été tourné au Maroc, celui-ci au Brésil. Tu n’en as pas marre de te faire payer des vacances par Gaumont ? Sans parler de Lucky Luke, que j’ai tourné en Argentine cet automne avec James Huth... J’ai été gâté cette année.

Je me rappelle d’une époque où tu tournais Contre-enquête à Stains. Tu as changé, Jean. (Rire.) Attention : c’est pire. Quand tu tournes à Stains, tu sais où tu es, tu as conscience que tu vas bosser. Mais quand tu es sur la plage de Copacabana et que tu dois travailler alors que tu n’as qu’une envie, c’est d’aller faire un foot-volley et de te mettre à la baille, c’est cent fois plus dur. Vicieux, même.

Tu vas presque nous faire de la peine... J’ai une chance incroyable, je le sais. Mais je ne m’en excuse pas car j’ai bossé pour en arriver là. Je suis parti de tout en bas – et j’espère ne pas être encore arrivé. J’ai atteint une position privilégiée, je m’en rends compte. Un rôle comme celui-là, à Rio... C’est peut-être pour ça qu’on m’assimile à Jean-Paul Belmondo.

Je ne sais pas si tu as remarqué, mais tu es enfin Jean Dujardin. On a fini de te comparer à d’autres. Sur ce film, je crois, oui. Mais je ne me dis pas : "Enfin !". Parce que c’est la mort. D’ailleurs, je n’ai toujours pas la sensation d’être dans ce métier. Et ce n’est pas de la fausse modestie. J’ai l’impression qu’on va me démasquer, me tomber dessus un jour en me disant : "Mais t’es qui, toi, au fait ?".

C’est parce que tu avances costumé. Parce que, jusqu’à présent, chaque rôle a été une panoplie que tu as enfilée. C’est sûrement ça. Peut-être que tourner avec Nicole Garcia (dans Un balcon sur la mer, avec Marie-Josée Croze, ndlr) va m’ouvrir à d’autres choses. Je vais plus jouer avec moi-même... Mais tu as raison, j’ai certainement cette impression car, au final, j’avance masqué.

Il y a deux ans, tu espérais que les Audiard et les Klapisch commencent à s’intéresser à toi. Ça y est ? Oui. Nicole est venue, par exemple. Ça ne se bouscule pas non plus, mais ça bouge, ça appelle, je fais des rencontres intéressantes. Sinon, ça voudrait dire qu’ils sont tous atteints de cécité. Que je n’existe pas réellement et que je vis dans un cauchemar ! (Rire.)

Quels sont les acteurs qui t’impressionnent en ce moment ? Un peu comme tout le monde, je redécouvre le charme barge de Robert Downey Jr. Ce mec va faire des trucs dingues. Il est passé par tellement de choses, il les a exorcisées et revient fort de tout ça. On le voit littéralement revivre. J’aime beaucoup Daniel Day-Lewis. Sa disponibilité est flippante. J’aimerais parvenir un jour à un tel oubli de moi-même. Débrancher ma morale, tout faire pour un rôle. Une femme ? Cate Blanchett, la nouvelle Meryl Streep. Je la trouve tout à fait regardable. On peut y passer du temps. (Il marque une pause.) Elle me fait penser à ma femme.

Un célèbre superhéros a dit : "À grands pouvoirs, grandes responsabilités." Aujourd’hui, tu as le pouvoir de faire exister des films sur ton seul nom. Quelle est ta responsabilité ? Rendre. Rendre ce qu’on me donne, le partager. Ça passe par des trucs plus intimes, comme d’aider des associations... Mais ça me gêne de mélanger cela à la promo. Je n’en ai pas besoin pour faire parler de moi, la visibilité, ça va. Cependant, ma responsabilité est là : rendre. Et pas qu’aux très malheureux. À mes proches, aussi, aux amis d’enfance. À des potes qui n’ont pas de boulot. Encore une fois, c’est une affaire privée, je ne veux pas éclabousser les lecteurs avec ça. Je n’éprouve pas le besoin de dire à tout le monde que je suis quelqu’un de bien, je sais que je le suis.

Interview Mathieu Carratier

Bande-annonce de Rio ne répond plus, qui sera diffusé mardi prochain sur C8 :

 

 

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