De l'autre côté du vent
Netflix

Présenté cette semaine au festival cinéphile lyonnais, cette curiosité mythique sera visible sur Netflix à partir du 2 novembre.

Ils m’aimeront quand je serai mort (They’ll love me when I’m dead)… Ce n’est pas l’Orson Welles des années 30-40 qui disait ça, le wonderboy qui fascinait l’Amérique, mais l’ogre blessé des derniers temps, le géant en exil, fatigué de devoir faire la manche pour financer ses projets. La phrase donne son titre au documentaire de Morgan Neville (également disponible sur Netflix en novembre) qui raconte le destin complètement fou de De l’autre côté du vent (The Other Side of the Wind), sans doute l’un des films inachevés les plus fameux de l’histoire, enfin visible après quarante ans de tergiversations, grâce à la manne financière de Netflix. Commencé au début des années 70, mis sous scellé après un imbroglio juridique et financier impliquant le beau-frère du Shah d’Iran, De l’autre côté du vent était une Arlésienne cinéphile que plusieurs collaborateurs et amis de Welles essayaient en vain de terminer, à l’aide de mémos et d’instructions laissés par le cinéaste avant sa mort.

Un Vent glacial
Le film qu’on découvre aujourd’hui, sans surprise, est parcouru par un grand souffle funèbre. Vraiment glacial. Il raconte la dernière nuit, avant sa mort tragique, de Jake Hannaford, un cinéaste génial (joué par John Huston, grand copain de Welles ici employé comme alter-ego), empêtré dans un tournage compliqué, fêtant son anniversaire avec son entourage (Peter Bogdanovich, Dennis Hopper, Claude Chabrol…) avant d’aller crasher sa voiture dans un élan suicidaire. Il y a bien sûr quelque chose de vertigineux à regarder le film inachevé d’un génie du cinéma et de constater qu’il raconte les difficultés d'un génie du cinéma à achever son film… Difficile pourtant d’apprécier De l’autre côté du vent sans avoir chaussé au préalable ses petites lunettes d’historien. Porté par une esthétique cinéma-vérité en vogue au début des 70’s, augmenté d’une satire de la modernité européenne façon Antonioni (Oja Kodar, la compagne de Welles, passe la moitié du film à se promener toute nue dans de grands espaces désertés), cet incunable exhumé reste une curiosité, datée, cryptique, brouillonne. Pas un grand film, non. Plutôt une pièce manquante du puzzle du Nouvel Hollywood, à regarder en double programme avec The Last Movie, de Dennis Hopper, ressorti l’été dernier après des décennies d’oubli. Ce qui fascine réellement en revanche, c’est la douleur de Welles, qu’on jurerait entendre en sourdine tout au long du métrage, presque un appel au secours, celui du vieux lion blessé, méprisé par l’industrie, qui fait mine de rugir une dernière fois sans trop y croire vraiment lui-même. Dans le documentaire de Neville, un intervenant émet l’hypothèse qu’Orson faisait exprès de ne pas finir ses films, afin de rester actif, occupé, en mouvement. L’achèvement était pour lui synonyme de mort. Et on se demande parfois devant De l’autre côté du vent si on n’aimait pas plus ce film à l’état de chimère, de rêve éternellement repoussé. They’ll love me when I’m dead ? Nous, on préférait Welles vivant.

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