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A l’occasion des 45 ans de Joaquin Phoenix, notre best-of de l’acteur turbulent et génial.

Mise à jour du 28/10/2019 : à l'occasion des 45 ans de l'acteur, nous republions ce top des meilleures prestations de Joaquin Phoenix. A noter que ce classement a été fait avant la sortie de Joker, et que nous nous laissons un peu de temps avant de situer sa performance exceptionnelle dans le film de Todd Phillips parmi les plus grands rôles de sa prolifique carrière.

Article publié le 30/03/2018 :

10 / Doc Sportello dans Inherent Vice (Paul Thomas Anderson, 2014)
Chef-d’œuvre labyrinthique ou gros enfumage arty ? Même ceux qui sont restés à la porte d’Inherent Vice admettent que Joaquin Phoenix y trouvait l’un de ses meilleurs rôles, renouvelant la mythologie du privé angeleno jointé (glorieusement représentée avant lui par Elliott Le Privé Gould ou Jeff “The Dude” Bridges), en laissant deviner derrière chacune des ses réactions gaguesques à contretemps une méchante fêlure mélancolique. Car sous l’intrigue policière casse-tête, Inherent Vice parle d’abord d’un gros chagrin d’amour. C’est le ciment de tous les rôles de Joaquin Phoenix, son emploi préféré : l’amant éconduit, le misfit au cœur brisé.  

 
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9 / Jimmy Emmett dans Prête à tout (Gus Van Sant, 1995)
Après ses années d’enfant acteur sous le patronyme de Leaf Phoenix (notamment dans Portrait craché d’une famille modèle, alias Parenthood, de Ron Howard), l’acteur grandit d’un coup et devient le Joaquin qu’on connaît sous la caméra de Gus Van Sant, en lycéen white-trash, un peu grunge, un peu rockabilly, sorte de James Dean de la génération X manipulé par une Nicole Kidman “prête à tout”. Son frère, l’étoile filante River, vient de mourir, Joaquin accepte son destin et monte sur le trône laissé vacant du rebelle sans cause.

 

 

8 / Bruno Weiss dans The Immigrant (James Gray, 2013)
Le plus mal-aimé des films de James Gray, où Phoenix livre une composition étonnante, insaisissable, pathétique, en proxénète irrésistible, monstre au sang froid, qui finira à terre, dans un plan final ahurissant ourdi par un Darius Khondji au sommet de son génie pictural. Au passage, pour les allergiques au style excentrique de Phoenix, notons qu’il s’agit d'une des ses interprétations les plus sobres et mesurées.

 

 

7 / Lucius Hunt dans Le Village (M. Night Shyamalan, 2004)
C’était en 2004, une éternité, quand les visions folles de M. Night Shyamalan dominaient encore l’imaginaire mondial et qu’on prédisait à Joaquin Phoenix une destinée de jeune premier romantique et torturé, chuchotant ses répliques dans un monde cerné par les ténèbres… C’était il y a longtemps, oui, deux ans après une première collaboration décisive avec Shy (Signes), mais une chose n’a pas changé depuis : Joaquin Phoenix ne s’épanouit vraiment qu’avec un grand auteur derrière la caméra.

 

 

6 / Joaquin Phoenix dans I’m still here (Casey Affleck, 2010)
Souvenons-nous qu’à une époque, on y a cru. Joaquin Phoenix arrêtant sa carrière, se laissant pousser la barbe et tentant sa chance dans le hip-hop… Pour les besoins de ce film-canular tourné avec son beau-frère Casey Affleck, l’acteur cintré a été jusqu’à faire dérailler la promo de Two Lovers en direct depuis la canapé de David Letterman, dans un geste kamikaze à la Andy Kaufman. Le résultat n’est jamais aussi drôle et profond que Phoenix et Affleck l’espéraient, mais impossible de nier que I’m still here aura marqué un tournant pour Phoenix, qui disparut ensuite des radars pendant deux ans, et revint avec The Master, réinventé, plus puissant que jamais. Et, depuis, tous les journalistes qui le rencontrent s’accordent à dire qu’il est adorable en interview…

 

 

5 / John Callahan dans Don’t worry, he won’t get far on foot (Gus Van Sant, 2018)
Phoenix retrouve Gus Van Sant, 23 ans après Prête à tout, pour ce biopic empathique du cartoonist John Callahan. Thématiquement, ça ressemble à un concentré des obsessions de l’acteur (les fêlures existentielles, les communautés de marginaux, l’alcool qui détruit et la foi qui sauve), mais son jeu, lui, est différent, plus léger, rieur, délesté des pesanteurs que ses détracteurs lui reprochent, comme s’il cherchait à se réinventer. Peut-être est-ce dû à l’influence inconsciente de Robin Williams, qui devait tenir le rôle à l’origine. L’histoire nous dira s’il s’agissait réellement d’une nouvelle renaissance pour le Phoenix.

 
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4 / Commodus dans Gladiator (Ridley Scott, 2000)
Dans la deuxième moitié des années 90, Joaquin Phoenix s’était spécialisé dans les seconds rôles teigneux, le genre à voler le show le temps d’une scène ou deux. 8 mm, U-Turn… Une première période qui culmine avec cette perf’ irresistible d’enfant capricieux et mégalomane dans Gladiator, à apprécier en double programme avec The Yards, sorti la même année (mais vu par beaucoup moins de monde), où il bouffait l’écran avec autant d’appétit. L’un des meilleurs méchants du cinéma américain des vingt dernières années, et sans doute la raison principale pour laquelle tout le monde estime que caster Phoenix dans le rôle du Joker serait une excellente idée.

 

 

3 / Leonard Kraditor dans Two Lovers (James Gray, 2008)
On ne peut pas citer toutes les collaborations de Phoenix avec James Gray dans ce Top, alors, plutôt que La Nuit nous appartient, on choisira Two Lovers, le Gray qui résume tous les Gray, et montre son art à nu, débarrassé des arguments polar. Epais, hagard, Phoenix éblouit en fils écrasé par le fatum, freak dostoïevskien traversant New York comme un damné. En bonus, l’une des meilleures scènes de club de tous les temps, par un cineaste spécialiste du genre :

 

 

2 / Johnny Cash dans Walk the Line (James Mangold, 2005)
Hello, I’m Johnny Cash”. Dans ce biopic taillé pour les Oscars, Phoenix ne cherche pas à imiter le Man in Black mais préfère convoquer son spectre façon chaman. L’apogée de la première partie de sa carrière, avant le sabordage I’m still here et sa réinvention en Brando des temps modernes. La lippe retroussée, il exsude la morgue du bad boy country, regard paranoïaque cocaïné et sensualité affolante. Et il chante bien, avec ça.

 

 

1 / Freddie Quell dans The Master (Paul Thomas Anderson, 2012)
Le rôle du come-back. Inoubliable. Paul Thomas Anderson bâtit une fresque sur l’Amérique sous-terraine des années cinquante, et Phoenix a l’idée géniale de jouer son rôle de misfit égaré exactement comme l’auraient fait Paul Newman ou Montgomery Clift à l’époque. Oui, c’est comme ça qu’on souffrait dans les fifties, c’est comme ça qu’on jouait dans les fifties. Amaigri, hanté, le dos brisé, traversant le monde comme un pantin désarticulé. Il y en a que ce film irrite. Nous, il nous brise le cœur.