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En attendant la cérémonie des César 2011 qui se tiendra le 25 février au théâtre du Châtelet, Premiere.fr revient sur l’histoire de cette Cérémonie avec des acteurs, actrices, réalisateurs, techniciens qui ont eu le Sésame. Aujourd'hui, c'est Alexandre Desplat qui s'y colle. Le compositeur le plus prolifique du moment (10 films en 2009, 7 en 2010) est nommé aux César pour la musique de The Ghost Writer.Par Mathieu CarratierQuel est l’impact d’un César sur la carrière d’un compositeur ? J’ai eu le César en 2006, pour De battre mon cœur s’est arrêté. Mais il ne faut pas oublier que j’avais obtenu l’Ours d’argent à Berlin avant ça. J’ai d’abord été reconnu par les étrangers. J’y pense souvent (rires). Un César, c’est d’abord un très bel objet, une des vraies belles choses que je possède. Tout simplement par qu’il a été conçu par un artiste, pas par le cousin du mec qui organise la cérémonie. C’est une œuvre d’art. Pour ce qui est de la carrière, c’est difficile à mesurer. Je ne sais pas si ça a changé grand chose en France, je ne crois pas qu’on y prête vraiment attention. J’ai l’impression que ma notoriété en France est vraiment née lorsque j’ai été nommé aux Golden Globes (pour La Jeune Fille à la perle, en 2004). A l’international également : cette nomination a clairement ouvert des portes qui ne l’étaient pas avant.Vous avez senti à ce point les répercussions de la reconnaissance internationale sur votre travail en France ?Oui. Le fait que je sois reconnu aux Etats-Unis a été important. C’est marrant, car c’est un mélange d’amour et de haine : on aime les gens qui travaillent en Amérique, mais on les déteste en même temps car ils ont "vendu leur âme", en quelque sorte. Et dès qu’un Américain vient travailler en France, on s’extasie aussitôt qu’il a posé un pied sur notre territoire. Il y a une drôle de confusion… Je suis sûr qu’il y a des gens qui trouvent ça débile que je travaille aux Etats-Unis, et d’autres qui trouvent ça très bien. Ceux-là s’intéressent du coup plus à moi. Ce qui compte, ce n’est pas tellement que j’aie des prix, c’est de savoir si ma musique a un sens et si elle donne envie à des metteurs en scène de travailler, d’échanger avec moi à un moment de leur vie et de leur œuvre.Je crois que la réponse est oui.Pas forcément. Il y en a plein qui ne me connaissent pas et qui n’ont pas envie de me connaître, qui n’aiment pas ma musique. Ils ont une autre esthétique, et c’est normal. Je comprends aussi que ma versatilité, le fait que je n’aime pas écrire pour un seul genre de cinéma, puisse dérouter.Vous aviez été nommé deux fois aux César avant de le remporter. C’est important pour vous, de gagner ?Le moment où on l’a est très bref – c’est extrêmement fugace, mais très plaisant. C’est bien de participer, mais c’est aussi bien de gagner (rires). C’est un petit truc en plus, qui reste sur l’étagère plus longtemps. Mais la nomination est importante, car ça veut dire qu’on est dans le best of de l’année. Il ne faut pas se mentir : on recherche aussi l’amour des autres dans ce métier. C’est très satisfaisant de savoir que votre travail a plu. Votre travail, c’est vous-même. Je suis très content d’être nommé cette année pour The Ghost Writer de Roman Polanski car c’est un film que j’aime beaucoup, sur lequel j’ai bossé avec une légende, un metteur en scène qui est un génie absolu. J’aime vraiment cette musique, en plus.Justement : est-ce qu’on se dit parfois "j’aurais préféré être nommé pour ce film plutôt qu’un autre" ?Bien sûr. Prenez Jerry Goldsmith : il a remporté un Oscar pour La Malédiction, mais rien pour La Planète des singes, rien pour Chinatown ou des tonnes de films qui étaient absolument fabuleux. Pourquoi l’a-t-il eu cette année-là ? On ne sait pas. Je ne sais pas qui va le gagner cette année (Desplat est nommé aux Oscars pour Le Discours d’un Roi)… Si je ne l’ai pas, ce n’est pas grave. Oui : on entre dans l’histoire du cinéma si on intègre la liste des oscarisés. Mais on est d’abord là pour faire du cinéma. Le reste n’est que du bonheur en plus.Vous n’avez pas répondu à la question : pour quel film auriez-vous aimé obtenir une récompense ?J’aurais bien aimé avoir l’Oscar pour L’Etrange Histoire de Benjamin Button, car je trouve que c’est un très beau film. Controversé, mais ce n’est pas grave – je me demande toujours pourquoi il a été cassé en France. C’est du pur cinéma, qui prend des risques sur le plan technique et dramaturgique. Le César, j’avoue que j’aurais bien aimé l’avoir pour Un prophète. Et le BAFTA (le César anglais) pour The Queen. Ca m’aurait fait plaisir. Le BAFTA pour The Queen, c’aurait été d’une logique implacable. Peut être qu’ils me le donneront pour le Roi ? (rires) Sinon il faudra attendre le Prince ! (La cérémonie n’avait pas eu lieu au moment de l’interview, mais Desplat a effectivement remporté le BAFTA pour Le Discours d’un Roi)