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Après ses fameux collègues asiatiques Ang Lee (Tigre et dragon), Zhang Yimou (Hero) ou encore Wong Kar-Wai (Cendres du temps), c’est au tour du maître Hou Hsiao-hsien de s’essayer au film de sabre chinois. Sa version du Wu Xia Pian ne surprendra pas les fans du réalisateur de Goodbye South, Goodbye, Les Fleurs de Shanghai ou de Millenium Mambo. Elle est à l’image de son cinéma : contemplatif, hypnotique et intimiste. On est donc loin des tourbillons d’action sauvages d’un Tsui Hark ou même des galipettes aériennes rendues célèbres en Occident par le film de Ang Lee. Allergiques à la lenteur, passez votre chemin. Hou Hsiao-hsien est un esthète de la durée, un adepte de plan-séquences fixes en plans larges dans lequel il sculpte des images fourmillant de détails mouvants.Voilà pour les mises en gardes. Mais dès lors qu’on s’est fait à l’idée de cette temporalité particulière, on peut se laisser prendre par ce flamboyant récit médiéval. Inspiré par l’art du « chuanqi », ces courts récits en vogue dans la Chine du IXe siècle, The Assassin conte le destin de Nie Yinniang, une justicière en plein dilemme. Sommée par son maître d’aller abattre le gouverneur d’une province dissidente, au nom de la sécurité et de la pérennité de l’Empire, la professionnelle a pour une fois bien du mal à remplir son contrat : son cœur bat pour sa cible. Or si elle ne remplit pas son funeste contrat, elle sera radiée de  l’Ordre des Assassins.Le film s’ouvre en noir et blanc, puis, après une fugace scène de combat, prend des couleurs (sublimes). Il faudra attendre longtemps avant de voir un autre sabre (au loin dans une forêt) l’essentiel du récit se déroulant dans des intérieurs chatoyants, où s’entrecroisent des intrigues de Cour complexes. On nage en plein brouillard. Mais ce n’est pas bien grave. Le mystère fait partie intégrante de The Assassin. C’est sa matière première. Il s’agit non pas de le résoudre, mais au contraire de le creuser à même l’écran. Les couches d’étoffes plus ou moins transparentes, comme les éléments (brume, flux aquatique, vapeur, fumée), forment les strates sophistiquées d’un véritable mille-feuille visuel, où le regard, sans cesse stimulé comme dans un film en 3D, peut se perdre et se nourrir à foison. Car la fixité des plans permet d’en révéler la picturalité, mais aussi le mouvement intérieur. Il y a toujours quelque chose qui bouge à l’image, un élément inconnu qui se dévoile, ou au contraire, qui s’évanouit. Les scènes d’action, brusques, imprévisibles et coupantes comme une lame de sabre, jouent également avec ce balancement perpétuel de disparition / révélation, faisant clignoter le corps des combattants à travers les troncs blancs des bouleaux ou le relief de paysages-peintures stupéfiants de beauté : on reste ainsi rivé à l’image comme devant un tour de magie sans truc, dans l’attente fébrile de la prochaine déflagration. Un choc esthétique, on vous dit. Eric Vernay The Assassin est en compétition officielle