13 novembre netflix
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TMC diffuse ce soir pour la première fois en clair le docu-série exceptionnel des frères Naudet, qui rassemble près de 40 témoignages et raconte les attaques de Paris, sous un angle bouleversant.

Événement ce soir sur TMC, avec la diffusion de 13 Novembre : Fluctuat Nec Mergitur, un documentaire en trois parties, réalisé par les frères Naudet (déjà récompensés par un Emmy Awards). A l'époque de sa sortie sur Netflix, nous avions pu interroger les deux Français, qui nous expliquaient pourquoi ils ont ainsi souhaité revenir sur la douleur des attentats de Paris, en donnant la parole à ceux qui les ont vécu de près. Suivant la chronologie des attaques de ce 13 novembre 2015, le documentaire partage les témoignages des survivants, des pompiers, des forces de l’ordre et même des membres du gouvernement, qui seront à jamais marqués par cette tragédie. Un docu-série pour l'Histoire.

Pourquoi est-ce que vous vous êtes lancés dans un docu-série, sur ce sujet douloureux et encore sensible ?
Jules et Gédéon Naudet
: Pour nous, tout a commencé il y a 17 ans, lorsqu'on faisait un documentaire sur les pompiers de New York. On s'est retrouvé en train de filmer ces pompiers dans les tours du WorldTrade Center, pendant les attaques. Cette expérience nous a beaucoup marqué en tant qu'humains et en tant que metteurs en scène. Et puis on a entendu parler de ce qui s'était passé à Paris. Nous, on est parisien. On a déménagé aux États-Unis depuis longtemps, mais Paris, c'est notre ville de naissance. Et le terrorisme, c'est quelque chose qu'on a connu de près, à New York. Du coup, on a eu envie de raconter l'histoire de plusieurs personnes, celles qui ont vécu cette soirée. Que ce soit au Stade de France, dans les cafés concernés, ou au Bataclan. Mais surtout, on a cherché à retrouver ce que nous on avait vécu, au soir du 11 septembre, c'est que le pire de l'humanité, en l'occurrence le terrorisme, fait aussi ressortir le meilleur de l'être humain. À New York, c'était ces pompiers qui sont entrés dans les tours, en sachant qu'elles risquaient fortement de s'écrouler. Ou encore les civils qui se sont entraidés en descendant les escaliers. On a voulu essayer de montrer qu'il s'était passé la même chose à Paris au soir du 13 novembre 2015. Des histoires de bravoure, de courage, d'amour...

Dans le documentaire, vous faites parler aussi bien le Président de la République, François Hollande, que le gardien du Stade de France ou le propriétaire de La Belle équipe...
Ce qu'on voulait c'était montrer l'humanité. Qu'on soit président, pompier, chef de la BRI. Quelque part, sous l'uniforme ou le costume, derrière les titres, il y a des êtres humains. Un homme, une femme, une épouse, un mari. On voulait montrer comment l'être humain réagit dans de telles circonstances.

Comment avez-vous fait pour retrouver tous ces gens et recueillir leurs témoignages ?
On a commencé par prendre contact avec les gens du gouvernement, pour avoir des autorisations. Ensuite on a pris contact avec les pompiers, les forces de l'ordre, et surtout avec les associations de victimes. 

Au total, il y a près de 40 personnes interrogées, et la plupart n'avait jamais pris la parole. Pourquoi certains ont accepté selon vous ?
Le temps à passé. Certains n'avaient jamais parlé, parce que c'était trop tôt. Le traumatisme était vraiment profond. Mais à un moment, la parole est importante, pour pouvoir raconter, capturer ce qu'on a vécu. Nous, on a cherché à rendre cela sans sensationnalisme. Et on comprenait un peu leur traumatisme, parce qu'on a vécu sensiblement la même chose à New York... Tous nous ont parlé de cette frustration, qu'ils peuvent ressentir, quand leurs amis, leurs collègues, leur entourage, leur disent que 2 ans après, ils peuvent enfin tourner la page. Les gens ne comprennent pas que le traumatisme ne s'efface pas comme ça. C'est tout un processus.

Comment vous les avez convaincu de parler ?
On a apporté notre regard, ce qu'on avait vécu au soir du 11 septembre. Et ensuite, c'est une série de rencontres. Pour faire ce genre de documentaires, il faut instaurer une certaine confiance. On ne décide pas d'un lieu, et on commence à interviewer. Ça ne marche pas comme ça. On a rencontré ces gens deux, trois ou quatre fois. Ce fut ainsi un long procédé, qui dura 6 à 8 mois. Et puis ensuite, il a fallu recueillir les témoignages, de longs entretiens, qui font un peu thérapie d'une certaine façon... On a surtout donné du temps. On a accordé du temps à ces gens-là, pour qu'ils racontent ce qu'ils ont vécu. Leur expliquer notre démarche, qu'ils comprennent bien le but du documentaire. C'était l'essentiel. 

Qu'est-ce qui ressort, d'après vous, de ce docu-série, à l'arrivée ?
Dans les témoignages que nous avons récolté, il n'y a aucun message de haine ou de vengeance. Mais plutôt des messages d'espoir. Cette idée que la vie est tellement précieuse... Confrontés à la mort, c'est d'abord ça qu'ils ont ressenti.

Pourquoi est-ce que 13 Novembre : Fluctuat Nec Mergitur a d'abord été diffusé sur Netflix, et non en prime time sur une grande chaîne ?
Pourquoi on a choisi Netflix ? C'est d'abord parce que c'est le genre de documentaire qui n'est pas facile à regarder. On n'imaginait pas ça comme un documentaire qui serait diffusé un soir à la télé. Plutôt comme un documentaire que les gens pourraient regarder en plusieurs parties. Commencer, arrêter, puis reprendre le weekend d'après... C'était important pour les téléspectateurs, que ce soit plus confortable. Et puis franchement, personne d'autre ne nous donnait une liberté créative aussi grande que Netflix. Faire parler 40 personnes sur 3 heures, quasiment seulement sous forme d'entretiens... Et puis c'est bien aussi de savoir que le documentaire pourra être vu à travers le monde. Parce que le terrorisme est un drame qui touche beaucoup de gens dans beaucoup de pays. Tous les abonnés vont se retrouver dedans.

En quoi votre docu-série apporte quelque chose de différent, par rapport à tout ce qui a déjà été produit sur le sujet ?
Il y a eu plein d'enquêtes, de reportages qui ont été faits. Mais nous, ce qu'on voulait raconter, c'est : comment on fait pour survivre à ça ? Ce sont les histoires intimes que nous voulions mettre en avant. Montrer que l'être humain est plus fort que le terrorisme, le drame, la tristesse. Par exemple, il y a ce couple qui était caché dans la fosse du Bataclan. Ils sont restés là deux heures, cachés sous les corps, parmi les morts et les blessés. Et pendant tout ce temps-là, ils se tiennent le bout des doigts. Quelques centimètres de peau. Ils ne se voient pas, mais ils ne se lâchent pas. Ils nous ont raconté que ce petit centimètre carré de peau leur a permis de tenir, de survivre...