Inventing Anna
Netflix

Chaque nouvelle création de Shonda Rhimes est un événement en soi. Celui-là est un peu ampoulé, même s'il ne manque pas de faire son petit effet.

Cela faisait 10 ans que Shonda Rhimes n'avait pas créé de série. Certes, de Station 19 à Murder en passant par Bridgerton, elle a associé son nom au développement d'une palanquée de shows durant la dernière décennie. Mais depuis Scandal, elle n'avait plus été officiellement créatrice. C'est le cas ici et ça place d'emblée Inventing Anna sur la liste VIP de 2022. D'autant qu'il s'agit de la seconde fiction de la papesse du petit écran pour Netflix. L'attente est immense... mais la série peine à y répondre.

D'abord, parce que l'écriture est étonnamment décousue. Au fil d'une narration à tiroirs bancale, Rhimes signe une adaptation boiteuse d'une chronique judiciaire gentiment farfelue. Ou comment une gamine à l'aplomb déconcertant a réussi à duper la haute société new-yorkaise pendant des années, se faisant passer pour une riche héritière, une entrepreneuse de génie, une jet-setteuse méritant son siège à la grande table.


Ce conte social moderne et féministe avait tout pour cartonner et nous éblouir. Mais optant pour des allers-retours dans le temps un peu usant, Shonda Rhimes choisit de remonter le fil de l'escroquerie, mensonge après mensonge, préférant curieusement se servir de l'enquête journalistique comme d'une base où elle rassemble une à une les pièces du puzzle.

Ca ne marche qu'à moitié car Anna Chlumsky (la fillette de My Girl) en fait trop, surjouant chaque révélation et offrant une nouvelle bouille grimaçante à chaque scène. Acoquinée à une équipe de vieux enquêteurs totalement artificielle, à laquelle on n'adhère jamais, la journaliste prend une place trop importante, et même parfois le pas sur l'héroïne titre. La série y perd beaucoup en dramaturgie, en émotion. Elle laisse planer une zone grise permanente autour de cette fascinante Anna dont aimerait pourtant absolument tout connaître.

Livrée à elle-même, la fabuleuse Julia Garner d'Ozark ne peut exploiter tout le potentiel de cette incroyable usurpatrice de haut-vol. Un vrai-faux biopic qui ne semble jamais vouloir se positionner, tantôt fascinant, tantôt décourageant.