Evil
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La nouvelle création de Robert et Michelle King (The Good Wife) prend la forme d'un thriller mystique angoissant et passionnant.

C'est un objet télévisuel rare qui vient de boucler sa première saison, à la télé américaine. Une série d'angoisse, sombre et intelligente, qui parle de religion et de foi avec beaucoup de subtilité, et pourtant diffusée sur une chaîne grand public (CBS en l'occurrence). Indéniablement, Evil est une divine surprise, dans le marasme des dramas hyper-convenus et tellement calibrés des Networks, ces généralistes gratuites, qui enquillent les séries policières ou médicales, cherchant d'ordinaire à surtout fédérer et à ne pas choquer les ménagères. La série, lancée en septembre dernier, est même devenue un véritable phénomène outre-Atlantique, s'octroyant les louanges de toute la presse, dithyrambique et unanime. Il faut dire que les grands dramas US nous viennent d'habitude des services à péage, que ce soit HBO, Showtime, Netflix ou Amazon. Mais incontestablement, Evil soutient la comparaison.

En même temps, la surprise n'est pas totale non plus. Car derrière Evil, on trouve deux grands scénaristes. Deux créateurs de génie, Robert et Michelle King, le couple à qui l'on doit The Good Wife au début des années 2010 (l'une des dernières séries de Network encensée par la presse) et qui brillent depuis trois ans avec le spin-off, The Good Fight. Forcément, leur nouveau bébé était attendu au coin du bois et il n'a pas déçu.


Fiction ambitieuse, haletante, et pénétrante, Evil raconte l'histoire de Kristen Bouchard, une psychologue judiciaire non-croyante et à l'esprit cartésien, qui va être recrutée par l'Eglise catholique. Son boulot : aider un séminariste à enquêter sur de prétendus incidents surnaturels, que ce soit des miracles, des possessions ou toutes affaires liées à la foi et l'occulte. Kristen doit être la voix de la raison scientifique, fournissant un contre-pied rationel à des événements inexplicables...

Là est la grande réussite de la série, écrite avec un doigté délectable par les King : on marche en permanence sur un fil. Que croire ? Le raisonnement scientifique ou les phénomènes impénétrables ? La frontière se fait de plus en plus tenue, au fil d'une première saison brillante d'ambiguité, qui instille continuellement le doute chez le spectateur. Pourriez-vous commencer à avoir la foi, face à l'inexplicable ? La main d'un sociopathe est-elle guidée par le Diable ou par ses propres troubles psychotiques, bien humains ?

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En tout cas, Kristen, athée convaincue et érudit, est perclus d'incertitudes, alors que le Malin et ses plans démoniaques semblent s'exposer sous ses yeux. Katja Herbers (actrice hollandaise aperçue dans Westworld) rayonne absolument en scientifique brillante, mère dévouée, forte et sûre de ses convictions. Face à elle, on retrouve le géant Mike Colter (ancien Luke Cage de Marvel) et surtout l'exceptionnel Michael Emerson (éternel Benjamin Linus de Lost) en parfait "nemesis", qui continue de nous glacer le sang à chaque sourire malfaisant qu'il esquisse. Le reste du casting est au diapason (que ce soit Aasif Mandvi, merveilleux second rôle sceptique, ou les quatre filles de Kristen) et nous fait découvrir une mythologie illuminée qui s'étoffe lentement mais sûrement. Une mythologie théologique passionnante, mais aussi très sombre par instants. Parce qu'Evil est également un thriller mystique angoissant, qui n'hésite pas à s'aventurer dans l'épouvante pure, de temps à autre.

La tension va crescendo au fil des 13 épisodes et finit de nous scotcher au fond du canapé. Evil nous a possédé. Et elle devrait envoûter très bientôt les téléspectateurs français, puisque TF1 en a acquis les droits.