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10 affiches de films français à côté de la plaque

La Grande vie (2008) d’ Emmanuel Salinger

Sorti sept mois après <em>OSS 117 Rio ne répond plus</em>, <strong>La Grande vie</strong> rappelle les affiches de la saga d?espionnage parodique avec <strong>Jean Dujardin</strong>, la posture de <strong>Laurent Capelluto</strong> pouvait faire croire qu?il a un pistolet dans la main et qu?il tient en joue un adversaire. En réalité, le film met en scène un prof de philosophie qui se retrouve par un concours de circonstances vedette d?un talk-show télévisé. L?idée de l?affiche consistait visiblement à montrer un personnage ordinaire accidentellement projeté sous les feux de la rampe. C?est donc raté.

Au bout du conte (2013) d’ Agnès Jaoui

En essayant tant bien que mal de condenser l?atmosphère du film, l?affiche d?<strong>Au bout du conte</strong> n?a ni queue ni tête. Laissant entendre qu?il s?agit d?une fable fantastique mettant en scène une fée aux pouvoirs magiques, alors que le long-métrage n'est qu'une molle tentative de moderniser la structure narrative des contes, cette affiche ne peut se raccrocher qu?aux noms d?<strong>Agnès Jaoui</strong> et de <strong>Jean-Pierre Bacri</strong> pour donner un minimum d?indications au public égaré.

El Cantor (2006) de Joseph Morder

Se situant comme <strong>Au bout du conte</strong> dans la catégorie des affiches dont il est impossible de comprendre ce qu?elles veulent nous dire, <strong>El Cantor</strong> représente un petit chef d??uvre du genre. Réalisé par Joseph Morder, figure du cinéma expérimental (et surnommé "le pape du Super 8"), le film raconte les retrouvailles entre deux cousins qui partent en quête d?un chant yiddish oublié. Se confrontant au thème de la Shoah par le biais d?une tonalité à la fois burlesque et mélodramatique, <em>El Cantor </em>était pour le coup particulièrement difficile à vendre.

Möbius (2013) d’Eric Rochant

Autre grande tendance des affiches contemporaines : en dire volontairement le moins possible en se contentant de montrer des visages en plans rapprochés. Souhaitant que les films ne paraissent pas trop "segmentants", ces visuels prennent un minimum de risques. <strong>Möbius</strong>, sorti en février 2013, constitue un bon exemple : reposant uniquement sur les traits graves de <strong>Jean Dujardin</strong> et <strong>Cécile de France</strong>, l?affiche sous-entend qu?il s?agit là d?une histoire sérieuse mais rien ne vient indiquer que nous sommes en présence d?un thriller d?espionnage international situé entre Côte d?Azur, Etats-Unis et Russie, doublé d?une histoire d?amour.

Coup de tête (1979) de Jean-Jacques Annaud

Malgré quelques tranches de rires, <strong>Coup de tête</strong> raconte surtout l?histoire d?un homme qui se fait virer de son club de foot et de son usine avant de se faire accuser à tort d?un viol et d?organiser une vengeance collective. Une tonalité tragique que l?affiche passe sous silence, préférant tout miser sur l?énergie frondeuse et anar du personnage de <strong>Patrick Dewaere</strong>.

Subway (1985) de Luc Besson

Avec sa fumée, ses lumières rouges et son sosie de sabre laser placé dans les mains de <strong>Christophe Lambert</strong>, l?affiche de <strong>Subway</strong> donne l?impression de nous convier à l?intérieur d'un vaisseau spatial et de vendre une épopée de science-fiction, sorte de version française de <em>La Guerre des étoiles</em> (<em>Le Retour du Jedi</em> était sorti 18 mois auparavant). Le film de <strong>Luc Besson</strong> est pourtant un simple polar aux accents fantaisistes et le sabre de Christophe Lambert n?est autre qu?un néon de métro apparaissant 15 secondes dans le film.

La Sentinelle (1992) d’Arnaud Desplechin

Evoquant un croisement entre les affiches d?<strong>Elephant Man</strong> (<strong>David Lynch</strong>) et de <strong>Dead Zone</strong> (<strong>David Cronenberg</strong>), <strong>La Sentinelle</strong> semble promettre un thriller fantastique peuplé de créatures mystérieuses. Mais si le film d?<strong>Arnaud Desplechin</strong> propose bel et bien un récit d?espionnage à la coloration parfois onirique, il est surtout constitué de dialogues évoquant la mémoire des drames du 20ème siècle et se déroule dans le milieu diplomatique français plutôt qu'entre d'étroits murs de briques.

Ne te retourne pas (2007) de Marina de Van

<strong>Sophie Marceau</strong> en petite tenue qui regarde avec sévérité une <strong>Monica Bellucci</strong> elle aussi en petite tenue : voilà qui annonçait un film d'horreur sexy et vengeur entre stars. Erreur, le film de Marina de Van est un drame psychologique traitant de dépossession identitaire avec des moyens minimalistes, dans lequel les deux actrices ne se croisent quasiment jamais.

J’ai toujours rêvé d’être un gangster (2007) de Samuel Benchetrit

En décidant d?utiliser sur l?affiche une photo de sa propre compagne (<strong>Anna Mouglalis</strong>) donnant le sein à son propre bébé, <strong>Samuel Benchetrit</strong> assumait une démarche décalée et narcissique. Loin d?une plongée trash dans l?univers des mamans flingueuses, <strong>J?ai toujours rêvé d?être un gangster</strong> constitue un film à sketches sans coups d?éclat, qui rend hommage au <strong>Jim Jarmusch</strong> de <em>Coffee and Cigarettes</em> et montre les chanteurs <strong>Arno</strong> et <strong>Alain Bashung</strong> deviser sur le sens de la vie.

La Vie d’Adèle – Chapitres 1&2 (2013) d’Abdellatif Kechiche

Palme d?or du Festival de Cannes 2013, <strong>La Vie d?Adèle</strong> a longtemps eu comme seule affiche une <strong>version internationale</strong> (très proche de la couverture de la BD <em>Le Bleu est une couleur chaude</em> dont le film est adapté) tablant sur l?atmosphère sensuelle de cette intense relation amoureuse entre deux jeunes filles. Pourtant, le distributeur français Wild Bunch a décidé à la rentrée 2013 de donner à l?affiche française des allures de comédie cool, en montrant <strong>Adèle Exarchopoulos</strong> et <strong>Léa Seydoux</strong> rire à gorge déployée. Cet étonnant choix peut être interprété comme une volonté de s?écarter du <strong>parfum sulfureux et polémique</strong> qui entoure le film d?<strong>Abdellatif Kechiche</strong>, en promouvant une ?uvre légère et lumineuse.

Dévoilée en cette rentrée 2013, l’affiche française de La Vie d’Adèle (Palme d’or au Festival de Cannes) offre une atmosphère qui se situe à l’exact opposé de la tonalité du film. Annonçant une souriante comédie entre copines plutôt qu’une intense histoire d’amour entre filles, cette affiche n’est pas la première à "vendre le mauvais film". Entre la volonté délibérée de cibler un public précis, le ratage graphique pur et simple ou la crainte de faire fuir les spectateurs en dévoilant trop de détails scénaristiques, les exemples de décalage entre le sujet d’un film et son affiche sont en effet nombreux. Voici 10 affiches de films français à côté de la plaque.Damien Leblanc