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  Des menaces de mort contre un critique américain qui, seul contre tous - la presse US est sur ce film, plus qu’unanime, étrangement pavlovienne -, osait émettre des réserves sur le dernier film de Christopher Nolan.Une tonne d’injures en guise de commentaires contre notre collaborateur Frédéric Foubert qui prétendait critiquer la dernière partie de la trilogie du Dark Knight - non, pas une tonne, un tombereau d’injures plutôt, auquel les internautes du site ne nous avaient pas habitués.  Que se passe-t-il ? Le dernier film de Christopher Nolan est-il à ce point “sacré” qu’on ne pourrait plus en discuter les tenants et les aboutissants ? Adresser les réussites (Frédéric Foubert mentionne des “scènes bluffantes” ou la “volonté d’organiser la collision entre mythologie comics, thriller urbain et images de l’actu récente (qui) continue de payer”), comme les ratés (“les maladresses Z”) ? Monolithe noir du cinéma, il serait donc interdit d’émettre le moindre avis, sinon positif, sur la conclusion d’une trilogie - on l’a dit ici comme ailleurs - qui a changé l’histoire du blockbuster et donc du cinéma ?Commençons par clarifier quelques points visiblement litigieux et qui reviennent régulièrement sous la plume des contempteurs :  - Nombreux sont ceux qui sont venus dénoncer les spoilers de la critique ! Rassurez-vous : notre review du Dark Knight ne donne AUCUN indice sur les nombreux rebondissements auxquels vous aurez droit en allant voir le film. Quand un internaute explique : “Vous révélez la présence d'une statue dans l'un des derniers plans de film. J'imagine ce que ça veut dire”, c’est qu’il est soit très malin, soit en contact par la pensée avec Nolan, soit qu’il se trompe (peut-être).- Le fond du problème c’est que l’article n’est plus lu, mais vaguement interprété à partir de présupposés à moitié faux : le spoilers, la vacuité du journaliste, et notre volonté de jouer aux malins. Que les choses soient claires : non, cette critique n’a pas été écrite pour jouer les snobs et aller à contre-courant de la doxa. Au contraire. La rédaction du site a choisi de mettre en avant ce texte parce qu’il était le plus mesuré, celui qui semblait rendre compte de la manière la plus ARGUMENTEE qui soit, de la déception qu'avait provoquée la vision du film. Et non, il ne s’agissait pas de jouer aux petits malins, de brûler les statues des Dieux qu’on avait adorés (TOUJOURS PAS DE SPOILERS). D’ailleurs, étrangement, la presse française semble dans son ensemble plus réservée que la presse américaine - en disant cela, je prends le risque qu'on nous reproche maintenant de hurler avec les loups. A la sortie de la projection presse française certaines réactions sur twitter étaient plus que mitigées et on a lu ici et ailleurs des phrases beaucoup plus violentes contre le dernier Batman (“Le cinéma de Nolan s'effondre comme un château de cartes”  ou “Bale nul comme d’habitude”). On ne débattra pas ici de la spécificité de la critique française (comme le remarquait un twittos : “En fait il suffisait que ‪#TDKR atteigne les twittos français pour que les premiers avis négatifs sortent...on se refait pas”) pour préférer revenir à nos moutons....Zone critiqueComme n’importe quelle rédaction culturelle, Premiere à commis des erreurs, encensé des films que le temps s’est empressé de transformer en ruines ; ou au contraire est passé à côté d’auteurs devenus majeurs... C’est le jeu. Le prix à payer de la liberté du critique - qui est aussi sa responsabilité. Bon, ce n’est pas parce que Nolan cite Dickens comme inspiration qu’on va s’amuser à sortir notre passeport culturel et brandir Alain - qui dénonçait les journalistes "valet d'opinion" - ou Gustave Thibon balançant sur “la prostitution des esprits” (trop tard, c’est fait) pour rappeler que Premiere ne mange pas de ce pain là. Mais une chose est sûre : Nolan est un cinéaste brillant, qu’on a largement défendu ici et dans le magazine. Capable de signer un blockbuster audacieux et méta, tout en respectant le cahier des charges du divertissement (Inception). Capable aussi de réaliser une adaptation de comics qu’il transforme en grand film sur la paranoia 9/11 avec cette science unique et consommée de l’Auteur qui a su dompter les contraintes de l’industrie pour y infuser ses thèmes, ses craintes, ses visions. On l’a vu. On l’a reconnu. On l'a dit. Et cela nous permet du coup, quand il échoue (partiellement), de le noter. Depuis des mois, par un savant mélange d’ambition cinématographique, de génie marketing et d’auto-persuasion public, Dark Knight Rises est devenu le film le plus attendu. Par vous, mais aussi par la rédaction (relisez l’édito de notre rédacteur en chef Mathieu Carratier du numéro juillet-aout). Constamment, Premiere et premiere.fr vous ont donné les infos les plus récentes autour du film, tentant de couvrir de manière exhaustive et ludique tout ce que nous réserverait TDKR, de recontextualiser un film qui est (et reste) un événement culturel majeur de 2012.  Et vous savez quoi : on continuera de le faire. Et cela ne nous empêche pas d’avoir un avis sur le film. Quoiqu'en pensent les fans hystériques et le jeu ambigu que semble jouer Nolan (qui expliquait il y a peu qu'il comprenait les réactions extrêmes des fans en affirmant que "Batman est là depuis plus de 70 ans ; et de bonnes raisons expliquent cette longévité. Il est fascinant et je pense que les gens répondent à ce personnage"). Un avis éclairé, circonstancié et totalement subjectif.Gaël Golhen